‹ La Talalgie BlennorragiqueChapitre 22 sur 42 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Rhumatisme blennorragique, Méningomyélite (Hayem et PARMENTIER).

Cl... Georges, vingt-six ans, cocher, entre salle Bazin, le 24 mal 1886.

ANTÉCÉDENTS HÉRÉDITAIRES. — Ses parents ne sont ni rhumatisants ni nerveux.

ANTÉCÉDENTS PERSONNELS. — Fièvre typhoïde à l’âge de seize ans, ayant duré six semaines. Quelque peu d’alcoolisme, pas de syphilis. En mai 1883, il contracte la blennorragie, prend de Popiat dès le quatrième jour ; au bout de trois semaines, l'écoulement s’arrête presque complètement et fait place à un léger suintement ; mais les douleurs vagues apparaissent dans l'épaule et la hanche du côté droit ef dans le talon gauche. Cl... continue néanmoins son travail de conducteur d’omnibus, qui l'oblige à rester debout toute la journée. Mais le talon droit se prenant à son tour, il se fait cocher.

L’écoulement étant revenu et les douleurs des talons étant plus vives, il entre à l'hôpital Tenon, au mois de septembre 1883, dans le service de M. DReyrus-Brisac.

Traitement : Opiat, salicylate de soude, ba de vapeur.

Après un séjour de deux mois, il sort de ne soufirant encore des talons.

À la fin de 1884, il est obligé à nouveau de suspendre son travail à cause des douleurs aux talons, qui sont devenues très vives quand il pose le pied à terre. Il reste chez lui dans cet élat près de dix mois.

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En juillet 1885, il entre dans le service de M. Siredey; non seulement il souffre des talons et des pieds, mais il ressent de vives douleurs au niveau des reins et de la base de la poitrine. La station deboutcomme la marche lui sont très pénibles ; il ne peut se tenir sur la pointe des pieds. Il marche un peu courbé en avant et ne peut gagner le but choisi, sans dévier de la ligne droite. Les membres inférieurs ont perdu deleur force.

Pas de troubles urinaires ni rectaux. On aurait alors constaté une exagération des réflexes rotuliens. Au dire du malade, on croyait à une congestion de la moelle.

Traitement : Seigle ergoté pendant une semaine, puis iodure de potassium. Bains sulfureux. Cautère dans le dos.

Quatre mois après, nouvelle recrudescence des douleurs, qui, des pieds, s'étendent à la jambe et à la cuisse.

Le 24 mai, CI... entre à l'hôpital Saint-Antoine.

Nous le trouvons dans l’état suivant:

Le malade est petit, de chétive apparence ; il paraît fatigué et amaigri.

Il attire notre attention sur les douleurs qu’il éprouve au niveau des lombes, de la base de la poitrine et des membres inférieurs ; elles sont particulièrement vives à la plante du pied et au falon des deux côtés.

Les douleurs, presque continues, ont par intervalles une grande intensité ; il semble au malade qu'un cercle lui serre la poitrine ; ila des picotements, des fourmillements dans les pieds, les jambes et les mollets. Très rarement les douleurs prennent le caractère de’ dou- - leurs fulgurantes.

La sensibilité est exagérée dans ses divers modes: chatouillement, contact, température. La percussion de la colonne vertébrale est dou-. loureuse au niveau de la région dorso-lombaire. Pas de trouble des sphincters.

Il existe une exagération notable des réflexes patellaires et de la trépidation épileptoïde.

Le moindre frôlement de la peau provoque des contractions des masses musculaires, amenant des trémulations musculaires.

La station debout et la marche augmentent les douleurs ; le malade s’avance courbé et doit avoir recours à un soutien; 1l traîne légèrement les pieds. Il sent nettement la nature du solÿsur lequel il repose. Dès qu'il se tient debovt,les pieds prennent une teinte violacée.

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Au repos, les pieds sont un peu gonflés jusqu'aux malléoles.

Les mouvements de l'articulation tibio-tarsienne et des genoux ne sont pas douloureux.

La puissance musculaire des membres inférieurs est affaiblie; le malade résiste faiblement aux efforts de flexion et d’extension de la jambe sur la cuisse. Enfin léger suintement urétral.

Traitement : Salicylate de soude.

En juillet 4885, le genou droit se gonfle et devient douloureux, la jambe se met dans la demi-flexion. Les poignets se prennent ensuite, puis les épaules et les articulations sterno-claviculaires.

On redresse la jambe droite, que l’on met dans un appareil plâtré, et l’on fait sur le genou un badigeonnage phéniqué.

Badigeonnage au laudanum sur les poignets et les épaules.

Deux mois après, on retire la gouttière ; le genou et le poignet du côté droit sont encore fort sensibles, le coude se prend à son tour. On applique des pointes de feu au niveau des articulations malades.

En octobre, recrudescence des divers symptômes,

Les douleurs de reins deviennent plus vives, douleurs en cercle à la base de la poitrine, douleurs fulgurantes dans les deux jambes.

. La percussion de la colonne dorso-lombaire cause de vives douleurs, il en est de même de tout mouvement du rachis.

Pas de zona, d’anesthésie ; au contraire, hyperesthésie notable des téguments des membres inférieurs et dela région dorso-lombaire: hyperesthésie douloureuse.

La pression des masses musculaires de la cuisse et de la jambe est fort sensible.

Les réflexes patellaires sont fort exagérés, du côté droit surtout.

L’excitabilité réflexe est encore considérable.

La trépidation épileptoïde est très marquée.

La puissance musculaire est diminuée.

Si le malade pose le pied à terre, le pied droit particulièrement, ‘ le membre correspondant est pris de tremblements, et le simple fait de poser la pointe du pied à terre détermine de la trépidation épi- Jeptoïde. S'il reste debout pendant quelques minutes, les deux membres inférieurs se mettent à trembler et il est obligé de s'asseoir. Enfin, quand le membre inférieur du côté droit est dans une fausse position, 1l se met à trembler.

Les masses musculaires sont peu résistantes ; lés membres infér rieurs sont amaigris. Fu :

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Les muscles répondent bien à l'excitation des courants faradiques; le jambier antérieur et les extenseurs des orteils se contractent moins que les autres muscles. Au bout de quelques minutes d’électrisation, le tremblement se manifeste de nouveau.

La contraction idio-musculaire est normale au niveau des muscles pectoraux et des biceps.

Traitement : Salicylate de soude, 6 grammes, puis 4 grammes.

Après un mois, les phénomènes aigus diminuent d'intensité; on donne au malade des bains sulfureux.

Puis, les choses restent en l'état jusqu'en février, le malade ayant de temps à autre des poussées du côté des gaines synoviales des extenseurs du poignet.

On lui donne alors de l’iodure de potassium.

- Au mois de mars, il est pris de nouvelles douleurs dans l'épaule droite, puis dans le poignet gauche, le mois suivant. ‘ On fait des badigeonnages iodés sur les jointures malades.

En avril, le malade se plaignait encore de souffrir dans la région dorso- lombaire. Les réflexes rotuliens étaient encore exagérés et le tremblement épileptoïde des membres inférieurs persistait, bien que notablement diminué. Dès qu'il se tient debout quelques instants, l’œdème des pieds reparaît.

Vers la fin du mois, l’articulation du pouce droit devient douloureuse à son tour, puis les poignets sont atteints, enfin le genou droit, qui est gonflé et plus chaud que le genou gauche.

Après une semaine, les douleurs sont moins vives,et quinze jours

après cette nouvelle poussée du côté des ‘articulations, le malade

peut commencer à se lever.

Vers le milieu d’avril, il souffre encore dans l’épaule sh et au niveau des articulations cervicales.

A la fin de mai, l’amélioration est considérable, Les douleurs ont totalement disparu, sauf au niveau des talons. Les mouvements du membre supérieur, du poignet, du coude, de l'épaule s’exécutent assez facilement, il en est de même du membre inférieur. Les mouvements des diverses jointures qui ont été atteintes présentent des craquements. La raideur est surtout marquée au niveau des poignets et des genoux. Le malade s’essaye à marcher avec une canne. Il s'avance les pieds écartés, le corps penché en avant, traînant pour ainsi dire les jambes. Les réflexes ne sont plus exagérés, la sensibi-

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lité est redevenue normale. Mais le soir, s’il est resté longtemps debout, il se plaint encore des talons.

Il prend des bains sulfureux et par intervalle de l'iodure de potassium. Au milieu de juin, dernière poussée, un peu intense, au niveau des poignets et de l'articulation tibio-tarsienne, accompagnée de gonflement et de douleurs au moindre mouvement. Révulsifs locaux et bains de vapeur.

Enfin, dans le cours de l’année, il présente de temps à autre dans diverses jointures qui ont été déjà primitivement atteintes, quelques douleurs passagères, mais sans caractère aigu. On {lui fait alierner les bains de vapeurs avec les bains sulfureux et on pratique le massage du pied.

La mobilité revient progressivement dans les articulations et la marche est de jour en jour plus facile, l’état général s’améliore aussi. Le malade demande son exeat.

Il quitte le service au mois de mars. Son état généralest excellent, il a repris un peu d’embonpoint. Il ne tousse pas; iln’y a rien au cœur ni aux poumons. .

L’écoulement est complètement tari depuis trois mois.

Les membres, et particulièrement les membres inférieurs, sont encore grêles, et les masses musculaires sont peu résistantes, bien que l’atrophie soit moins marquée depuis six mois.

Les muscles ont repris une partie de leur puissance. Le malade résiste assez bien aux efforts de flexion et d’extension.

Le système pileux des membres inférieurs s’est développé pendant le cours de l'affection.

Il n'existe aucun trouble de la sensibilité.

Les réflexes sont normaux. Pas de trépidation épileptoïde.

On constate quelques raideurs au niveau de l'épaule, du poignet et du coude du même côté.

On perçoit des craquements dans l'articulation de l'épaule et des genoux des. deux côtés.

Le pouce a repris sa mobilité ordinaire. La marche est assez fa-

cile; le malade progresse sans soutien, les pieds un peu écartés ; mais il ne traîne plus la plante des pieds comme auparavant.

La,colonne vertébrale n’a pas repris la souplesse normale ; pour ramasser un objet à terre, il est obligé d’écarter les pieds et de mou-.

voir le tronc d’une seule pièce. ,

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Néanmoins, la malade se croit à même de reprendre son ancien métier de cocher.

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