‹ La taille du rosier, sa culture, ses belles variétésChapitre 4 sur 69 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

taille, cette routine qui, trop souvent tient lieu de savoirfaire, il m'a suffi de me rappeler les difficultés des commencements, pour chercher à les aplanir aux personnes étrangères à Tarboriculture, en faisant à mes frais des cours publics et en publiant ces deux traités. J'avais primitivement Tintenlion de leur donner moins de développement, mais, en horticulture, les détails ont une importance telle qu'il ne m'a pas été possible de les négliger, seulement j'ai rejeté avec soin tout ce qui est compliqué et inutile, et n'ai cité que les faits dont la valeur m'a été constatée par mon expérience personnelle, tout en les appuyant des observations positives de nos premiers praticiens. Agir autrement, se laisser entraîner par l'attrait de certaines méthodes, et les présenter au public sans vérification sérieuse^ serait imiter le passant qui indique par ouï-dire le chemin à un voyageur égaré et lui fait prendre une mauvaise direction.

De nos jours, les ouvrages sur Tarboricultuf e sont communément rédigés, d'après les notes des praticiens distingués qui les ont publiés, par des écrivains habitués à manier la plume , mais étrangers à cette science. Si le livre y gagne comme style, combien ne perd-il pas au point de vue de la clarté t Ces raisons me font publier mes notes et dessins tels quels, heureux si l'imperfection du fiiyla est rachetée par la clarté de la description I

La partie de cette étude sur le rosier qui traite de la taille, est le résumé de mes notes personnelles, rien» que je sache n'ayant été publié à ce sujet i il n'en est pas de même pour tout ce qui se rapporte à la muiti** plication en grand et à la culture forcée, pi^atiques commerciales qu'en ma qualité d'amateur, je ne pou-

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?ais étudier que chez les rosiéristes de profession, au*près desquels j'ai trouvé une obligeance extrême à me renseigner sur tout ce qui a trait à cette culture ; aussi ne puis* je trop remercier MM. Verdier père, Ch. Verdier fils, son successeur, H. Jaroain, Margottio, Fontaine, Laurent, Lévôque, Hélye, chef de culture au Muséum, Granger et Cochet, à Suisne-en-Brie, A. Leroy, à Angers etc., horticulteurs dont les travaux ont placé en première ligne en Europe la culture française du rosier.

Mais il faut Tavouer, si la multiplication du rosier est traitée d'une manière parfaite chez nos rosiéristes, la taille , telle qu'elle est pratiquée dans nos jardins est rarement raisonnée ; on n'y voit que trop souvent le plus élégant des arbrisseaux transformé en un bâton surmonté de chicots hérissés et dépérissants, sur lesquels les plaies semblent avoir été accumulées à plaisir; cepencfant, la culture du rosier, bien conduite, est une des plus belles et des plus attrayantes, puisqu'elle n'exige pas, comme celle des fleurs annuelles, des soins assidus et pénibles et surtout des arrosements multipliés. Peu coûteuse, elle n'est pas comme celle des orchidées et des camélias, le privilège exclusif de la fortune. Les jouissances qu'elle procure ne sont pas payées par des dépenses et fatigues assez fortes pour diminuer le nombre des personnes qui peuvent s'y livrer comme délassement. Souvent, nous avons vu des mains délicates, habituées à tenir Paiguille, manier le sécateur et faire naître des fleurs pour les imiter ensuite sur l'album ou la tapisserie. L'homme du monde lui-même, arrivé au déclin de la vie, laissant de côté les travaux et les soucis

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qui ont absorbé son existence, pourra se créer une douce occupation par la culture des roses, et des jouissances toujours nouvelles, puisque, au plaisir de les contempler, il joindra celui, presque aussi vif, de les avoir fait naître par ses soins.

Le rosier est un arbrisseau de moyenne stature et de vigueur variable^ formant une touffe plus ou moins élevée, parfois grimpante ou rampante; augmentée chaque année par de nombreux rameaux qui se développent à la base de la touffe et chez certaines espèces^ par des drageons qui sortent de terre, et sont formés par des pousses souterraines, dites stolon ifères. De ces rameaux et drageons sortent des branches sur lesquelles se développent des rameaux florifères, terminés par des fleurs solitaires ou en corymbe ; simples, c'est-àdire à cinq pétales; ou doubles, quand les étamines se sont transformées plus ou moins complètement en pétales; dans ce cas, les organes fructifères sont parfois avortés, et la fleur est stérile. Les fleurs sont d'un riche coloris, comprenant toutes les teintes du blanc, du rouge et du jaune, et exhalant une odeur suave plus ou moins prononcée; cette odeur est désagréable sur quelques espèces à fleurs jaunes.

La rosa est répandue sur tout notre hémisphère; on la voit s'épanoiiir près des glaces du pôle, et sur les sables brûlés de FAbyssinie. Mais il est à remarquer qu'elle ne fait pas partie de la flore de l'Améi'ique du Sud, des nombreuse* îte» de

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l'Australie, el du sud de l'Afrique, conlrées qui composent rhémisphère austral.

La différence de sol et de climat a dû modifier la forme et le mode de végéter du rosier, selon qu'il appartient à telle ou telle contrée : ce qui a constitué un groupe d'espèces, qui se distinguent plutôt par leur aspect et leur mode de végéter que par les différences botaniques de leurs organes, du reste fort sujets à varier. Certaines de ces espèces se font remarquer par la beauté de leurs fleurs et l'élégance de leur feuillage, aussi sont-elles cultivées dans les jardins, et comme ce sont les seules qui doivent nous occuper dans cet ouvrage, nous nous contenterons, pour donner une idée des nombreuses espèces propres à telle ou telle contrée, de parcourir par la pensée les pays où elles végètent naturellement et de noter celles qui ont été introduites dans nos cultures.

Le sol glacé qui avoisine le pôle semblerait devoir être privé du plus élégant des arbrisseaux; cependant, la rose fait ptrtiadu petit nombre des plantes qui en composent la flore. A poine les yenis chauds venus do la mer ont^iis fait disparaître pQ\ir quelques semaines les neiges qui couvrent les eoUinea du Groenland, que s'épanouissent presque subite^ ment le^ roçes délicate» du rosier anço pâles cotikurs, dont les pétales brillent d'un doux éclat, et rcssortent sur la pâle verdure des saules nains. Au nord de l'Amérique, le navigateur étonné voit les rives désolées de la baie d'Hudson s'orner pour quelques jours d'été du grêle feuillage et des jolies fleurs doubles en bouquets du »x)sw de la baie dHudson, Au Labrador, l'élégant rosier ù feuilles de frêne enlace les rocbers dénudés de ses rameaux sarmenteux d'un rouge de corail, dont l'éclat disparaît sous le pourpre encore plus vif de ses petites fleurs.

La rose fait également partie de la flore de File de Terre^ Neuve; les brumes glacées qui régnent presque constamment sur ces côtes ne les empêchent pas de se parer du léger feuillage duveteux et des petites fleurs rouge vif du rosier 6r»7/a»^ ; dont la vue vient rappeler au pêcheur européen, qui fréquente ces rivages, la haie d'églantiers fleuris du village nataL

Les vastes forêts de rAoïërique sont la patrie de plusieurs espèces remarquables : la rose Tumeps et la rose luisante y végètent avec vigueur et se couvrent toutes deux de fleurs eu bouquets d'un beau rouge carminé. Lerosierde la Caroline épanouit sur les bords des marais ses petites fleurs pourpres qui ressorlent vivement sur la blancheur de son feuillage cotonneux. Citons encore les fleurs élégantes et accouplées du rosier de Peusyîvaniet et le faible rosier de Wood, dont les rameaux rampants se couvrent de nombreuses fleurs délicates et de couleur rose pâle. Plus au midi, les haies des plantations de la Géorgie et de la Floride sont ornées au printemps des fleurs blanches du rosier lisse, espèce remarquable par sa végétation luxuriante. Introduites en Europe^ les roses américaines y dépérissent généralement; deux ou trois espèces y sont cultivées, les autres se rencontrent peu communément dans les jardins botaniques.

Au Mexique^ les voyageurs Humboldt et Bompland découvrirent deux espèces de roses, sur les montagnes de Gerro- Ventoso, à 2,500 mètres de hauteur et, par conséquent, à une température assez basse ; Tune des deux, la rose de Montezuma, fut introduite en France par un célèbre amateur, M. Boursault; mais elle s'y est peu répandue.

Nous avons dit que la rose ne faisait pas partie de la flore de FAmérique du Sud. Peut-être la rencontrera^t-on un jour dans les vastes solitudes de la Patagonie^ non encore explorées par les botanistes.

L'Asie est la patrie des belles roses... Dans les immenses plaines de la Sibérie végètent plusieurs espèces remarquables : la rose à grandes fleurs, dont les corolles élégantes ont la forme d'une coupe antique; le rosier féroce, aux rameaux tortueux, hérissés d'aiguillons et se couvrant de larges et belles fleurs rouge pourpre. Au Kamtchatka végète un rosier qui parait vouloir prendre un jour un rang distingué parmi nos plus belles espèces cultivées. G'est la rose du Kamtchaka, qui se distingue surtout par son beau feuillage a neuf folioles cotonneuses, et par ses fleurs doubles d'une teinte groseille toute particulière

De magnifiques espèces de roses végètent en Chine et au Japon; leur feuillage persistant, leurs fleurs élégantes et leur floraison presque perpétuelle, ainsi que leur superbe végétation, les mettent au premier rang comme fleurs d'ornement, introduites en Europe à la fin du siècle dernier^ ces roses y furent nommées mal à propos roses des Indes et du Bengale, contrées d'où on les supposait originaires. Elles tiennent maintenant une belle place dans nos jardins et nous procurent la douce jouissance d'y voir naître des roses pendant toute la belle saison et jusqu'aux premiers froids de l'hiver; les espèces les plus remarquables sont la rose du Bengale, aux nuances délicates et parfois si vives, dont les rameaux élégants sont presque constamment fleuris, et la rose thé, qui se fait remarquer par la délicatesse de ses nuances et son odeur toute particulière, ayant quelque analogie avec celle du thé.

Une série d'espèces grimpantes, d'une vigueur extrême, est particulières la Chine et au Japon. Les plus remarquables sont le WM/^e7Zore,originaire de cette dernière contrée, qui doit son nom à sa floraison luxuriante; un seul pied de ce rosier garnissant toute la façade d'une maison, et l'enveloppant d'un manteau de fleurs purpurines. Le rosier de Banks, qui atteint parfois, dans le Midi,Ja cime des plus hauls peupliers, et couvre leur vert feuillage de flocons de fleurs d'un blanc de neige. Le rosiei' à bractées, dont les rameaux cotonneux et élancés se garnissent de fleurs blanches d'un charmant effet. Le rosier à fleurs d'anémone, aux petites fleurs doubles, si gracieuses et si régulières. Le rosier à petites feuilles, recherché par les Chinois, à cause de son feuillage d'une délicatesse exlrême : planté dans de riches vases de porcelaine, cette miniature orne les habitations élégantes des mandarins.

De nouvelles découvertes viennent prouver journellement que nous ne connaissons pas encore toutes les richesses végétales de ces vastes contrées. 11 y a quelques années, le voyageur anglais Fortune vit un rosier d'une espèce inconnue, qui ornait de ses belles fleurs jaune aurore l'habitation d'un riche mandarin de Ningpo. Introduit en Europe par ses soins ce rosier est venu augmenter nos richesses florales. Dernière-

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ment^ M. Leroy^ d*Angers, a reçu du Japon un rosier remarquable par son bois et ses fortes épines^ mais qui n*a pas encore fleuri en Europe.

La Cochinchine, ayant une température presque égale à celle de TEurope, possède quelques espèces de rosiers Faisant également partie de la flore de ce continent. Le rosier blanc se trouve dans les deux pays; on y voit végéter, comme espèce particulière, le rosier trés-épineux, à fleurs d'un rose carné et sans odeur. Un certain nombre d'espèces, encore peu connues, sont propres au Népaul et au Thibet. Nous citerons, entre autres, le rosier de Lyeîl, aux fleurs délicates et du blanc le plus pur. La rose des marais, dont les fleurs, également blanches, se distinguent par une sorte* d'involucre •formé de quelques folioles rapprochées enveloppant la corolle. Une espèce remarquable au point de vue botanique se rencontre dans le centre de l'Asie, de la Tartarie chinoise, aux confins de la Perse : le rester à feuilles de vinetier, seule espèce à feuilles simples qui soit connue dans le genre rosier.

H ne faut pas croire, du reste, que toutes ces roses sauvages atteignent la beauté des roses doubles de nos jardins, produits de la culture. Le voyageur français V. Jacquemont, qui nous a laissé la description des jardins renommés de Cacherayr, jardins tout remplis de roses fleuries, dit n'y avoir rencontré que des roses petites et sans odeur.

La plus belle des roses est originaire du nord de la Perse et de la Circassie: la rose cent-feuillesy cultivée dans les jardins depuis les temps les plus reculés; son type à l'état sauvage, à fleurs simples, n'est pas connu, mais on l'a obtenu, dans quelques jardins, des graines de la variété à fleurs doubles. De la Perse nous est venue également la charmante rose jaune dite pei^sian yellow. Citons encore, parmi les espèces les plus remarquables de cette contrée, le rosiei-^ en arbre, dont les rameaux élancés se couvrent au printemps de milliers de roses blanches odorantes et forment de véritables bosquets. Ces fleurs ont inspiré au poète persan Saadi les plus beaux apologues de son poème le Jardin des roses.

L*Asie-Mineure ne le cède en rien à la Perse pour la beauté de ses roses; on sait quelle est la passion des Orientaux pour cette fleur. Aussi y est-elle cultivée sur une grande échelle, pour en tirer l'eau et l'essence de roses. Les voyageurs célèbrent à Tenvi l'aspect enchanteur que présente au printemps la vallée de Damas, dite vallée des roses. C'est de cette contrée que furent introduits en France, à l'époque des croisades, les rosiers de Provins, rapportés, dit-on, par un comte de Brie; plus tard, en 1575, la célèbre rose de Damas fut rapportée de cette ville. Cette belle fleur se rapproche de la rose centfeuilles par sa beauté, et la surpasse par la force de son parfum.

C'est de tlonstantinople que nous est venue la superbe rose jaune double, rivale de la rose cent-feuilles pour la' perfection des formes. Elle orne les tombeaux des vastes cimetières qui environnent cette ville, et ses branches élancées y atteignent la cime des cyprès en les enveloppant de leurs longs rameaux couverts de fleurs d'or, d'un eifet splendide. Transportée sous notre climat moins propice, cette espèce y fleurit mal, et ses boutons se flétrissent le plus souvent sans s'épanouir.

On ne peut parler des roses de la Grèce sans citer ses poètes et les chants que cette fleur leur inspira : les odes d'Anacréon et de Sapho sont des modèles souvent imités depuis. La rose y servait à orner les fêtes; les tables et les lits des festins étaient semés de ses pétales. Le jeune Sybarite Smindridès ve plaignait qu'un pétale de rose avait troublé son sommeil; et le philosophe Aristippe s'écriait à ce propos en respirant une rose : « Maudits soient les efféminés qui ont fait décrier d'aussi douces sensations ! »

La rose cent-feuilles est probablement celle qui est décrite par Théophraste sous le nom de a rose à soixante pétales , croissant naturellement sur le mont Pangée. »

11 est supposable que les anciens Égyptiens connaissaient la rose; cependant, de nombreuses recherches ne l'ont pas fait découvrir parmi les hiéroglyphes qui décorent leurs monuments. De nos jours, les savants de l'expédition d'Egypte

ne rencontrèrent dans ce pays que deux sortes de roses : la rose cen (^feuilles et la it)se de Damask

Les Livres sainU font mention de la rose; les prêtres du temple do Jérusalem portaient une couronne de roses pen-^ dant les sacrilîces. Toutefois la rose de Jéricho^ si souvent citée^ est une plante annuelle d'une espèce fort diffërentej et qui n'a de commuii avec la rose que le nom.

Le goût des roses pénétra de la Grèce en Italie^ aux premiers temps do Tcmpire romain, où le luxe des fleUrs fut poussé à Rome à un point incroyable. Dans les festins> une pluie de pétales de roses tombait du cintre de la salle pendant toute la durée du repas ; Cléopâtre^ dans une fête donnée en Cilicie à Marc-Antoine^ fit couvrir de roses le parquet de la salle du festin^ sur une hauteur de soixante centimètres. Un léger treillis recouvrait ces fleurs pour qu'elles puisent oITrir une douce résistance aux pas des invites^ Citons également la fête donnée par Néron sur les bords du lac de Baies, fête où, d'après Suétone, la dépense pour les roses seules se serait élevée à quatre millions de sesterce8> 500,000 francs de notre monnaie !

L'hiver même n'était pas un obstacle au luxe des roses; on les fit venir premièrement de VÉgypte, puis on établit de nombreuses serres chauffées par l'eau chaude, lesquelles fournirent ces fleurs avec une profusion telle, que le poète Martial put s'écrier : a Pendant l'hiver, on voit partout briller l'éclat des fieurs fraîchement tressées en guirlandes; partout dans les rues on respire l'odeur du printemps, i»

Les Romains cultivaient plusieurs roses qui nous sont inconnues. Pline cite, entre autres, la rose do Pœstum, qui fleurissait deux fois l'an, et qui parait être notre rose bifèrOb Les voyageurs de Jussieu et Landressc l'ont du reste vainement cherchée aux environs de cette ville* Pline cite égaler ment les roses de Gampanie et de Milet, plus tardives, et celle de Carthagène, qui fleurissait en hiver.

Les parties de l'Afrique baignées par la Méditerranée possèdent une rose remarquable, la rose musquée, bel arbrisseau qui fait également partie de la flore de l'Espagne et du

Roussillon, et dont les fleurs blanches sont recherchées parce qu'elles répandent une odeur agréablement musquée. La rose pénètre assez avant dans l'intérieur de l'Afrique ; on la rencontre en Abyssinie. Une espèce, la rose d'Abyssinie, est une preuve frappante de la rusticité du rosier, qui supporte les chaleurs de celte latitude et les froids rigoureux des contrées rapprochées du pôle.

Les Arabes, après la conquête de l'Espagne, conservèrent la passion des Orientaux pour les roses. Les jardins de l'Alhambra et de Cordoue et les fertiles plaines de Valence étaient de véritables parterres de roses; et la culture de cette fleur y était portée à un haut point de perfection. Il nous reste quelques traités arabes sur la culture du rosier. L'auteur Abu-Abdalah nous cite les roses alors cultivées : « La blanche double, d'une odeur exquise, dont le calice réunit plus de cent pétales; la jaune, quia la couleur de l'or, éclatante comme la jonquille; la brune, qui tient de la teinte violette; et, enfin, l'incarnate, qui est la plus commune de toutes. » A l'expulsion des Arabes de l'Espagne, leurs splendides cultures disparurent avec eux. De nos jours, quelques rosiers, descendants de ceux qu'ils ont plantés, étendent encore leurs rameaux échevelés sur les ruines de l'Alhambra, qu'ils embellissent de leurs fleurs.

La végétation plus sévère de l'Europe comprend un assez grand nombre d'espèces de roses; quelques-unes seulement sont remarquables par la beauté de leurs fleurs ; mais, grâce à l'industrie des Européens, les plus belles roses de l'Asie furent importées dans les jardins. De plus, mettant à profit cette disposition singulière que présente tout végétal à varier de forme et de coloris dans sa descendance, une fois transplanté hors de son pays natal et soumis à la culture, ils ont obtenu, pour la rose comme pour les autres fleurs, un grand nombre de variétés des plus remarquables et qui tendent à augmenter chaque jour.

En France, cette fleur fut toujours recherchée; au moyen âge on se couronnait de roses dans leb fêles et les festins. Mais, il faut l'avouer, le goût de nos pères pour les

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roses ne fut pas (oujours aussi dcUcat^ puisqu'ils faisaient entrer cetle fleur dans la composition des sauces et des ragoûts. Selon Arnaud de Villeneuve, on mangeait alors les cerneaux et les oiseaux rôtis à l'eau de roses ! Pour satisfaire ce goût, celle tleur était Tobjet d'une grande culture; aussi rencontret-on souvent dans les titres de l'époque la mention de redevances de boisseaux de roses pour cet usage.

Une coutume singulière a longtemps existé et n'a disparu qu'au xvn* siècle : quand un pair de France avait un procès, il était tenu d'offrir des roses aux magistrats et d'en faire répandre dans toutes les salles du Palais.

Aux deux derniers siècles, la rose avait une grande importance comme médicament; il est curieux de lire dans les traités de l'époque, la longue nomenclature des maladies dont elle était le spécifique, depuis les entorses jusqu'aux palpitations. Du temps des Romains, l'églantier était réputé guérir de la rage, d'où lui vient son nom de ctuiina. De nos jours, les pétales de roses ne sont plus employés que comme léger astringent, et les parfumeurs en font une grande consommation pour les pommades, odeurs, etc.

La rose joue un rôle plus digne d'elle dans la touchante cérémonie de la rosière de Salency, près Noyon ; fête d'origine fort ancienne, puisqu'elle remonte, dit-on , à saint Médard, au v* siècle. Cette fleur figure également dans la fête poétique instituée par Clémence Isaure. Aux Jeux floraux, une églantine d'or est le prix décerné au mieux inspiré.

Parmi les roses indigènes les plus remarquables, nous citerons : VégJaniiei" des haies, si recherché comme sujet propre à greffer les espèces cultivées dans les jardins ; ses petites fleurs, charmantes dans leur simplicité, parent au printemps les haies des champs et la lisière des bois. Une espèce peu différente, le rosier rouillé, se distingue par son feuillage odorant : froissé entre les doigts, il répand une douce odeur de pomme de rainette. Une autre espèce, le rosier pomifère, se rencontre surtout dans les bois de Fontainebleau et se distingue par ses gros fruits pulpeux et son feuillage à odeur de térébenthine. Le rosier cotonneux, dont le feuillage est

grisâtre et velu, végète surtout dans le centre de la France. Citons encore le plus élégant des rosiers indigènes, le rosier blanc, espèce qui se trouve dans le Midi ; et dont une variété cultivée, la rose cuisse-^e-nymjphe , se fait remarquer par Textrême délicatesse de ses nuances.

La rose des Alpes, espèce élégante et presque privée d'aiguillons, végète sur les montagnes des Alpes et des Pyrénées. A une hauteur moins élevée se rencontre le rosier à feuilles rouges, d'un aspect agréable. Quelques espèces sont particulières aux montagnes de l'Ecosse : la rose à pétales roulés, à grandes fleurs roses et blanches, le rosier velu et le rosier satine, dont les fleurs sont réunies en corymbe.

Dans le midi de l'Europe, et particulièrement en Autriche, se trouve le rosier jaune et sa variété, dite capucine, qui produit un brillant effet par ses belles fleurs simples, jaunâtres et ponceau velouté, s'épanouissant en nombre considérable.

L'Espagne possède une espèce particulière, le rosier d'Espagne, dont les fleurs rouge clair s'épanouissent en mai. La charmante rose cannelle végète surtout en Suède et en Russie; ses rameaux jaunâtres et luisants se couvrent les premiers au printemps de fleurs rouge pâle dont l'odeur est fort agréable.

En Laponie, en Islande, sur les bords de la merClaciale, la rose est la seule fleur remarquable qui atteigne la limite où cesse toute végétation ; le rosier de mai, aux fleurs délicates et rose pâle, mais privées d'odeur, et le rosiei* rougeâtre, ^ développent presque subitement leurs bourgeons, fleurissent, fructifient, puis disparaissent pendant huit mois sous un épais linceul de neige.

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