‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 1 sur 466 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les questions financières ont tenu une place considérable dans la vie de l’ancienne monarchie. Jamais l'argent n'a joué un si grand rôle que dans ce gouvernement, parce que jamais gouvernement n'en a autant manqué. À toutes les époques, mais surtout depuis le xvi° siècle, les rois se sont débattus contre les embarras d'argent : à l’intérieur, des réformes fondamentales, unanimement souhaitées, ne purent être accomplies, parce que l’état du Trésor ne les permettait pas; à l'extérieur, des alliances avantageuses furent abandonnées, des guerres suspendues ou arrêtées, faute d’un ou deux millions d’écus dont il eût fallu pouvoir disposer en temps opportun. Tous les efforts de ministres de talent, depuis Sully jusqu'à Necker, furent paralysés par les difficultés financières!; on peut dire que la royauté a dû sa perte en grande partie à ce qu'elle n'a pas su instituer un système fiscal approprié à ses besoins.

Ce sont les impôts excessifs, mal répartis et mal levés, qui suscitèrent le grand mouvement philosophique du xvrn° siècle : Boisguilbert et Vauban furent les premiers critiques du régime monarchique; les premières grandes plaintes furent motivées par la misère et la famine. Or, de tous les impôts, aucun ne souleva plus de mécontentement que la taille, parce qu'aucun n'était plus visiblement injuste et plus ruineux. D'abord, c'était

1. Sur l'incapacité des ministres de l’ancien régime à modifier le système fiscal, voir Lavisse, Histoire de France, t. IX, 1° partie, p. 406-408. Le dernier d’entre eux, Necker, a fait publiquement cette déclaration au roi : « Il n’est aucune conquête, il n’est aucune alliance qui puisse valoir à Votre Majesté ce qu elle pourrra tirer un jour du développement de ses propres forces : l'essor de l'agriculture et de l’industrie par la bonne répartition des impôts, l'essor du crédit par la sage administration des finances; voilà tout ce qui manque à la puissance (de votre] royaume » (Compte rendu au Roi en janvier 1781, D. 68). C’est l’aveu implicite,

à la veille de la Révolution, que tout restait à faire dans ce domaine. Îl sera répété par Calonne à l’assemblée des Notables.

Page 1