L. Ibid., p
5, Ibid.
6. L. de Hachette à Colbert 24 octobre 1670 : « les paroisses de la généralité de Paris appartenant à M. du Boulay-Favier ont tousjours esté protégées par
MM. les maïtres des requestes ses confrères ». (Clairamb, 799, p. 365). 7. M. C. 1415, f 849.
ment traitées, indépendamment du pouvoir où elles peuvent être de paier plus ou moins de taille. Aujourd’hui une des plus agréables fonctions de MM. les intendans des provinces est cette répartition ! ». Ce passage de Boisguilbert est confirmé par l’intendant Lallemant de Lévignen en 1732 : « le seigneur sollicite avec vivacité lors des départements la diminution des impositions de sa paroisse; son motif est de faire sentir à ses habitans le prétendu crédit qu'il a auprès de l’homme chargé des ordres du roy, pour s'attirer la considération des gens foibles dont il exige quelquesfois pendant le cours de l’année des servitudes, ainsy que le soulagement de ses fermiers à son gré »; il est vrai que ces sollicitations sont, d'après Lévignen, « sans aucun effet? ». Cependant l’intendant de Poitou, Maupeou d’Ableiges, fait son département au gré de l’abhbesse de Thouars; son secrétaire s’est fait donner des pots-de-vin pour recommander telle ou telle terre ?. Duclos, dans ses mémoires, raconte l’histoire d’un intendant qui fut révolté de ces injustices : « Courtin, intendant de Picardie, ménagea tellement les terres du duc de Chaulnes, son ami, qu'il s'aperçut enfin qu'il avoit surchargé de 40000 I. d’autres paroisses; 1l les paya et demanda son rappel. Sur les instances qu'on lui fit pour le faire rester, il répondit qu'il ne vouloit ni se ruiner ni passer sa vie à faire du mal‘ ». Mais combien imitèrent son exemple? Ils étaient assurés de l'impunité, n'étant surveillés que de très loin par les ministres, et les contribuables n'avaient aucun recours contre eux. La plupart des gens trouvaient d’ailleurs ces protections naturelles : Mme de Sévigné ne s'étonne nullement que dans la répression de l’émeute de Bretagne les terres de Mme de Rohan et de Mme de Coëtquen soient « fort soulagées » et que la princesse de Tarente recherche pareil soulagement : « c'est, dit-elle, une grande justice »°.
En somme, avant 1661, les protections étaient pratiquées par les agents locaux : élus, receveurs, trésoriers de France; après 1661 elles le furent par les agents du pouvoir central; ce fut un grand changement parce que les intérêts des premiers n'étaient pas les mêmes que ceux des seconds; mais il est difficile de dire si les contribuables y ont gagné ou perdu. La ruine incontestable du royaume après vingt années de ce nouveau régime peut néanmoins laisser supposer qu'ils y ont beaucoup perdu.
1. Le détail de la France, éd. 1707, T,p: 2998, Boisguilbert ajoute que les intendants ont au début essayé d'empêcher Îles seiwneurs de faire exempter leurs fermiers, mais ils n’ont pas abouti « parce que de très grands seigneurs se trouvant dans cette espèce, on ne pouvoit Pas commencer par eux comme il eût été de nécessité pour montrer l'exemple ».