TAILLE GUYOT
La méthode de taille proposée par le D'Guyot conduit à l'établissement d'un cor.lun à faible développement, taillé à long-bois ; c'est donc à cette place qu'il convient de la décrire.
Le système de taille Guyot ne comprend pas seulement une façon particulière d'établir la charpente d'un cep, mais un ensemble de dispositions culturales qui comporle d'heureuses innovations.
Néanmoins, certaines des pratiques édictées par le D"" Guyot, et des moins essentielles cependant, ont paru compliquer sa méthode à un tel point qu'on a renoncé à en faire de grandes applications. Tels sont, par exemple, le paillassonnage qu'il conseille contre les gelées dans les régions septentrionales, et les pincements méthodiques qu'il indique et qui exigent des soins minutieux auxquels les vignerons ne sont pas ordinairement
habitués.
La taille proprement dite repose sur des principes
rationnels, et, pour peu qu'on Tétudie, on la trouve très facile à appliquer. Le but du D'"Guyot était d'obtenir une fructification abondante, tout en assurant une bonne production de bois de remplacement. Pour arriver à ce résultat, il a fait une combinaison judicieuse de la taille à long-bois et de la taille à courson. En principe, tout cep conduit suivant son système porte une verge destinée uniquement à la production du fruit, qu'il a appelée, pour cette raison, branche à fruit, et un courson, qui donne plus spécialement les sarments de remplacement, dénommé branche à bois.
Le D** Guyot a adopté, pour la plantation de la vigne, la disposition en lignes et l'écartement de 1 mètre en tous sens ; mais cette distance n'a rien d'absolu et peut être modifiée suivant les circonstances.
Pour dresser la souche, pendant les trois premières années, on coupe tous les sarments moins un seul, le plus fort et le plus près de terre, que l'on taille sur i œil la première année, sur 2 la seconde et sur 2 ou 3 la troisième. La quatrième année, on établit la taille normale.
On peut aussi, dès la seconde année, conserver une longue taille, que l'on recourbe et que l'on fixe, comme l'indique la figure 54. Les rameaux aa sont relevés le long de l'échalas et les rameaux b b sont pinces.
Fig. 54.
Fiff. 55.
Fig. 54. — Taille de seconde année (système Guyot). — Fig. 55. — Taille de troisième année (système Guyot).
A la taille de troisième année, c'est-à dire un an plus tôt qu'avec la conduite précédente, on conserve sur cha-
que cep un courson à 2 yeux et une branche à fruit de 7 à 10 yeux {fig. 5S). C'est la taille que l'on pratique tous les ans à partir de ce moment.
La figure 36 montre des souches dressées suivant ce
Souches adultes conduites d'après le syslème Guvol,
. système, ainsi que le mode de palissage. Au pied de chaque cep est planté un échalas de 1 m. 30 environ et, au milieu de l'intervalle qui sépare deux souches, on place un piquet ou carasson c, qui sort de terre de 35 centimètres environ; un fil de fer FF est tendu au niveau de ces piquets. La branche à fruit est couchée horizontalement et attachée au carasson à 10 ou 15 centimètres
Fig. 57. — Vignes
syslème Guyot en végétation.
au-dessus du sol. De tous les bourgeons qu'elle donne pendant la végétation, on ne conserve que ceux qui por-
tent du fruit; ils sont attachés au fil de fer et pinces à deux feuilles au-dessus de la dernière grappe.
Les sarments qui poussent sur le courson sont attachés verticalement contre Téchalas, afin de favoriser leur développement et d'obtenir de bons bois de remplacement; ils sont rognés à la hauteur du tuteur {^^, 57).
Après la chute des feuilles, la vigne offre l'aspect de la figure 58.
Fig. 58. — Késultat de la conduite de la vi^ne d'après le système
Guyot après la chute des feuilles.
A partir de la quatrième année, toutes les tailles se ressemblent ; on supprime complètement la branche à fruit de l'année précédente et, de tous les sarments qui ont poussé sur le courson, on n'en conserve que deux, les mieux placés: l'un, le plus bas, taillé sur 2 yeux, forme le courson à bois de remplacement, l'autre, coupé à 8 ou 10 yeux, constitue la nouvelle branche à fruii.
Dans le cas où les bois de renouvellement font défaut, on conserve pendant deux ou trois ans la même branche à fruit, dont on taille tous les rameaux sur 2 yeux.
Quand la taille devient trop haute, on conserve sur le cep, à un endroit convenable, un rameau que Ion taille sur 1 œil ; l'année suivante, c'est sur ce rameau que Ton établit le courson ou branche à bois, la branche à fruit étant toujours en haut; à la troisième taille, on rabat l'ancienne souche au-dessus de ce courson et la tête du cep se trouve de nouveau à sa hauteur primitive.
Etablissement régulier d'une branche à bois et d'une
;,ir
branche à fruit renouvelées chaque année ; suppression de tous les bourgeons non fructifères; pincementàdeux feuilles au-dessus de la dernière grappe de ceux qui le sont, telle est, en résumé, la taille Guyot.
Cette méthode est conforme aux principes de taille indiqués au commencement de cet ouvrage; elle permet d'obtenir de bons résultats sous les climats où les raisins demandent du soleil et où les pincements excessifs ne sont pas à redouter.
On sait que si certains plants exigent, pour produire, une taille expansive, d'autres, au contraire, se trouvent mieux d'une taille courte ; il résulte de cette observation que tous les cépages ne sauraient être conduits aussi avantageusement les uns que les autres d'après ce système, ceux demandant la taille longue devant seuls bénéficier des dispositions qu'il comporte.
Malgré tout ce qu'il a de séduisant, ce système de taille, tel que le préconisait le D*^ Guyot et que nous venons de le décrire, n'est presque nulle part appliqué à cause des soins minutieux que nécessitent les ébourgeonnements et les pincements qui sont ici poussés très loin. En effet, on peut trouver excessif répamprage indiqué par le D' Guyot. S'il est bon d'abattre sur les souches tous les gourmands qui poussent sur .vieux bois et même de sacrifier quelques bourgeons normaux s'ils n'ont pas de fruits, il paraît trop radical de supprimer tous les rameaux infertiles, car on sait que les feuilles, parleur travail d'élaboration, jouent un rôle considérable dans la vie de la plante. Une remarque analogue peut être faite au sujet du pincement des branches à fruit. Il est utile aussi, pour les tailles en vert, de se tenir dans un juste milieu qui assurera les meilleures conditions de fructification et de végétation.
Si l'on voit fort peu de vignes conduites strictement d'après le système Guyot, il n'est pas rare d'en rencontrer dressées d'après cette méthode, plus ou moins modi-
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fiée dans ses parties secondaires, le principe de la branche à fruit et de la branche à bois étant toujours observé.