‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 239 sur 466 · ARE NE · texte numérisé non relu

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en 1672 Pellot estime qu'à Rouen le roi retire de tous ces droits « plus de deux millions de livres » ‘. A Dieppe, les droits d'aides et d'octroi furent également accrus ?, bien que Colbert voulût favoriser la ville pour développer son commerce *. Au Havre, les droits sur les boissons atteignent un taux considérable. À Alençon, les droits du tarif vont en augmentant avec les années. En définitive, la condition des villes franches est très voisine de celle des villes « tarifées », que nous étudierons lus bas.

Malgré ces aggravations de charges, les villes s’estimerent heureuses du changement. Sans doute, elles auraient préféré ne. rien payer, et elles ne manquaient pas de réclamer des dégrèvements, mais les taxes sur les marchandises leur paraissaient infiniment moins onéreuses que la taille. Rien n'était plus détesté des contribuables que les « capitations », c’est-à-dire Les impôts directs, on le verra plus loin‘; aussi, la population affluait-elle dans les villes franches; le chevalier de Clerville l'observe en 1664 : « La charge des tailles qui se payoient cydevant en Normandie a attiré dans Dieppe et dans les villes franches ou abonnées une si grande quantité du peuple de la campagne, qu'il n'y a que le commerce desdites villes, et principalement des ports, qui le puisse nourrir * ». Cette désertion des campagnes avait le grave inconvénient de réduire le produit de la taille, aussi Colbert avait-il projeté, avant son arrivée au gouvernement, de « faire une révocation générale de tous les affranchissemens donnés aux villes, avec ordre aux maîtres des requestes, etc., de tenir la main à ce qu’elles soyent imposées selon leurs forces © »; mais il changea d'avis par la suite, en y établissant des impôts sur les consommations : en laissant aux bourgeois l’exemption de taille, il leur épargnait les vexations de la levée, et relevait leur condition sociale. En cela, sa politique fut bienfaisante, quoiqu’elle perpétuât des injustices et entrainàt des aggravations de charges pour les contribuables.

Les mêmes difficultés qui se présentaient pour les pays exempts se rencontraient dans les villes franches : elles pou-

Normandie, Rouen, 1717, in-12, p. 11-16. Cf. Lefebvre de la Bellande, ouv. cité,

1 part. p. 136 et 403.

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