‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 55 sur 466 · SENS · texte numérisé non relu

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mais on ne peut en conclure qu'effectivement dès 1662 la visite était prescrite. La grande instruction aux maîtres des requêtes de mars 1664! est souvent considérée comme contenant une prescription en ce sens, mais c’est une interprétation inexacte : l'instruction se termine en effet par l’ordre aux intendants de faire leur visite en # ou 5 mois pour que le roi puisse ensuite les envoyer dans une autre province, « S. M. voulant que. lesdits maistres des requestes visitent tout le dedans du royaume en l'espace de sept ou huit années de temps et se rendent par là capables des plus grands emplois ? ». Il est clair qu'il s'agit là non pas d'une inspection pour la répartition de l'impôt. mais d'une enquête générale destinée à faire connaître à chaque intendant l’état exact de tout le royaume; à cette date, Colbert ne songeait pas encore à laisser les intendants à demeure dans chaque généralité, et considérait leurs fonctions comme temporaires ; il voulait surtout faire leur apprentissage et les former en vue d'un emploi dans le gouvernement central. La première circulaire de Colbert qui nous soit conservée sur les chevauchées des intendants est de 1672“. Toutefois, comme, pour la période antérieure, une grande quantité de lettres et de circulaires de Colbert sont perdues, 1l est possible que les chevauchées d'intendants aient été instituées plusieurs années auparavant. En 1673, Colbert écrit qu'elles sont prescrites « depuis beaucoup d'années »; dès 1666, l’intendant d'Orléans parle de chevauchées qu'il a faites dans sa province, sans en préciser le but, il est vrai. En tout cas, nous n'avons aucune trace de pareilles inspections dans les premières années du ministère.

Les renseignements précis que nous fournissent, à partir de 1672, les circulaires de Colbert, montrent quelle importance le contrôleur général attachait à cette visite : il n’y a rien, dit le ministre, « qui puisse contribuer davantage au bien [du] service et au soulagement des peuples que ces visites ® ». « Il est d'une très grande conséquence que vous ayez une connoissance particulière, détaillée, de toutes les élections de la généralité, pour vous mettre en estat de bien faire le régalement [des tailles] et de réformer tous les abus qui s'y peuvent estre glissés? ». « Comme c’est un moyen de procurer du soulagement

1. Sur la date de cette instruction, que Clément dit être de septembre 1663, voir mon édit. du Mémoire de Voysin de la Noirayÿe, p. x-xI.

2, Clém. IV, p. 42. Cf. ci-dessus, p. 49, es \ :

3. C’est ainsi que Charles Colbert, frère du ministre, inspecta successivement le Poitou, la Touraine et la Bretagne. Il n’est du reste pas sûr que tous les intendants aient recu l'instruction. Cf. mon introduction au Mémoire de Voysin sur la généralité de Rouen, p. xrn1. ! SUD

&. Lettres à Michel Colbert, intendant d’Alencon, 16 septembre 1672 (Clém. IT, 252), et à l’intendant de Riom, 15 juillet 1672 (sbzd., IV, 248).

6. Lettre à l’intendant de Poitiers, 27 novembre 1672 (Clém. IT, 299).

7. Lettre à l’intendant d'Alençon, 16 septembre 1672 (1b:d., 252).

aux peuples presque égal à celui que le roy leur a accordé par la grande diminution qu'il a faite sur les tailles, S. M. m'a ordonné de vous faire scavoir qu'Elle veut que vous fassiez cette année une visite plus exacte de toutes les eslections et paroisses de la dite généralité que vous n'avez encore fait jusqu'à présent !. » |

La visite est avant tout destinée à leur faire connaître leur généralité et « faire en sorte que cette connoissance soit utile au soulagement des peuples? ». Il précise Les points sur lesquels il devront faire porter leur attention, les met en garde contre les faux renseignements que donneraient les élus et autres officiers intéressés. Il leur demande des réponses détaillées : rendez compte « article par article » de ce qui vous est demandé « parce que le roy désire voir l'exécution ponctuelle de ses ordres, S. M. étant persuadée que c'est le soulagement le plus considérable qu'Elle puisse donner à ses peuples ? ». Lorsqu'un intendant n'apporte pas tout le soin nécessaire dans ce travail, il est sévèrement réprimandé : Foucault, dans son intendance de Montauban, a expédié trop vite la besogne; Colbert lui écrit le 14 juillet 1682 : S. M. veut « que vous visitiez avec loisir chacune des eslections de votre généralité, et que vous lui rendiez compte en détail de l’estat auquel vous l'avez trouvée sur tous les points contenus en mes depesches. C’est l'ordre que Messieurs les intendants, commissaires départis, observent, et le seul qui puisse plaire au royt. » Ceux de Normandie sont particulièrement surveillés. car la visite est encore plus nécessaire dans cette province qu'ailleurs : c'est ainsi qu'il écrit à son ami Chamillart, intendant de Caen :

« Quoyque…. vous vouliez me persuader que vous yavez assez donné de temps pour la faire avec grande connoissance, Je vous diray que je suis convaincu qu'il est impossible de pouvoir connoistre la véritable force des paroisses, et tous les abus qui se commettent dans l’imposition et la collecte, particulièrement dans la province de Normandie, où tous les esprits sont fort subtils et où ils trouvent tous les Jours de nouveaux moyens pour se procurer du soulagement, sans y employer plus de temps que celuy que vous y avez mis. Croyez-moy, en une matière si importante, il ne faut pas se persuader que l’on sçait tout ce qu'on peut seavoir 5. »

Quand un intendant a fini trop tôt sa visite, il est à présumer qu'il n'a pas observé par lui-même tout ce qu'il avait à voir, mais s est borné à interroger quelques officiers, auxquels

1. Circulaire aux intendants du 98 avril 1679 (Clém. II, 96).

2. Circulaire du 18 mai 1683 (Depping, t. IT, p. 47). Cf. les circulaires des 12 juin 1680 (Clém. II, 132) et 2 janvier 1682 (Depping, III, 43).

3. Lettre à l’intendant de Moulins, 4 juin 1683 (Clém., II, 220),

&. Clém. II, 199.

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