‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 141 sur 466 · L. du 3 nov. 1685 dans ses Mémoires, éd. Baudry, p · texte numérisé non relu

L. du 3 nov. 1685 dans ses Mémoires, éd. Baudry, p

vous ne pourriez rien pour lui, cela plairoit fort à son maitre! ».

Il arrive que des protections soient refusées par les ministres, mais ce nest pas toujours pour des motifs d'intérêt général. Colbert et Louvois sont en lutte au sujet des terres de Turenne en 1674 : Turenne, ami particulier de Colbert, obtient de lui toutes les protections qu'il désire?; mais il est en rivalité avec Louvois qui ne le ménage pas. Or en décembre 1674, des soldats sont envoyés en quartiers d’hiver dans la généralité de Poitiers. L'intendant Foucault propose à Louvois d’exempter du logement la paroisse de Nègrepelisse appartenant à Turenne. Louvois répond : « L’intention du roi n’est pas qu'aucun village à qui que ce soit qu'il appartienne soit exempt du logement des cavaliers... il eût été bien à propos que vous ne vous fussiez pas dispensé de vous conformer au règlement pour des considérations pareilles à celles dont vous me parlez® ». Mais en même temps Colbert écrit à Foucault que « le roi trouveroit bon » que l'on exemptât la terre de M. de Turenne, « qu’il avoit bien mérité cette distinction * ». L'intendant sut heureusement trouver un moyen de satisfaire ses deux maîtres : « jai mis, expliquet-il, quelques places de l’état major dans Nègrepelisse, mais c'étoient des places mortes qui ne coutèrent rien à la paroisse, et cette affaire n'eut pas de suite ».

Les ministres, par cette conduite, autorisaient les infractions des intendants; comment ceux-ci eussent-ils hésité à protéger les paroisses où ils étaient intéressés? Ils se dégrèvent mutuellement les terres qu'ils possèdent : du Boulay-Favier, intendant d'Alençon, fait toujours soulager ses paroisses par ses collègues °. Toutes les personnes qui les touchent de près ou de loin, ou dont ils ont à attendre la protection, reçoivent naturellement leurs faveurs, peut-être même en accordent-ils, comme Saint-Simon et Boisguilbert les en accusent, uniquement pour faire voir qu'ils sont tout-puissants. Les sollicitations leur viennent de partout. Chamillart, intendant de Caen, annonce à Colbert en 1666 comme une chose extraordinaire qu'il n’a reçu « aucune recommandation avant le département? ». « Lorsque la somme à laquelle une généralité est arêtée est venue du Conseil, dit Boisguilbert, tout le monde fait sa cour à MM. les intendans afin que leurs paroisses soient favorable-

1. Tbid., p. 144. Pussort était un des protecteurs de Foucault.

2. Saint-Simon dit même que ses terres étaient entièrement affranchies d'impôt. (Mémoires, éd. Chéruel, t. IL, p. 363); cf. une lettre de Dorieux à Colbert, 15 août 1670 : dans la généralité de Limoges les gardes de M. de Turenne « qui sont fort à leurs aises », sont néanmoins « fort peu taxez » (Clairamb. 792, p- 215).

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