‹ La tapisserie de BayeuxChapitre 15 sur 33 · I. Les sceaux reproduisent jusqu'à la fin du · texte numérisé non relu

I. Les sceaux reproduisent jusqu'à la fin du

conserva encore fort tard la boucle, témoin reçu orné d'une boucle qui figure sur l'émail du Mans, écu représentant, à mon avis, Geoffroy Plantagenet, fils de Henri II, roi d'Angleterre. Il a la même forme que ceux de la tapisserie, qui en sont privés.

Le chevalier devait être fort habile à manier l'écu. Il le plaçait suivant le combat, tantôt au dessus de sa tête, tantôt serré contre sa poitrine, quelquefois il relevait jusqu'au bord du casque ou s'il était à pied le tenait plus bas. Lorsque la bataille commençait, le combattant prenait l'écu par une courroie qui traversait deux anneaux, soudés à l'intérieur du bouclier et qu'on nommait « énarmes ». Ceux-ci furent placés plus haut, quand le bouclier devint plus long et pointu. C'est ainsi que nous pouvons les voir dessinés par notre artiste. Quand, au contraire, les chevaliers allaient à cheval se

xii^ siècle, la boucle souvent très forte. Cf. Guillaume de Sémilly, c'. du xin». Niel de Montbray (xiir c^); Eiistache de Noyon, i2og; Vécu de Gérard, prévôt de Douai, 1207, semblable à celui de Bayeux; Guillaume de Pertheville c». du xin«,mème dessin que sur la tapisserie. On peut dire que déjà la boucle tend à disparaître au commencement du xni°,

rendant aune localité indiquée, ils suspendaient autour de leur cou l'écu à l'aide d'une courroie appelée guiche. Le bouclier était placé toujours du côté gauche. Cette courroie devait être très solide. La tapisserie nous montre ce deuxième mode de porter l'écu, qui indique déjà une époque plus récente '.

Le dessinateur a placé sur un grand nombre d'écus des ornements. Ce sont tantôt des lions, des léopards, tantôt des dragons, des motifs décoratifs géométriques. Les poètes appellent ces ornements des «connaissances». Par eux on savait alors la famille du propriétaire de l'écu et quelquefois même le corps de troupe du chevalier. J'ai recherché avec soin le moment précis de cette innovation sans pouvoir arriver à un résultat satisfaisant. Je crois cependant que « les connaissances » ont été tout d'abord peintes sur les gonfanons et les penons des lances des chevaliers. Les auteurs latins et surtout ceux qui ont écrit sur l'histoire des croisades parlent souvent de ces bannières, qui faisaient reconnaître aussitôt les ducs et les comtes, mais ils se taisent sur les ornements individuels peints sur les boucliers. Je crois donc très volontiers

I. C'est vers 1160 qu'on voit sur les sceaux cette manière de porter l'écu.

que ce n'est pas dans la première partie du xn« siècle, qu'on a placé ainsi les ornements sur les écus '. Ce n'est que plus tard que ces

I. Nous avons sur la tapisserie un grand nombre de boucliers qui ont reçu soit des ornements géométriques, soit des animaux. Ce sont les connaissances dont parle Wace v. 7704. La chanson de Roland les connaît v. Sogo, elle renferme même une expression que j'ai retrouvée quelquefois dans les romans d'aventure. V. Perceval, 9678, 9679. Dans Benoit, Chronique des ducs de Normandie, II, 18827; on trouve conoissances associé à erseignes.'Les sceaux, de leur côté, nous fournissent des indications précieuses. 1° bouclier sans armoiries : Conon de Bretagne, 1 162 ; Gui de Montjay, 1 167 ; Chatillon, 1 168; 2° avec des ornements : Raoul, comte de Vermandois, 1146; Robert de Pierrepont, iijo; Si7non de Beaufort, 1 182; 3" avec des animaux : Philippe d'Alsace, II 70; Conon, comte de Soissons, 11 78- 11 80: lion passant ; Raoul de Nesle,i 186 : lion; Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, 1 189 : lion; Philippe de Beaumont : lion; Baudoin d'Arras, 1 196 : lion; Jean de Nesle, 1196: lion; 3° écu portant quatre faces. Aiibri de Dammartin, ii85; Pierre de Courtenai, 1 184. Ceux qui se rapprochent le plus, comme ornementation, de la tapisserie de Bayeux, sont ceux de Roger de Vitré (ii58-ii6i), de la ville de Soissons {2' moitié du xii^ siècle), de l'abbaye de S. Victor. Cf. tapisserie de Bayeux. i" ornements géométri-

signes devenant fixe ont donné les armoiries. Disons aussi que des villes étaient célèbres pour la fabrication des boucliers. C'est Poitiers, Limoges, Toulouse, Lyon, Vienne, qui ont des ateliers fort connus. Le bois d'Aragon, qui servait à leur confection, était fort recherché à cause de sa dureté.

L'épée est l'arme du chevalier par excellence. Elle se compose d'une lame (branc) et d'une poignée (helt ou puing). Le helt est la partie saisie par la main droite, elle est souvent tissée d'or ; puis, .viennent les quillons de l'épée, en général très richement décorés, dus le plus souvent à l'habileté d'un très grand orfèvre. L'or et l'argent ont aidé à les confectionner et souvent même le pommeau de Tépée se termine par une boule. Il n'est pas rare que cette partie contienne des reliques. La lame de l'épée est très longue, large et plate. Ce ne sont plus celles du xi° siècle, plus petites et fort courtes, mais

ques, XXV, LVIII, LX, LXI, LXVII. 2" Animaux, VIII, XII, XIII, LXXV. Mais c'est vers 1180 qu'on trouve sur les sceaux des armoiries : Guillaume de Mello, ii85 : merlettes ; Gérard de Boulogne, 1181: trois tourteaux; Guillaume, comte de Joigny, 1881; Pierre Gamaches ; Ansel de Garlande, iigS : lion ; Gui de Moimont, 1198 : trois barres, etc.

bien celles qui apparaissent sur les sceaux dès ii5o. Ces lames étaient à deux tranchants. On y gravait souvent des inscriptions qui indiquaient le propriétaire, le nom de l'épée. Si elle avait été achetée en Orient, on y trouvait des inscriptions arabes, même des ornements, des arabesques niellées, témoin la belle épée que Guillaume tient à la main, au moment ou Harold jure sur les reliques de lui conserver le royaume d'Angleterre '.

I. Les sceaux nous fournissent un grand nombre d'épées. On peut constater que vers le deuxième tiers du xn^, les quillons se recourbent vers la lame, cf. scène XXXIIî, cf. Ebrard de Piiisieux, 11^8; Raoul comte de Vermandois, 1146; D-P. 38 Son épée est longue, épaisse et à quillons droits, elle tend à se rapprocher de celles de Bayeux, mais le modèle qui ressemble beaucoup à celui de la tapisserie apparaît vers 1180-1190 : les épées grandes et longues. Cf. Bouchard, seigneur de Guise {D. P. 369) 1 155, lame déjà un peu longue et assez large. Celles de la tapisserie sont sans gorge au centre. Cf. le sceau du comte de S. Paul, Anselme (D. f. 286), ii5o; Enguerrand de Candavène, ii5o (D. Ar. 69.); Raoul de Fougères. (D. 268 N.), 1160; Thibaut de Crépy, 1167; On voit déjà le modèle de la grande épée. Garin de Saint-Berthevin, 11 74; Ives comte de Soissons. (D. P. 33), 1172; Conon de Pierrefons.

Les ateliers de Poitiers, de Pavie, de Pise, de Vienne et de Cologne étaient les plus célèbres. L'Orient, du reste, avait fourni des modèles remarquables qui avaient eu pour conséquence de rendre plus habiles les ouvriers occidentaux. L'épée était enfermée dans un fourreau (fuere) qui était quelquefois d'une très grande richesse. Les sources nous parlent même de fourreaux décorés d'orfrois, mais nous pouvons voir sur la tapisserie que ceux qui servaient à la guerre étaient d'une très grande simplicité. Ce n'est pas, en effet, le costume de parade que l'artiste a voulu nous montrer, mais bien celui qu'on portait, soit en voyage, soit sur le champ de bataille. Ce fourreau était maintenu par une ceinture, souvent assez large, en soie ou en cuir, décorée de plaques en métal précieux, or, argent ou orfrois '.Ce ceinturon était attaché autour des

1171. Philippe d'Alsace (1170); Eudes, seigneur de Ham, I \-](j;BaiidoinV.{D.Ç)o Pi.\ .), 1 176; Giiillamne de Mello. (D. P. 45i) 1 185 ; Gérard comte de Boulogne, (D. 26 Av.), 1 187; Robert de Bethune, avoué d'Arras (D. Ar. 79), 1182; Pierre de Courtetiai, 1184.

I. Le fourreau n'apparaît que fort tard sur les sceaux. Guillaume de Blois, ii38, 1177, 1198, 1202. On voit sur le sceau de Guillaume III, comte de Neverset sur celui de Guillaume /V"que l'épée est pas-

reins par une boucle. C'était le « neu » du baudrier. L'épée était placée au côté gauche du chevalier et, détail qui a son importance, nous pouvons voir que déjà le ceinturon forme un tout complet, semblable à celui de nos officiers, témoin l'épée portée par Harold au moment où il se présente dans la grande salle de Gui, comte de Ponthieu.

Inutile de dire que les épées étaient fort chères aux chevaliers : c'était l'ami fidèle, le compagnon le plus sûr. Il ne s'en séparait jamais, le jour elle était à ses côtés, la nuit elle reposait sur son lit, à la portée de sa main; à sa mort elle était placée sur sa poitrine, formant ainsi par ses quillons une croix, symbole de sa foi. La manière dont on a porté l'épée a varié. Il est hors de doute que les soldats, les varlets l'ont suspendue à leur cou pendant le xi' siècle', et maintenue par un baudrier en soie ou en cuir. On appelait cela les « renges », mot qui figure dans Alexis et dont l'étymologie est germanique. Ce n'était qu'après avoir été nommé chevalier qu'ils pouvaient la porter placée au. tour des reins. Notre tapisserie nous avertit

sée à sa ceinture. Les chevaliers du duc de Normandie le portent à cheval. Scène XX, XXIII, XXIV. I. Sceau delà ville de Soissons (xii° siècle).

que ce temps est déjà loin, car on peut voir des varlets qui viennent de dérober des animaux, munis de leurs épées suspendues à leur ceinturon '. Indiquons même la manière toute particulière de porter l'épée sous la cotte de mailles. Le fourreau est caché par le haubert. On a pratiqué une ouverture par laquelle le fourreau de l'épée passe. Cette échancrure ne laisse voir que la partie supérieure du fourreau, nouvelle preuve du temps relativement récent de notre monument ^.

Les poètes du xiie siècle nous disent qu'en temps de guerre, ou en voyage, le chevalier avait à sa selle une épée dans un fourreau, quelquefois même un grand couteau. C'était déjà une complication de maintenir ainsi par des courroies cette épée ou ce couteau. Nous pouvons reconnaître le bien fondé des descriptions des poètes : la selle du comte Gui en fournit un exemple.

La lance est aussi l'arme du chevalier. Comme

Page 1