Lettre à Colbert du 29 novembre 1666, M. GÉMMIERI9S
l'imposition de marchands qui gagnaient plus de 10 000 I. par an, il était à craindre que ceux-ci ne s’autorisent de leur privilège pour acquérir beaucoup de biens taillables et les soustraire ainsi à l'impôt; deux d’entre eux, disaient-ils, vont hériter de leur beau-père qui est imposé à 120 I., et ce sera autant de taille qui retombera à la charge des autres habitants !. Colbert maintint néanmoins cette faveur.
L'agriculture fut également aidée par de semblables modérations de taille. Afin d'indemniser les éleveurs d’étalons « des soins qu'ils prendront pour faire réussir le dessein de Sa Majesté pour le bien de son service et le public, » un arrêt du conseil du 17 octobre 1665 les exempta de tutelle, curatelle, logement de gens de guerre, guet et collecte des tailles, et en outre, il leur accorda sur leur impôt une réduction de 30:1., laquelle serait calculée « sur le pied de leurs taux de la présente année, sans qu'ils puissent estre augmentés, sinon en cas d'augmentation de biens et au sol la livre des impositions qui pourront estre faites et ce, durant le temps qu'ils se trouveront chargés desdits estalons ? ».
lei encore, il y eut opposition et réclamations des non-privi- légiés : un propriétaire demeurant à Carentan était imposé à 62 livres lorsqu'il prit un étalon en 1681 : l’année suivante il fut, contrairement au règlement de 1665, imposé par les collecteurs à 96 L., sous prétexte que son cheval « estoit vieux et ne pouvoit plus servir »; il en acheta un autre au prix de 500 I., et se fit taxer d'office par l’intendant à 80 L., mais les collecteurs l’imposèrent pour 1663 à 610 I. : c'est, écrivit l'intendant, « un taux exhorbitant, non seulement pour ses biens, qui sont médiocres, estant un marchand d’une petite ville, qui assure ne pas avoir plus de six à sept cens livres de rente, mais mesme est au-dessus de tout ce qu'il y a dans la généralité, où il s’en trouve très peu qui aille à plus de 300 1. ° ».
Des renseignements analogues lui étant parvenus des autres généralités, Colbert fit rendre l'arrêt du conseil du 28 octobre 1683 : désormais les propriétaires d’'étalons auraient leur taille réduite de 1/3 « sur le pied de ce à quoi ils sont taxez et imposez en ladite année 1683 * ». L'application de cet arrêt sort des limites de notre étude, mais on peut dire que les difficultés continuèrent : il faudra supprimer le privilège, par une déclaration du 29 octobre 1689.
Les exemptions furent également employées pour encourager le commerce de mer et l'engagement des matelots sur les