‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 119 sur 466 · LES -CHEVAUCHÉES DES ÉLUS · texte numérisé non relu

LES -CHEVAUCHÉES DES ÉLUS

Je m’ai trouvé que quatre procès-verbaux de chevauchées : deux de l'élection de Caen datés de 1661, et deux de Lisieux, datés de 1683 et 1684. Les questions posées aux habitants des paroisses sont à peu près les mêmes partout; voici par exemple celles de l’élu de Lisieux en 1684 :

Qui sont les seigneurs et patrons d'icelles parroïsses. Combien il y a de fiefs, de quelle qualité y sont, à qui ils appartiennent et de quelles personnes et fiefs ils relèvent.

Les noms et surnoms de ceux qui usurpent la qualité de noble et qui autrement s’exemptent des contributions aux tailles.

Sy les gentilshommes ne dérogent point, comme prenant dixme à ferme soubs leurs noms ou soubz noms empruntez ou autres vaccations et arts mécaniques.

Les noms de ceux qui se font imposer à des sommes moindres que celles qu’ils doibvent porter, quels biens ils possedent et combien ils payent.

S'il ne s’est point levé d’autres deniers que ceux ordonnez.

S'ils ont plainte a faire contre les receveurs et huissiers.

Et généralement quelles personnes sont decedez depuis le 1 octobre de l’année derniere, et combien ils payoient de taille?.

Partout les réponses des habitants à ces questions sont vagues; elles se ramènent en général à déclarer qu'ils n'ont à se plaindre de rien : dans toutes les paroisses de la sergenterie d'Evrecy*, en 1661, les contribuables répondent qu'a il n'y a aucun digne de contribution qui ne soit imposé ny qui usurpe le titre de noble, d’exempt ou privilégié, lesdits taillables ne sont oppressez par aucune personne et ne se plaignent de surassis, de sergeant, ny marchant de namps* »; cependant nous savons d'autre part que ces paroisses étaient misérables parce que les bourgeois de Caen en possédaient la plupart des terres sans y payer la taille; elles devaient des arriérés d'impôt considérables et venaient d’être rançonmées par le receveur Hallot, dont le procès était en instance au Bureau des Finances. L'optimisme du procès-verbal ne peut donc pas ètre pris à la lettre. Il est douteux d’ailleurs que les élus dans leurs chevauchées se fussent transportés réellement dans chaque paroisse : le président de l'élection de Lisieux déclare même dans son procès-verbal qu'il s’est tenu « dans la chambre du conseil de l'élection »; l'élu qui visite la sergenterie d'Evrecy fait son travail dans une seule journée d’après son procès-verbal, or il lui était matériellement impossible de se transporter en Sl

1. Cette question est posée parce que les élus prétendent avoir connaissance en première instance des affaires concernant la noblesse, lesquelles sont jugées par appel à la Cour des Aides. (V. ci-dessous, ch. v, la recherche de la noblesse.)

2. Procès-verbal de la chevauchée d'Antoine Tynan, premier président en V'Election de Lisieux, du 16 sept. 1684, À. D. Calv., CO, Election de Lisieux.

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