ESPÈCES DU ROSIER
Les caractères qui distinguent entre elles les espèces du rosier n'ont aucune fixité ; en effet, les organes de cet arbrisseau sont fort sujets à varier, non-seulement d'espèce à espèce mais encore d'individu à individu de même espèce. Ainsi, on rencontre parfois, sur une espèce qui présente habituellement ses styles soudés en colonne, certaines fleurs dont les styles sont libres ; de plus, les semences qui proviennent de cette espèce peuvent produire des sujets indifféremment à styles soudés et à styles libres ; il en est de môme des caractères^ tirés des étamines, des pétales, des glandes, des bractées, des stipules, de la forme du calice, de celle des feuilles, etc.
Le manque de fixité de ces caractères a mis les botanistes dans la presque impossibilité de classer l'espèce rosier selon l'absence oU la présence de tel ou tel organe. Lin née, qui ne cite que quatorze espèces de roses, déclarait n'être pas éloigné de les considérer toutes comme provenant d'un type unique, mais extrêmement polymorphe. D'autres botanistes se sont contentés de ne reconnaître que trois espèces de rosiers à caractères parfaitement distincts : le rosier à feuilles simples, celui à fleurs jaune pur, et le rosier variable, dont les nuances varient du blanc pur au pourpre violacé, en passant par toutes les teintes du jaune en mélange, cette dernière nuance n'étant jamais parfaitement pure thët cette espèce.
Quelques botanistes sont tombés dans l'exagération con-
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traire, en mettant au même rang les espèces naturelles à caractères tranches et les plus saillantes des variétés obtenues parla culture; variétés qui disparaissent au bout de peu d'années lorsque leur mérite ne les fait plus rechercher, ce qui a surchargé leurs classifications d*un grand nombre de noms vides de sens. Nous croyons que, faute de mieux, on doit se contenter de classer comme espèces les rosiers qui se distinguent par un ensemble de caractères qui les font reconnaître à première vue, en tenant compte des contrées où ils croissent naturellement. Ainsi, tout le monde distinguera la rose des Alpes, presque privée d'épines et végétant sur les montagnes, de la rose du Bengale, originaire de Chine, etc. De plus, n'est-il pas choquant devoir citer, comme une seule et même espèce, cette rose du Bengale, dont les feuilles sont persistantes et la floraison continue, et notre églantier des haies, dont les feuilles sont caduques et qui ne fleurit qu'au printemps; celui-ci faisant développer de nombreux drageons sur ses ra* cines, le premier étant privé de cette faculté?
Quand les rosiers sont introduits dans les jardins, les distinctions de forme entre espèces n'ont plus rien de fixe. Une fois changés de climat et soumis à la culfure, il se produit une modification considérable dans la forme des sujets obtenus de leurs graines; la forme du feuillage, celle des fleurs, le nombre de leurs pétales, leur coloris, leur vigueur, offrent les caractères les plus dissemblables, nonseulement avec le pied mère, mais encore entre les sujets venus d'un même semis. Prenons pour exemple le rosier blanc qui croît dans les haies du Midi; quoiqu'il s'y multiplie par le semis, on ne le rencontre que couvert de fleui*s simples, d'un blanc pur; cependant, s'il est transplanté dans nos jardins, ses graines y donnent des individus à fleurs doubles ou semi-doubles et à fleurs plus ou moins blanches et roses; il en est de même d'un grand nombre de fleurs, entre autres les dahlias, les tulipes, les renoncules, etc., espèces à fleurs simples et unicolores dans leur pays natal, qui, dans nos jardins, varient à l'infini.
Une autre cause paraît encore augmenter les dispositions