TAILLE DE QUARANTE
La taille de Quarante^ autour de laquelle on a fait beaucoup de bruit ces dernières années, n'est autre — son auteur lui même, le D^'Gimié, le proclame — qu'une taille double Guyot. Laissons à M. le D"^ Gimié le soin de nous indiquer de quelle façon il a substitué cette taille à la taille en gobelet ordinairement suivie dans le Midi de la France.
Fig. 59. — Souche en gobelet avant la taille.
«La transformation des vignes taillées en gobelet est assez aisée ; la figure 59 représente une souche en gobelet; la figure 60 représente une souche suivant ma taille ; la figure 61 une souche taillée et disposée sur le cordon. Tout d'abord, il convient d'indiquer que ce genre de culture nécessite finstallationde fils de fer tendus au-dessus des souches; cette installation, qu'il est aisé défaire après la taille, peut, cependant, se faire avant. Lorsque les fils se doivent placer après la taille, il est nécessaire de connaître la direction que l'on donnera à ces fils. La
»Les rangées sont disposées de telle sorte qu'en leurâ
extrémités il soit laissé un espace d'environ 5 mètres,
non pourvus de fils, pour permettre aux laboureurs de
pouvoir aisément passer d'un intervalle à un autre.
Fig. G2. — Vue d'ensemble dune souche palissée.
»Les fils placés, ou la direction qu'on veut leur faire suivre connue, pour lailler, on s'eiTorce de trouver sur chaque souche, pour le conserver, un bras placé dans le plan vertical des fils et tel qu'on puisse avoir deux sarments de grosseur moyenne, que ion taille à 1 mètre de longueur, et deux coursons, que l'on taiie à i œil et le borgne. On peut avantageusement remplacer les deux sarments de 1 mètre par un sarment double de semblable longueur. Si on ne peut trouver les quatre sarments sur un seul bras, il est aisé de les prendre sur deux, mais n'en avoir qu'un est préférable. Ce ou ces bras choisis, on supprime tous les autres. Les sarments, taillés à environ 1 mètre, sont tes deux branches à fruit de Tannée. Cette longueur de 1 mètre n'est pas fixe; elle varie avec le nombre d'yeux qu'il est bon de laisser à chacun des ceps et ce noinbre augmente avec la richesse des terrains, diminue avec leur pauvreté.
»0n dispose, après la taille, lesdeux branchesàfruitsur le fil le plus bas, choisissant pour ce faire, à l'exclusion des temps froids et vifs qui rendent le bois cassant, des
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temps doux et humides qui font le bois flexible. Ces deux sarments sont incurvés en sens opposés et dirigés, à droite celui de gauche, à gauche celui de droite, de telle sorte que le point de rencontre des deux sarments soit sur le premier fil de fer, et que Tespace compris en Tarceau qu'ils forment soit le moins grand possible, afin de laisser à la souche le moins de bois inutile à nourrir.
»En leur point de rencontre sur le premier fil, les sarments sont reliés entre eux et au fil de fer par une attache en corde, puis tordus sur le fil et attachés en leur extrémité au moyen d'un fil de fer très fin non galvanisé. Le croisement des sarments est pratiqué pour donner de la stabilité à la souche, la torsion pour le même motif et aussi pour pousser à la fructification Les sarments ainsi placés, la tâche est terminée pour la saison d'hiver ; mais, au printemps, un travail reste à faire, le plus délicat et le plus important : ébourgeonner. De cette opération, en eflet, dépend l'avenir du vignoble.
»L'ébourgeonnement donne lieu à deux opérations. La première est faite au moment où les bourgeons vont éclore ; on enlève alors et seulement sur les branches à fruit tous les bourgeons placés au-dessous de l'arceau.
»La deuxième est faite lorsque les grappes sont apparentes; on supprime celles en excédent, ne laissant que les fruits que la souche est susceptible de mener à bien ; et l'on s'assure des quatre sarments, dont il est bon d'enlever les grappes, pour obtenir de beaux bois de renouvellement pour Tannée suivante.
))Ces succincts détails disent ce qu'est la taille de Quarante. On voit que son application exige, d'une part, un supplément de travail de taille et d'ébourgeonnement. Les suppléments de travaux se traduisent par une dépense, d'ailleurs compensée par l'économie réalisée sur les travaux d'été, qu'il est possible de faire en tout temps et jusqu'à la vendange, au moyen d instruments à traction qui ne laissent qu'une très faible bande de terre à travailler à bras au lieu de les faire entièrement à la bêche.
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Il est encore une dépense supplémentaire à faire aux vignes ainsi cultivées; celle dune fumure en rapport avec leur production et combinée de telle sorte que Ton diminue le moins possible les réserves du sol. Cette dépense n'est que la contre-partie de la surproduction que Ton obtient, surproduction qui compense largement les frais de fumures et permet même d'amortir très rapidement les dépenses d'installation des piquets et des fils.
»Cette taille aen outre les avantagesque jerecherchais : elle permet de se mettre, dans une certaine mesure, à l'abri des gelées, des gros vents et des inondations».
On voit, par ce qui précède, que M. le D*" Gimié est pleinement satisfait des résultats qu'il a obtenus par la modification de taille quil a apportée aux gobelets. Il en est de même pour quelques propriétaires qui ont suivi son exemple et dont les vignobles se trouvent dans la même situation que les siens. En serait-il de même partout? Nous aurons à répondre à cette question dans la cinquième partie de cet ouvrage.