OBSERVATION V
Névrite périphérique (LusTGARTEN).
Le nommé M..., garçon d'hôtel, âgé de 29 ans, entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Axenfeld, dans le service de M. le D" SireDEy, le 44 décembre 1897 pour des douleurs qu’il ressent dans les pieds et dans la continuité des membres inférieurs, douleurs qui rendent la station debout impossible.
ANTÉCÉDENTS HÉRÉDITAIRES. — Père mort d'accident à l’âge de 58 ans, mère bien portante, mais très nerveuse ; s’emporte et pleure facilement.
: ANTÉCÉDENTS PERSONNELS. — Le malade a toujours été bien portant, il n’est pas buveur, on ne trouve chez lui aucun stigmate d’éthylisme.
Trois semaines avant son entrée à l'hôpital, il contracte pour la première fois un écoulement, qui le fait beaucoup souffrir et pour lequel il se soigne avec de l’opiat. Deux semaines après le début de la blennorragie, il commence à ressentir des douleurs à la plante des pieds et au niveau de l'articulation tibio-tarsienne du côté droit. Les douleurs, sourdes d’abord, deviennent de pius en plus vives, elles sont continues et présentent des exacerbations lorsque le malade essaye de marcher pendant quelque temps. C’est dans cet état qu'il entre à l’hôpital.
M. le Docteur SIREDEY, après l’avoir examiné, lui conseille le repos et des bains sulfureux. |
Malgré cela, l’état ne s'améliore pas, les douleurs persistent et les : jambes ont beaucoup maigri depuis son séjour à l'hôpital. : *
OS
Cet état continue jusqu’au 25 décembre 1897, quand notre maître M. le docteur GILLES DE LA TouRETTE reprend le service et quand nous l’examinons.
ETAT ACTUEL (13 janvier 1898). — Le malade, pâle et amaigri, se plaint de souffrir dans la continuité des membres inférieurs. Ces douleurs, que le malade compare à des brûlures, sont continues, mais elles deviennent intolérables dès qu'il cherche à se lever,ce qui fait que la marche est presque impossible. En examinant ses membres inférieurs, la première chose qui frappe c’est l’atrophie musculaire ; cette atrophie occupe tous les muscles de la jambe, la cuisse paraît indemne.
La pression de la région calcanéenne et rétro-calcanéenne, ainsi que celle de l'extrémité antérieure des métatarsiens, réveille de vives souffrances.
Les réflexes sont forts des deux côtés.
Les masses musculaires et les nerfs sont très douloureux à la pression.
L’articulation tibio-tarsienne droite est gonflée et très douloureuse.
Les membres supérieurs sont intacts ; il n’y a pas de troubles sphinctériens, ni des organes des sens; pas de troubles psychiques.
L'écoulement a presque disparu etil ne persiste plus qu'une légère goutte matinale , dans laquelle on retrouve des gonocoques en abondance.
L'examen électrique montre une diminution de la contractibilité ‘ faradique des muscles et des nerfs du côté des membres inférieurs.
Sous l'influence du traitement, les douleurs ont diminué progressivement, les muscles ont repris leur force et, le 4 mars 1898, le malade demande à quitter l'hôpital.
En l’examimant avant sa sortie de l'hôpital, nous constatons une absence complète de phénomènes douloureux, les muscles sont fermes, la marche se fait sans aucune difficulté.