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VIGNOBLE DE LA CHAMPAGNE

La région qui donne les grands vins de Champagne est comprise dans les arrondissements de Reims et d'Epernay et le canton de Vertus.

Dans ce vignoble, on ne trouve que les races d'un seul plant, le Pinot. Comme en Bourgogne, on a su faire le choix judicieux des cépages pouvant profiter le mieux du sol et du climat.

C'est là un des problèmes les plus importants qu'aient à résoudre les viticulteurs,et cependant, jusqu'à ce jour, en maints endroits, on n'a pas paru l'envisager. C'est ainsi qu'on rencontre, sous des climats froids, des cépages tardifs dont les fruits n'arrivent jamais à parfaite maturité et donnent toujours des vins imparfaits. En ce temps de reconstitution, on ne saurait trop insister sur la nécessité de planter, dans toutes les régions, des vignes qui puissent mûrir leurs raisins d'une manière complète: c'est la première condition à réaliser pour faire du bon vin.

On a adopté en Champagne, pour la culture de la vigne, une méthode tout à fait originale, dont on ne retrouve l'application exacte dans aucun autre vignoble. Le but poursuivi est de maintenir la plante dans un état de végétation précaire et de faible production, en vue d'obtenir des raisins de grande qualité.

En fait, dans ce pays, l'appareil végétatif extérieur de la vigne est réduit au minimum; la souche n'existe pas ; chaque année, après le premier bêchage, en mars et avril, on enterre tout le bois de deux ans, de façon à ne

laisser au dehors que le sarmenl de l'anDée. La ligure 10 donnR lasppct d'une vif^np avec lous ses sarments et ses échalas, que l'on enlève à l'automne.

¥\-f. iO. — Vigne cliampenojse avant la laille.

On (aille en février ou mars tous les rameaux inutiles et on n'en laisse à chaque souche qu'un ou rarement

f]'^. il.— llrcha^se des vignes.

deux. C'est alors qu'on Tait la bêcherie, sorte de culture

générale à 15 ou 30 centimèlreg, qui déiiçage les r poussées sur le bois de deux ans et permet de coucher ce bois dans la jauge ouverle, comme le représente la figure 11.

C'est après le couchage que l'on taille les rameaux sortant de terre à 3 yeux francs pour les cépages noirs et à 4 yeux pour les cépages blancs. Ces rameaux sont choisis parmi les plus forts et les plus haut placés sur les souches. A ce moment on met les échalas.

La multiplication des ceps se fait, en Champagne, par écart et avance ; c'est ce que l'on appelle assizeler.

On laisse aux ceps que l'on veut avancer ou écarterdeux sarments à la taille précédente. Pour écarter, on choisit sur chacune desdeux broches le sarment le mieux disposé, et, au moment du bêchage, on écarte ces sarments en en fixant un à l'aide d'un crochet à la place

Fii;. 12. — Assizolajïe dos vignes pu Cl m m pagne

voulue pendant que l'on enterre l'autre. La figure 12 indique cette opération.

Pour avancer, on conserve sur une des broches le sarment le plusl)as que l'on couche dans lalignement transversal des ceps; sur l'autre broche, au conlraire, on conserve le sarment le plus élevé que l'on enterre jusqu'au rang supérieur, point où on le fait sortir pour le tailler.

Par ces écartements et ces avancements successifs, tout alignement est rompu et la vigne, qui comprenait au moment de la plantation de 15.000 à 20.000 plants à rhectare, compte bientôt de 40.000 à 60.000 ceps, à 30 ou 50 centimètres environ les uns des autres.

Chaque souche a ainsi sous terre un développement considérable; formée de longues tiges portant de nombreux faisceaux de racines peu développées, mais vivant à la surface et par conséquent très accessibles à réchauffement, elle puise sa principale vigueur des racinesmères ; d'autre part, les rameaux fructifères étant très près du sol, les raisins sont parfaitement exposés à l'action de la chaleur rayonnée et réfléchie.

Dans ce provignage annuel, on n'enterre le vieux bois que très peu profondément, de façon à ce que la nouvelle broche à 3 yeux, destinée à donner les rameaux de Tannée, soit hors de terre.

Quelquefois, cependant, dans le but de parer dans la mesure du possible aux dégâts que peuvent causer les gelées printanières, on laisse à la branche i œil de plus qui est enterré et que Ton sort dans le cas où les bourgeons extérieurs sont détruits.

C'est aussi par le provignage que l'on remplit les vides quand ils viennent à se produire. Pour cela, on réserve au bêchage, près de l'endroit à garnir, une forte souche à laquelle on laisse autant de sarments qu'il en faut pour remplir le vide. Au mois d'avril ou mai, on enterre la souche et on relève les sarments aux points voulus.

Dans quelques communes de l'arrondissement de Reims, on plante régulièrement à 40 centimètres sur des lignes distantes de 60 centimètres. Les vignes restent de franc pied et l'alignement est conservé; l'entretien se fait par plants rapportés et chaque cep est muni d'un échalas.

On distingue ici les vignes basses taillées à deux coursons à 2 ou 3 yeux et les vignes hautes qui

portent un courson à 2 yeux et une verge de 10 à 15 yeux. La figure 13 représente une de ces souches dont la verge recourbée est fixée à Téchalas. Le plus souvent on conserve en outre sur le cep un courson à 1 œil au-dessus duquel on rabat la souche lorsqu'elle est trop haute. Comme partout, en Champagne, les vignes sont relevées et rognées.

A part ces dernières exceptions, la viticulture champenoise est donc caractérisée par l'usage constant du provignage comme procédé cultural. Mais cette pratique n'est-elle pas incompatible avec le greffage des cépages indigènes sur racines américaines? Cette question, qui présente pour les viticulteurs champenois une importance de premier ordre, ne peut être résolue qu'expérimentalement.

Divers essais sont engagés, mais leur durée est insuffisante pour qu'on se permette actuellement d'en tirer des conclusions. Sans doute, on a pu constater que des provins isolés, exécutés quelques années seulement après le greffage, en vue de combler des vides, donnaient des souches vigoureuses, paraissant bien résister aux attaques du phylloxéra. Dans ce cas, la souche-mère reste en relation étroite avec les souches-filles, et les racines primordiales continuent à assurer l'existence des quelques ceps ayant une commune origine. Mais en sera-t-il de même si, régulièrement, on enterre, comme en Champagne, tous les bois de l'année, pour multiplier ou renouveler le vignoble? N'est-il pas à craindre, dans ce cas, qu'après un certain temps les communications soient rompues ou deviennent insuffisantes entre les racines

Fig. 13. — Taille pratiquée dans quelques vignobles de Tarrondissementde Reims.

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américaines initiales et les nombreux ceps qui doivent en recevoir la sève ?

Théoriquement, la question reste en suspens ; nous laisserons à TexpérienCe le soin de lui donner une réponse. D'ailleurs, quel que soit son intérêt, Texistence même du vignoble champenois est indépendante de la solution qui peut intervenir. Celte région pourra continuer à produire des vins d'égale qualité, sans le provignage, avec la vigne greffée conduite, sur souche basse, à la taille qui convient aux aptitudes des Pinots.

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