OBSERVATION VI
Névrite périphérique (LusTGARTEN)
Le nommé H..., garçon de café, âgé de 93 ans, entre à l’hôpital Hérold, lit 114, le 17 janvier 1898, pour des douleurs dans les membres inférieurs et pour la difficulté de la marche.
ANTÉCÉDENTS HÉRÉDITAIRES. — Père rhumatisant; mère bien portante.
ANTÉCÉDENTS PERSONNELS. — À part une varicelle en 1889, le ma-
lade a toujours eu une bonne santé : il n’est pas éthylique.
En septembre 1895, il contracte une blennorragie qui se complique, au bout d'un mois, de polyarthrite blennorragique pour laquelle le malade est forcé de rester huit mois à l'hôpital Ricord. Il sort presque guéri, en ne conservant que quelques douleurs vagues dans les articulations.
En mai 1897, il attrape une seconde blennorragie pour laquelle il entre à l’Hôtel-Dieu annexe, le 43 mai 1897; quelques jours après son entrée à l'hôpital, il est pris à nouveau de rhumatisme blennorragique, les articulations tibio-tarsiennes, sterno-claviculaires et l'articulation du genou droit étaient prises à ce moment.
Il reste cinq mois à l'hôpital et sort vers la fin d'octobre, guéri de son rhumatisme blennorragique.
Depuis deux mois, il souffre de douleurs fulgurantes dans ses membres inférieurs, qui ont commencé à maigrir depuis la même époque. C'est à cause de ces deux phénomènes qu'il est encore à l'hôpital.
Erar ACTUEL. — Malade pâle, amaigri ; se trouve dans l’impossibilité de marcher, la plante des pieds étant très douloureuse dès qu’il essaie de faire le moindre mouvement.
Les membres inférieurs sont très atrophiés, l’atrophie porte sur tous les muscles de la cuisse et des jambes.
Les muscles ne sont pas douloureux à la pression. Les pieds sont froids, couverts de sueur ; la pression des régions sous et rétro-caleanéennes est très douloureuse. — L’hyperesthésie cutanée est très marquée.
Les réflexes rotuliens sont abolis.
Pas de troubles sphinctériens ni psychiques.
Le malade est soumis au traitement que nous employons dans les cas de névrite, mais il quitte l'hôpital au bout de huit jours et nous ne savons pas ce qu'il est devenu.
OBSERVATION VII Névrite périphérique (LusrGanren).
Le nommé Joseph..., âgé de 48 ans, domestique, entre le 20 octobre à l'hôpital Laennec, salle Cruveilhier.
CA
= pe
ANTÉCÉDENTS HÉRÉDITAIRES. — Père mort du choléra, sans avoir jamais été malade.
Mère inconnue du malade.
Un frère alcoolique s’est suicidé.
Un autre frère bien portant.
Pas de rhumatisants dans la famille, ni de nerveux.
ANTÉCÉDENTS PERSONNELS. — À l’âge de seize ans, le malade a eu une courbature qui l'a obligé à suspendre son travail pendant six semaines.
A 24 ans, il est soigné à Saint-Louis pour un eczéma de la face.
A 26 ans,soigné à Tenon par M. Duguet pour une pleurésie gauche.
Pas de syphilis, ni de crises nerveuses.
Le malade est très sobre. On ne retrouve pas chez lui de causes d'intoxication ; l'eau de boisson (saturnisme par les eaux de boisson) ne peut être incriminée chez lui comme cause des accidents qui l’amènent à l'hôpital.
En 1879, première blennorragie qui dure environ deux mois. Rien de spécial à noter.
Le 40 octobre 1894. Le malade commence à se soigner pour une seconde blennorragie qu'il avait depuis 3 jours : douze capsules de Santal, pas d'injection.
Le 16 octobre. Le malade ressent une douleur assez forte sous les talons, mais il continue son travail.
Le 17 octobre. Il sert un grand diner et éprouve une grande difficulté à marcher.
Le 18 octobre. Il est obligé de s'aliter : il n'existe pas de fièvre, ni de phénomènes généraux.Iln’y a que la douleur dans les deux pieds.
C’est pour ces phénomènes douloureux qu'il entre à l'hôpital le 20. La température est de 3% ; 1l est dans un état cachectique très manifeste; couvert d’une éruption purpurique marquée, surtout au niveau des jambes.
Dix jours après, douleurs dans les deux genoux, principalement au niveau de la bourse séreuse pré-rotulienne et des bourses sur les-
quelles glissent les tendons de la patté d’oie; un mois après, il souffre
de son poignet droit et des deux hanches.
Au mois de janvier, les épaules se prennent : la douleur empêche le malade de mettre son bras derrière sa tête.
Il présente également un peu d’arthralgie vertébrale cervicale. Jamais il n’a eu de phénomène anormal du côté de ses sphincters.
LAMEONE
Dix jours après son entrée à l'hôpital, le malade a constaté que les masses musculaires de ses membres diminuaient de volume.
En un mois et demi, l’émaciation était presque totale. On lui a donné du salicylate de soude à l’intérieur, ses jointures recouvertes d’ouate étaient enduites d’un liniment saïicylé.
Érar acruez (45 février 1895). — On note un amaigrissement extrême. Tous les mouvements de la tête sur la colonne vertébrale (rotation, flexion, extension) sont douloureux. Les membres sont atrophiésen masse, autant à leur racine qu’à leur extrémité. On observe des secousses fibrillaires dans les-muscles de la cuisse.
La circonférence du milieu du bras est de 22 centimètres.
Celle de l’avant-bras — 20 centim. 5.
À 2 centimètres au-dessus du poignet — 15 centim. 5.
Les mensurations sont identiques des deux côtés. Les interosseux etles muscles de l’éminence thénar sont trèsamaigris. La force musculaire mesurée au dynamomètre donne 30 à droite, 50 à gauche.
Les pectoraux sont de volume et de consistance moindres.
Le malade n’a pas d'écorchure à la fesse; mais depuis son entrée à l'hôpital, il est assis sur un rond en caoutchouc.
Aux membres inférieurs, l’atrophie est générale et beaucoup plus nette.
Le périmètre de la cuisse à 15 centimètres au-dessus de la base de la rotule est de 28 centimètres.
À 10 centimètres au-dessus de la pointe, on trouve 24 centimètres.
Au-dessus du cou-de-pied, 17 cent. 5.
La force musculaire est très diminuée.
Les genoux sont douloureux à la pression au niveau des culs-desac SYnOViaux.
La douleur est également très vive au cou-de-pied, mais les mouvements de l’articulation tibio-tarsienne sont encore possibles.
On constate que la voûte plantaire est affaisée, surtout à droite.
La palpation des talons des deux côtés, ainsi que celle de la partie de la plante du pied qui correspond à la tête des deux premiers mé. tatarsiens, arrache des cris à notre malade.
Pas de troubles de la sensibilité.
La douleur des genoux empêche de rechercher l’état des réflexes rotuliens.
Le réflexe plantaire est intact.
La station debout est impossible.