‹ La tapisserie de BayeuxChapitre 1 sur 33 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

UAND, il y a trois ans déjà, j'ai publié 'mes études sur la statuaire de Provence, j'avais analysé avec soin les œuvres plastiques du xu« siècle, ce qui m'avait permis d'affirmer qu'on avait vieilli outre mesure les monuments que nous possédons. Mais à côté de ces œuvres d'art si intéressantes, il en restait un certain nombre auxquelles je devais assigner une date. La tapisserie de Bayeux était un monument de la plus haute importance pour l'histoire de l'art occidental, car elle avait permis à tous ceux qui s'étaient occupés du costume, d'écrire un chapitre tout entier sur les armes, les vêtements etc., de la seconde moitié du

xi« siècle. Mes adversaires pouvaient à bon droit invoquer contre mes théories ce monument vraiment unique. Le livre que je publie n'est donc pas une étude isolée, faite au hasard. Elle ne saurait être séparée de mes travaux antérieurs, il existe entre ceuxci et le présent livre un lien intime, et ils s'éclairent mutuellement. On verra aussi que les notions, que nous possédons sur l'histoire du costume, demandent à être revisées. Le chapitre qu'a consacré Quicherat au xi^ siècle, celui qu'a écrit Weiss sur le même sujet, apparaîtront peut-être insuffisants pour servir de base à une bonne datation.

Et ce monument n'est pas le seul qui demande une nouvelle analyse, car les historiens de l'art en Allemagne et en Italie n'ont pas échappé à cette manie de vieillir outre mesure les œuvres d'art. Les fresques de Saint-Savin, l'école de bronze de Hildesheim, les portes de Vérone, les candélabres de Capoue, de Saint-Paul Hors les Murs, de Gaëte, etc., méritent aussi une nouvelle enquête. J'espère peu à peu arriver à établir

qu'on a attribué au xi^ siècle des œuvres qui ne lui appartiennent nullement. L'étude approfondie de la statuaire française du xn*^ et du xni" siècle, va permettre aussi de poser de nouveaux problèmes aux archéologues qui s'occupent de l'histoire de l'architecture du moyen âge. Ils seront obligés de dresser avec soin le catalogue exact des monuments qu'ils croient appartenir au xi^ siècle ; il leur faudra fournir des preuves, tout au moins des indices sérieux. L'histoire de l'art y gagnera, car la confusion disparaîtra peu à peu, les arts provinciaux du xn= seront mieux connus, et on verra combien rares sont les monuments du xi^ siècle.

Ces quelques mots m'ont paru nécessaires pour marquer la place qu'occupe l'étude de la tapisserie de Bayeux dans l'ensemble de mes travaux. Elle se présentait à nous sans date précise, avec des papiers qui n'étaient point en règle. J'ai dû déterminer l'âge de ce monument, d'une très grande importance pour l'histoire de l'art, rechercher avec soin tous les arguments qui pourraient m'être opposés et j'ai eu souvent contre moi non

seulement les opinions déjà formulées des historiens de l'art, mais encore celles des romanistes. Il m'a fallu interroger les chansons de geste, étudier avec soin tous les sceaux du xii^ siècle, lire tous les chroniqueurs de la conquête d'Angleterre et des croisades.

Mais ces études n'auront pas été inutiles ; elles vont me servir de base, je l'espère, pour montrer bientôt le développement régulier de l'art français pendant les xii« et xiii*^ siècles,

A, Marignan.

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