‹ La tapisserie de BayeuxChapitre 14 sur 33 · I. Scène XXV · texte numérisé non relu

I. Scène XXV

en 1070-1080, puisque les auteurs latins de la conquête nous disent que Guillaume, pour se faire reconnaître, enleva tout à fait son casque. Ce heaume était formé de quatre bandes d'acier, bien soudées, qu'on appelait « bares ». Il se terminait un peu en pointe et les poètes lui donnent l'épithète d'acu, d'agii. Il était « luisant ». Comme il avait à affronter les mauvais temps, pluie et neige, il était souvent peint ou simplement vernis. D'autres plus riches, témoin celui que porte Guillaume au moment où Harold est fait par lui chevalier, étaient ornés de fleurons peints ou niellés. Mais je ne crois pas qu'il soit nécessaire de tenir compte des décorations inventées par nos poètes. Ils nous disent, en effet, qu'on décorait les heaumes de pierres précieuses, d'émail, etc.

Peut-on affirmer aussi que le heaume de la tapisserie de Bayeux ait été attaché par des courroies. Je ne puis l'affirmer, tout me porte à croire au contraire, en tenant compte des casques portés par les varlets, lors des préparatifs de la flotte, qu'il était placé sur la tête, sans être maintenu au cou par des cordons, mais je l'avoue, les poètes nous indiquent des heaumes lacés et les écrivains latins gardent le silence. C'était en Poitou, à Vienne, en Provence, à Pavie, et surtout en Orient qu'on fabriquait les

meilleurs heaumes. Comme le heaume était lourd, les chevaliers le suspendaient à Tarçon de la selle, lorsqu'ils étaient en marche, et ce n'était qu'au moment du combat qu'on le plaçait par dessus la coiffe. On peut voir ainsi combien les armes autrefois fort simples se compliquaient de plus en plus.

Parlons maintenant des armes défensives et offensives. C'est tout d'abord le bouclier appelé Vescu par nos poètes. Il était en général en bois, formé à l'origine de quatre planches dites les ais, très solidement ajustées. On donnait au bouclier la forme bombée ou voûtée à l'intérieur. Cela nécessitait une technique déjà plus savante. La planche principale qui occupait le centre de l'écu, appelée « la maistre ais » servait d'appui à une boucle assez forte, le plus souvent ornée, creuse ou pleine, où venaient se heurter les épées des ennemis '. Des reliques

I. Le premier sceau qui montre Vécu vu de face est celui de Thierry d'Alsace (1128), mais inutile de dire que les deux manières de le porter persistèrent durant le xii» siècle. On ne saurait donc déduire de là aucune date. La tapisserie a du reste les deux manières. La forme du bouclier arrondie vers le haut a duré aussi pendant tout le xu= siècle et ce n'est qu'à la fin de ce dernier qu'on a déjà un écu

étaient placées quelquefois dans cette boucle pour protéger les combattants. Le bouclier ainsi préparé était recouvert de cuir solidement attaché et ensuite vernis pour le protéger contre les intempéries. Quelle était la forme de l'écu au moment de la conquête d'Angleterre? Était-il complètement rond ou déjà un peu ovale ? Je ne saurais le dire. Les sceaux même de la fin du xi'^ siècle ne connaissent pas la forme ronde, témoin l'écu que porte Guillaume le Conquérant. Mais, comme les sceaux équestres donnent le bouclier vu en dedans, je ne puis préciser.

plus petit en forme de cœur; mais le bouclier de la deuxième moitié du xn° est fort grand et couvre tout le corps. Anselme, comte de S. Paul, 1145 ;£}!giierratid, comte de S. Pol ( 1 148); Bouchard, seigneinde Guise (i i55); Eudon, i iôb;Robert de Vitré, 1 158; Guillaume II, duc de Nevers, 1 160; Anselme de Garlande, 1 165 ; Gui de Montjay, 1 167. Ce dernier écu se rapproche de celui de Bayeux(Demay, Picard, 485). On pourrait multiplier les exemples pour les années 1 170-1 180. Je ne connais qu'un écu rond. Anseric de Montréal, 1180. L'écu apparaît en forme de cœto- a l'état isolé en 1190. Girard, vidame de Laonnois, 1 190; Jean de Villers, 1 198; en forme de cœur losange, Manassés de Coh^z, 1 194; Guillaume de Guê (12 II) ; Gautier de Gournay. 1207.

Lorsque les Français, comme on les appelait à Constantinople, se présentèrent à l'empereur Alexis, ils portaient des boucliers o ovales » creux par dedans et luisant par dehors sur lesquels les traits lancés retournaient avec impétuosité contre ceux-mêmes « de qui ils partaient ». Je crois cependant que le bouclier a dû être rond pendant tout le xi« siècle, puisqu'encore dans le premier tiers du xii» siècle les poètes lui donnent l'épithète de « reon » . Notre artiste a néanmoins dessiné les deux formes. L'écu long et pointu est celui des Français, l'autre, rond et fortement bouclé au milieu, appartient aux Anglais. Mais il est facile de se rendre compte que le bouclier rond ne devait pas être le dernier terme du développement de cette arme. Il ne protégeait que médiocrement le corps. Il était nécessaire de chercher une forme plus longue et à la fois moins pesante, mieux adaptée à la nouvelle tactique militaire où les arcs vont de plus en plus jouer un rôle. On eut recours à un écu plus long, plus grand, et terminé en pointe, appelée « targe » qu'on voit en général sur les monuments de la deuxième moitié du xii° siècle '• Les sceaux nous montrent qu'on

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