Ci-dessus, p. 451 et suiv
h. Cf. Feillet, La misère au temps de la Fronde, 4° éd.. Paris, 1868, et le discours d’Omer Talon du 15 janvier 1648, dans ses Œuvres, éd. 1732, t. IV, p. 190.
presque rien. Il était clair que cet état ne pouvait durer. En décembre 1643, les élus de Caen déclaraient à un trésorier général en chevauchée
« que depuis le long temps qu'ils servent le roy en leurs charges, ils n'avoient jamais veu l'eslection du dit Caen sy abbattue et ruynée comme elle est a présent de tous costez, et qu'il y a sergenterie ou il n'y ayt quantité de paroisses du tout insolvables et incapables de pouvoir secourir le roy d’aucuns deniers, et que s’il n'est promptement pourveu d'une grande diminution des tailles aux paroisses mesme les meilleures de ladite eslection, et a une descharge entière des misérables, lesquelles ont esté abandonnées et sont en regale plus par misere que par mauvaise inclination, il n'y a plus moyen de faire subsister la dite eslection ! ».
Six ans après, les mêmes officiers déclarent que partout « ils ont remarqué une si horrible misère qu'ilz ne se peuvent pas persuader qu'il n’advienne de tres grandes non-valeurs des deniers des deux dernières années, et qu'en l’année prochaine une grande partie des paroisses ne pourront payer leurs dites tailles, ou tres peu? ». Le 24 juillet 1648, les trésoriers généraux de Rouen écrivent à l'assemblée des Bureaux des finances à Paris que les tailles de la généralité montent à « des sommes qui l’accablent entièrement et la mettent dans l'impossibilité de payer à l'advenir la taille sy elle n’est souslagée d'une diminution nottable pour la pouvoir remettre. Aussy vous pouvonsnous asseurer qu'il y a tous les ans un quartier desdites sommes en non-valleurs?. » Dans l’élection de Carentan, imposée annuellement à moins de 200000 1., les restes au 20 janvier 1659 pour les quatre années antérieures s’élevaient à plus de 316 0001. ; les contribuables avaient donc à payer, outre le courant, une année et demie d’arriéré, sans compter les vieux restes, tombés en non-valeurs‘. Beaucoup d'autres pays étaient dans une situation pire encore *, due tout à la fois à l'impuissance et au mau-
1. À. D. Calv., Bureau des Finances, Procès-verbaux de chevauchées.
2. Ibid. La misère était aggravée cette année par le manqne de blé et plusieurs incendies de villages.