TALALGIE AVEC HYPEROSTOSE
Il est fréquent de voir la talalgie simple devenir talalgie hyperoslosante, de telle sorte que les arguments en faveur de celle-ci peuvent être invoqués aussi à l'appui de celle-là. |
Or, on va voir que tout démontre la nature nerveuse
de cette hyperostose. Il ne s’agit pas d'une hyperostose uniforme de l'os, comme on pourrait le voir dans une inflammalion du périoste; loin de là : ils’agit d’une hyperoslose localisée aux maxima douloureux dont nous parlions tout à l'heure, c’est-à-dire au niveau d’insertions ostéo-fibreuses.
Et le mécanisme de cette inflammation ostéo-fibreuse s'éclaire, ainsi que le dit M. Jacouer, « par les notions « d’embryologie, d'anatomie normale et d'anatomie com- « parée; nous savons, en effet,qu'à la période embryonnaire « les capsules cartilagineuses du calcanéum se continuent « directement avec des séries capsulaires analogues dispo- « sées entre les fibres du tendon d'Achille; que, chez « l’adulte, il reste en permanence dans l'extrémité infé- « rieure du tendon des cellules cartilagineuses auxquelles « succèdent, par transition insensible, les cellules conjonc- « Lives proprement dites ; et qu'enfin, chez les oiseaux no- « tamment, il y a ossification normale de l'extrémité infé- « rieure du tendon : voilà des faits en série logique, s’é- « clairant, se complétant les uns par les autres. »
Depuis sa publication sur la talalgie blennorragique, M. Jacquer a rapporté une observation très démonstrative au point de vue pathogénique : il s’agit d'une névrite prolongée du membre inférieur droit d'éliologie complexe, mais non blennorragique, survenue à l’âge de 16 ans chez un sujet nerveux et alcoolisé dès l’enfance, adonné aux excès vénériens et atteints en pleine adoles-
cence d’une fièvre typhoïde grave, longue, à multiples
manifestations nerveuses et qui paraît avoir servi de cause déterminante à la névrite éclose à la fin de la convalescence.
Il y avait chez ce malade, dont la jambe et le pied élaient d’ailleurs considérablement atrophiés, une hyperostose calcanéenne considérable. C’est une démonstration rigoureuse de l’origine névritique de cette hyperostose.
Enfin, la talalgie, avec ou sans hyperostose, existe rarement à l’état isolé, elle s'accompagne d'autres troubles trophiques en général, accidents cutanés, pied plat douloureux, et de déterminalions ostéo-articulaires spéciales. Celles-ci ne sont pas analogues à celles des rhumatismes ordinaires ; on n’y voit pas l’hydarthrose, la purulence, la fièvre. C’est un rhumatisme ostéo-fibreux analogue au rhumalisme chronique dont la nature nerveuse a été et est encore si discutée.
La plupart du temps, ainsi qu’on peut s’en rendre compte dans les observations que nous rapportons (Haye et PARMENTIER, LUSTGARTEN, MizrAN, Voisin), il existe aussi concomitamment une série de phénomènes nerveux variés névritiques ou médullaires,douleurs sciatiques,points scialiques, exagérations des réflexes, trépidations épileptoïdes, douleurs fulgurantes, etc.
Citons encore M. Jacquer : « Chez tous ceux que j'ai pu .
éludier d’une manière complète, dit-il, des phénomènes nerveux variés accompagnaient la lalalgie, et le terrain organique était merveilleusement préparé pour l’éclosion de ce que j'étudierai sous le nom de forme myélopathique du blenno-rhumatisme. »
De ce qui précède, pouvons-nous affirmer l’absolue nature névritique de la talalgie. Ne peut-on penser que les troubles nerveux soient non pas antérieurs, mais secondaires à la talalgie? En un mot, doit-on accepter sans restriclion l'opinion de M. Jacouer?
La lésion nerveuse peul en effet succéder à l’inflammation périostique primitive par névrile ascendante, et l'élément nerveux agissant à son {our augmenter la périostite inflammatoire ou toxique par l’adjonction de la périostile trophique, si l'on peut dire.
On peut encore admettre que l'infection agit simultanément sur le périoste et sur le centre médullaire, et qu'ainsi il y ait coïncidence de symptômes, ce qui serait une manière d'expliquer les troubles nerveux bilatéraux quise trouventsignalés dans plusieurs de nos observations.
Ici, nous sommes en plein dans le domaine de l'hypothèse ; la bactériologie n’a pas encore appris d’une manière certaine comment agit le gonocoque : s'il agit en nature, par ses toxines ou encore par le développement d'infections secondaires. Ces causes agissent-elles sur la synoviale et sur le périoste eux-mêmes, agissent-elles sur les terminaisons nerveuses ou sur le centre médullaire ? Nous posons la question sans la résoudre; 1lnous manque d’abord des examens nécropsiques et histologiques.