TAILLE DE ROYAT A COURSONS
Sous le nom de taille de Royat, M. Carré, professeur départemental d'agriculture de la Haute-Garonne, a décrit un système de conduite de la vigne qui tend à se répandre dans les vignobles de l'Ariège et de la Haute- Garonne. M. Lefèvre, ancien directeur de la Ferme- Ecole de Royat, parait être le divulgateur de ce système dans le Sud-Ouest, d'où la dénomination proposée par M. Carré.
Cette taille n'offre, en somme, aucun caractère particulier. Elle est appliquée dans diverses régions et ses principes sont suivis depuis un temps immémorial dans quelques vignobles de TEst. Mais M. Carré a eu le mérite de décrire dans tous ses détails une méthode qui, en bien des circonstances, peut être avantageusement suivie.
Ce système, établi sur fil de fer, admet, suivant les cépages, la taille à coursons et la taille mixte, à coursons et baguettes. Les rangées de vignes sont à une distance de 1 m. 50 à 2 mètres les unes des autres, ainsi que les souches, selon la vigueur des plants et la richesse du sol. Nous donnerons ici les indications indispensables pour rétablissement des cordons à grand développement, renvoyant à l'ouvrage de M. Carré les lecteurs qui désireraient connaître tous les détails concernant la taille de Royat.
A la fin de la première année de végétation, on taille le cep sur une tige à 2 yeux près de terre aei b (fig. 70), ou à 2 yeux m et n placés à 25 ou 30 centimètres du sol (fig. 71), quitte à éborgner les yeux qui pourraient se développer en dessous. La première disposition, qui évite généralement l'émission de gourmands, parait préférable.
Il est pradent, ainsi que !e fait remarquer M. Carré, de laisser sur le parcours du cordon plus de bourgeons qu'il n'en faudra plus tard pour former les brac nnpinnAe. uns pouvant être détruits à la suite d'accid
Les yeux supprimés sont, autant que po placés au-dessous du cordon o, o, o, (flg. 72)
Pendant le cours de la végétation, fin n meneement juin, on pince tes pousses qi prendre le dessus sur les autres, presque loi des extrémités.
A la troisième taille, quatrième année, o; yeux francs tous les rameaux 1, 2, 3, 4, 5, 6 situés sur le cordon, à tous les 20 ou 25 environ. On supprime tous les autres au ras che charpentière.
Chaque bras ainsi constitué sera taillé, les vantes, comme un bras de gobelet.
La quatrième taille se fera comme l'indiqi 74, en coupant la branche A en l's' sur 2
Fig. 74.
Fig. 74. — Taille de cloquième année- sixième année.
supprimant la branche B. On doit, autant qt conserver le sarment le plus bas.
La figure 75 représente la cinquième tai année ; on supprime la branche D en s' s' et oi
- tôsarraent C en s"«". Malgré ces précautions, le bras s'allonge avec le temps et il est nécessaire de préparer son rabaissement. Pour cela, il suffit de faire, à l'époque de la taille, une légère incision à la base du bras pour provoquer la sortie d'un bourgeon advenlif.
La première année on taille ce dernier e sur I œil s* (fig.
75); l'année suivante on laisse 2 yeux au sarment K et l'on supprime en s l'ancien bras qui est remplacé par le nouveau courson (flg. 76).
La figure 77 donne l'aspect dune souche adulte. On voit sur cette figure que le deuxième courson du dernier bras est laiilé à 4 ou S yeux, pour être supprimé l'année
Fit;. 16-
Fig. 77.— Aperçu d'un cordon adulte; après la végélalion pour les 3 premiers bras (i, 1 bis, 2); après la taille pour les autres (4, S, 6, 7), d'après M. Carré,
suivante ; le premier reste taillé à 1 ou 2 j'eux et fournit les bois de remplacement.
On a ainsi un appel de sève à l'extrémité du cordon et une récolte plus abondante en ce point.
aulres bras ne portent que des coursons. Dans ce cas encore, les flèches sont portées successivement par des bras différents.
Fig. 81. — Taille mixle de Royat. — Aperçu d'un cordon ; apri-s la
""~^'"'"'"n pour les 2 pr" -''— ■-— - — '- '- '-"- - ■-- "
"après il. Carré.
L'gélalion pour les 2 premiers bras ; après la taille pour les S ..V... ■"---'- ■' '"-rré.
Les tailles en verl se réduisent à rébourgeonnement des gourmands, inutiles pour l'avenir, et au rognage des pampres lorsqu'ils dépassent de 15 à 20 centimètres le troisième fil de fer.
Telle est, dans ses grandes lignes, la taille de Itoyat que l'on trouve appliquée dans diverses régions, avec quelques variantes, et qui constitue un système absolument rationnel.
Pbhhaud, 3— édit.
les relève après la poussée contre un échalas ou mieux encore sur le fil de fer supérieur que l'on peut installer déllftitivemetit dès celle année.
A la lin de la tpoisiènie année, la souche porte de vigoureux sarments de 3 mètres et plus de longueur. A ce moment, on met en place les deux authes fils de fer, et, à la taille, un seul des sarments, le plus convenable, est conservé. On l'assujeltit le long du fil de fer inférieur par des ligatures en osier en formant des courbes, ni trop angitleuseSi ni trop ouvertes. Les ligatures c, c, c, c, c
Fig.' 82. — Cordon palissé k sa première année de. dresse m en t.
(lig. 8â) sont assez rapprochées pour maintenir le cordon bien droit; on aura soin également de ne pas trop serrer, alin d'éviter les étrangicmenis.
Le cordon est installé du premier coup, c'est-à-dire que, si la longueur duearmenlle permet, on le laisse dépasser de 10 centimètres environ la courbure du cep suivant.
Aussitôt après, on procède àlébourgeonnement. Cette opération consiste à supprimer tous les yeux ijui se trouvent vers le pied du cep et le long de la courbure, ainsi que tous ceux qui sont inutiles à la formation des astes.
Sur les sarments ordinaires, dont les bourgeons sont à 7 ou K centimèlre.s les uns des autres, on en supprime la moitié, de préférence ceux qui sont au-dessous; lés
t-^rv^
yeux 6, 6, b, b (lig, 82) placés en dessus sont seuls conservés.
Quand on a des cépages à longs mérithalles, on ne supprime qu'un plus petit noi)[U)re de bourgeons.
Après cette opération, le cep ne porte qu'une douzaine de bourgeons environ, régulièrement disposés. Les rameaux qu'ils produisent sont attachés au fil de fer du milieu dès que leur longueur le permet ; puis on régularise leur végétation par des pincements convenables. On devra surtout surveiller les sarments les plus rapprochés de la courbe, ainsi que ceux de l'extrémité du cordon, généralement plus vigoureux que les autres. Le premier pincement se fait lorsque les rameaux les plus longs ont atteint 50 centimètres ; si un ne suffit pas pour équilibrer la poussée, on procède, un mois après, à un second rognage. Ces opérations ont, en effet, pour but de régulariser la végétation sur les jeunes ceps.
Chacun de ces rameaux porte une ou plusieurs grappes et, à la quatrième taille, ils servent à la formation des astes. Pour cela, on en réserve un tous les 33 centimètres environ et on supprime tous les autres près du cordon. Chaque cep porte ainsi, sur sa longueur de 2 mètres, six à sept astes ou bras (fig. 83).
Il faut avoir soin de ne prendre le premier bras qu'à 40 centimètres environ de la verticale passant par la base du cep, parce que, pris sur la courbe même, ce bras se développerait d'une façon exagérée au détriment des autres. Cette disposition ne comporte d'ailleurs aucune irrégularité, puisque le vide ainsi laissé est rempli par le bras situé à l'extrémité de chaque cordon qui repose sur la courbe du cep voisin.
Les sarments conservés pour la formation des astes sont coupés, cette première année, de 3 à 6 yeux suivant la vigueur de la vigne. Ils sont ensuite inclinés et attachés au fil de fer du milieu comme l'indique la figure 83. Si, pour une raison quelconque, l'un des rameaux n'a pas un développement suffisant, on le taille sur 2 yeux.
Quand le sarment qui a été couché sur lil de fer Tannée précédente, pour former le cordon, n'est pas assez long pour atteindre le cep suivant, on réserve à son extrémité un rameau bien placé qui sert à le prolonger. Ce rameau est attaché horizontalement, puis ébourgeonné comme un cordon de première année. A la taille suivante, il fournira les bras manquants.
Fijî. 83.
Formation des asles à la quatrième taille depuis la plantation (deuxième année de cordon).
Pendant Tété, les bourgeons qui se développent sont soigneusement attachés au troisième fil de fer, puis pinces à une hauteur uniforme, notamment ceux du sommet des verges, afin de favoriser la poussée de ceux de la base qui seuls sont utiles pour les tailles futures.
A ce moment, cinquième année de plantation, les cordons sont formés et on peut désormais appliquer à chaque bras la taille normale. Cette taille, celle de troisième année de dressement, restera la même pour les années suivantes. Elle consiste à couper chaque bras au-dessous des deux rameaux inférieurs, comme l'indique la figure 84. Le plus bas c, d, taillé sur 2 yeux, fournit le côt ou courson, le plus élevé e, /*, tranché sur 5 ou 6 yeux, donne le nouveau long-bois.
Après cette taille, chaque cep présente l'aspect de la figure 84. L'opération en elle-même est très simple ; le
cien aste et le nouveau est pris sur le sarment b du côt, le sarment d ou mieux le sarment a formant un nouveau cûurson à % yeux (flg. 85 et 86),
Si, au contraire, tous les bras du oordou ont àpeupr^s la môme vigueur, on peut laisser encore Taste nouveau sur le sarment c de l'ancienne, prendre un courson de 2 ou 3 yeux sur Tancien oôt en b et réserver un petit oôt d'un œil sur la brindille a (fig. 87).
La taille de chaque bras dépend
doue de sa végétation propre et
aussi de celle du cep entier. „• o, n ^ .
^ , . * ., . . Fij?. 87. — nras de la
Quand uu bras a été trop charge, figure 85 après la
ce que Ton reconnaît au manque *^**^^ f^™* forme). de vigueur de ses rameaux, on ne laisse, l'année suivante, que 4 yeux sur Taste au lieu de 6 ou 8.
■ Avec l'aste et le courson à 2 ou 3 yeux, on conserve généralement à la base du bras un petit côt d'un œil encoreappelé œil deretour^ cequi indique sa destination. Ce petit côt devient inutile quand le courson est très rapproché du cordon, mais il ne faut pas négliger d'en garder un, dès que l'on peut, quand le bras s'élève. Autant que possible, on le taillera de façon à ce que le rameau auquel il devra donner naissance prenne la direction de rinclinaisondes astes.
ir est essentiel, pour maintenir une bonne direction des bras, de ne conserver que des côts de retour bien situés. A leur défaut, il est préférable de tailler sur l'aste ancien, jusqu'au moment où pousse près du cordon un courson convenablement placé.
C'est par une taille et des pincements appropriés que. Ton maintiendra un juste équilibre dans la végétation et la fructification des bras du même cordon. Les plus vigoureux seront rabattus sur des sarments faibles et on leur appliquera un pincement plus sévère.
D'après ce que nous venons d'exposer, le courson est obtenu chaque année de la façon suivante; parmi les rameaux poussés sur l'empatlemenf de l'ancien courson, on réserve le mieux situé a, que l'on taille à 4ou 5 yeux et dont onéborgue les deux inférieurs, afm de provoquer la croissance de nouveaux bourgeons à sa base- A ta iin de la végétation, ce rameau a aura l'aspect de b et, à la taille suivante, le long-bois sera pris sur un de ces sarments.
Fig. 88. — Taille Marcon : formation du courson et du long-boia.
Une vigne conduite d'après ce système porte donc une série de petites souches disposées sur un même cordon et comprenant chacune : !• un long-bois c,e qui doit ôtre supprimé ras sa base à la faille suivante ; 2° un courson b, d que l'on rabattra sur sa ramification la plus basse ou la mieux située, cette dernière devant fournir le nouveau long-bois ; 3° un ou plusieurs jeunes rameaux, tel que «, dont le plus convenable seul sera réservé pour former le nouveau courson.
Lorsqu'une des parties de ces petites souches vient à
faire défaut, M. Marcon a recours à une légère entaille pratiquée en avant ou à la base de la couronne tju portant défaillant ; cette éclmncrure provoque et assure même la sortie d'au moins un bourgeon adventif qui permet de combler le vide,
L'avantage de cette méthode est de supprimer com^ plètement les bras, mais elle demande un entretien minutieux.
SYSTÈME SYLVOZ
Ce système de taille, conseillé par M. Charles Sylvoz, viticulteur à Saint-Jeoire (Savoie), est actuellement appliqué sur une assez grande échelle dans les vignobles de -la Savoie et de l'Isère.
La végétation exubérante des cépages cultivés dans ces régions demande une grande expansion que Ton réalise par la disposition en treillage. M. Sylvoz, qui connaissait à fond toutes les pratiques culturales de son pays, a cherché à supprimer les inconvénients qui résultent des méthodes ordinairement suivies, tout en conservant les avantages qu'elles présentent. L'ensemble de ces modifications et améliorations constitue le système qui porte son nom et qui diffère essentiellement de ceux que nous avons examinés.
Il consiste dans l'emploi de cordons munis de longsbois appelés archets, que Ton recourbe verticalement audessous de la tige qui les porte. Ces cordons sont établis sur un Ireillard formé de trois lignes de fils de fer supportés par des poteaux en bois, en fer ou parfois en ciment.
Les potf^aux en bois sont encore les plus communément employés ; ils doivent avoir une longueur de 2 m. 30; enfoncés de 50 centimètres en terre, il leur reste donc 1 m. 80 de hauteur. Ils sont mis à 3 m. 50 les uns des autres sur la ligne de treillage. Sur ces poteaux,
on fixe trois TiU de fer: celui du n)iUeu, destiné à porter le cordon, est un peu plus forl que les autres (|N°' 18 ou i'i) ; il est placé à 1 ni, ^Q au-dessus du sol ; souvent même il est remplacé par une traverse en bois bjen droite b b (fig. 92). Les autres fils de fer sont situés l'un 30 centimètres au-dessus, l'autre 40 cenliinêtrès au-dessous de cette ligne ; pour ceux-là on emploie généralement les N»' 15 ou 16. Le Jil de fer ce aerl à fixer les rameaux qui se développent sur la partie courbe des archels et le fil de fer a a à maintenir l'extrémité inférieure des archets.
On remarquera qu'avec les dispositions adoptées par M. Sylvpz, la charpente des ceps ne dépasse pas 1 m. 20 de hauteur, et que Ips sarments producteurs étant recourbés en dessous, les fruits sont plus près du sol et peuvent acquérir une maturité plus complète que sur les treillages ordinaires. En outre, toutes les parties du cordon sont à la portée de l'ouvrier, qui peuteiïectuerles opérations de taille, d'ébourgeonnement, de pincement, etc., etc., sans l'aide encombrante d'une échelle, indispensable pour la culture des treillages élevés.
Les vignes sont plantées au milieu de l'intervalle qui sépare les poteaux ou bien à leur pied même; dans ce cas, ces derniers servent de tuteur.
Pendant les deux années qui suivent la mise en place, la taille consiste à trancher sur ^ yeux la pousse la plus forte de l'année et à supprimer les aulres afin d'oblenir un sarment vigoureux. Lorsque ce sarment est obtenu, on rélt''ve en l'attachant au poteau, ou à un échalas, de façon à favoriser son développement et à lui faire atteindre d'un seul coup, si c'est possible, la perche ou le fil de fer du milieu.
L'année où le cep atteint ce point, il est essentiel de le courber et de l'attacher solidement au fil de fer pour lui donner une bonne direction (fig. SI)), M, Sylvoz recommande de disposer ce sarment de façon à ce qu'un iril au moins soit placé en dessus et ù la base de la courbe ;
La figure 90 montre le résultat de la végétation à la fin de cette deuxième année.
A la taille suivante, troisième année de formation, on conserve sur la première corne le meilleur des sarments a (fig. 90) qui formera le premier archet ; autant que possible on choisit le plus rapproché du cordon, alîn de re(nrrfec la formation des bras. Cesarmentest recourbé
SB^Ï^e^g*^^^^-'
Fig. 90. Fig. 9).
Fig. 90. — Deuxième année de formalion du cordon, d'après le système SylvoK. — Fig. 9i — Troisième année de formalion du cordon, d'après le système Sylvoz.
aussi près que possible de sa base ; on le lie d'abord au ni de fer du milieu, puis àceluidu basdansune position tout à fait verticale (flg. 91), M. Sylvoz conseille d'opérer cette courbure — déployer, comme on dit vulgairement — par un temps doux et humide ; le bois secourbe alors facilement sans se casser. Le sarment le plus élevé de la corne est supprimé, à moins qu'on ne l'ait choisi pour faire l'archet, dans quel cas on taillera le plus bas sur 1 œil, alln d'obtenir pour l'archet de l'année suivante un rameau mieux situé.
On taille en courson à 2 yeux le sarment * (fig. 90)
bourgeon développé k la base du vieux bois pour renouveler l'archet. 91 ce sarment est trop faible, on le taillera à 1 œil et on allendra l'année suivante pour Tulillser.
Fig. 9i. -^ Vigne adulte conduite d'après le système Sylvo?.i
Si un bras vient à manquer, ce qui arrive quelquefois quand le cep commence à vieillir, on le remplace provisoirement par un des beaux sarmenls développés sur le bras voisin qui fournil alors deux arcliels.
En résumé, le système Sylvoz offre les caraclère» suivants :
l" Conduite de la vigne en cordon horizontal plus facile à diriger que les treillages ordinaires à bras symétriques;
2° Sarments fructifères constitués tous les â3 ou 30 centimètres par des rameaux consorvés dans une grande partie de leur longueur:
3° Arcure de ces sarments qui augmente la fertilité. en même temps qu'elle assure, vers la partie coudée, la végétation de beaux bois de remplacement dont on favorise le développement par un palissage verlical et par la suppression ou le pincement des autres rameaux ;
4o Etablissement du cordon à une hauteur permettant l'exécution de toutes les opérations culturales sans Taide de Téchelle traditionnelle employée dans les vignobles de risère et de la Savoie.
Ce système, destiné surtout à remplacer les grands treillages de ces contrées, offre donc sur eux de précieux avantages. D'une conduite facile et répondant parfaitement aux conditions de la culture de ces pays, il semble appelé à y jouer un certain rôle.