‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 241 sur 466 · Clém., t. Il, p · texte numérisé non relu

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valent servir de refuge à des taillables de la campagne qui voulaient se soustraire à l'impôt. C’est pourquoi le règlement de janvier 1634, à l’art. 60, n’accordait la franchise à ces contribuables qu'après dix ans de résidence dans la ville : pendant les dix années, ils demeuraient taillables dans leur paroisse d’origine, où ils ne pouvaient être taxés à plus forte somme que l’année de leur départ ‘. Pareillement, lorsque le fils d’un taillable venait résider dans une ville franche avant sa majorité, il ne devenait exempt que dix ans après ?. Lorsque la veuve d’un taillable se retirait dans une ville franche dans les quarante jours qui suivaient la mort de son mari, elle devenait exempte sans délai, si elle ne cultivait pas elle-même des terres à la campagne*. Enfin, quand un bourgeois de ville « tarifée » passait dans une ville exempte, l'usage était de lui accorder l'exemption sans délai“.

Les violations de ces règlements étaient fréquentes. Beaucoup de gens acquéraient un domicile en ville, et demeuraient « la plupart de l’année aux champs »; ils n'étaient bourgeois « qu'aux bonnes festes seulement », et la Cour des aides par ses arrêts leur reconnaissait volontiers la qualité de bourgeois. On les désignait communément sous le nom de « bissaquiers5 ». En 1662, l'intendant de Rouen écrit :

« Les paysans riches envoyent leurs enfants dans ces villes [franches] pour y acquérir leur aage de majorité, lesquels louent une chambre et se rendent à Noël et a Pasques dans lesdites villes pour faire cognoistre qu’ils y sont bourgeois, et le reste du temps demeurent à la campagne, et quoyqu'ils afferment leurs terres par intelligence, ils les donnent a des gens de néant ou a des habitants enroolles hors les paroisses ou leurs terres sont scituées, se servant seulement de leurs noms, eux estant les veritables laboureurs. »

Cela, ajoute l’intendant, « ruine beaucoup les taillables de la

1. Ceci pour éviter les vexations des collecteurs contre des absents qui ne pouvaient ni se défendre ni devenir collecteurs à leur tour. Un habitant de Vatteville ayant quitté sa paroisse pour aller demeurer au Havre avait vusa cote passer de 19 1. 2 s. à 64 1.: un arrêt de la Cour des aïdes réduisit son impôt à 19]. 2s. le 18 janvier 1662 (A. D. S.-Inf., Registres du Conseil de la Cour, à sa date).

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