‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 378 sur 466 · V. — LES MALVERSATIONS ET CONCUSSIONS DES RECEVEURS · texte numérisé non relu

V. — LES MALVERSATIONS ET CONCUSSIONS DES RECEVEURS

Un proverbe courant au XVII° siècle assure que « l'argent du roy est sujet à la pince‘ ». « Il est raisonnable, disait Loyseau, que, comme celui qui manie la poix en retienne quelque chose en ses doigts, aussi ceux qui manient les finances, en prennent par leurs mains leur part : à quoi volontiers ils ne s’oublient guères? ». Aux Etats de 1614 le roi répondait aux députés de Normandie qui se plaignaient d'une augmentation de trois deniers par livre accordée sur la taille aux receveurs : « Ladite attribution a été faicte aux receveurs sur ce que l’on a esté adverty que d’eulx-mesme ils la levoient par abuz* ». Pendant le ministère du cardinal Mazarin, les concussions et malversations des receveurs étaient particulièrement nombreuses; c'était une des causes pour lesquelles les impôts ne rentraient pas au Trésor, quoique les peuples payassent des sommes considérables. En Normandie particulièrement, on en rencontre de scandaleux exemples.

Dans l'élection de Caen, un commis à la recette du taillon, nommé Hallot, avait en 1658 perçu presque le double de ce qui lui était dû : ainsi la paroisse de Cheux imposée à 1942 I. lui avait payé du 26 mai au 31 décembre 1098,2520 1745 "s1er Hallot ne la tenait encore pas pour quitte. Le Bureau des finances de Caen, saisi de plusieurs plaintes, attendit quatre ans pour lui faire son procès; on trouvera plus loin le récit de ses méfaits comme huissier *..

Dans la généralité de Rouen, le receveur de l'élection de Caudebec pour l'année 1660 avait dissipé les deniers de sa recette et avait ensuite pris la fuite’. Le receveur de Gisors, nommé Lempereur, avait véritablement mis au pillage son élection, depuis l’année 1637 qu'il exerçait, soit en personne, soit à l’aide de son fils qu'il prenait pour commis. La sœur du chancelier Séguier, prieure des Carmélites de Pontoise, raconte en ces termes ses exploits en 1643 :

« Il fait le petit tyran depuis qu'il sait que M. de Montaigu nest plus ici pour protéger les pauvres; notre prison de Pontoise est

1. Il est placé en épigraphe sur le livre de Bourgoin, La Chasse aux larrons, Paris, 1618. { 2, Traité des ordres, ch. VIII, p. 34, cf. sur les lettres-patentes du roi d'avril 1596, relatives à la punition des receveurs, Lebret, XXIIIe action, Œuvres . 1495-97.

> 3. Précis analytique des Travaux de l'Académie de Rouen, 1877, p. 179. 4. À. D. Calv. Bureau des finances (Dossier du procès Hallot). Cf. ci-dessous, p.455. 5. A. D. S.-Inf. C 1164, f° 45.

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