V. 7897 Ars e saetes barbelées
Les saetes sunt mult isneles
Mult plus tost vont que arondèles.
Coiures emplir, ars encorder.
Cf. pour les flèches lancées, v. 8170. v. 8180. Scènes LXXVI, LXXV, LXXIV.
V. 65ii Donc a chascun son arc tendu Coiure e tarchais al lez pendu.
Tuit furent res e tuit tondu De cors draz furent tuit vestu.
On voit que le dessinateur s'inspire de Wace pour le costume, pour la manière de tenir le carquois, pour le dessin des flèches. Scènes XLIII-
\eux et de la barbe. Les renseignements sont fort rares, on ne saurait parler d'une mode unique. Le récit de Raoul Glaber nous prouve seulement que les gens du Nord avaient l'habitude, au xi'= siècle, de porter les cheveux longs, témoin la surprise que provoquent à la cour les personnages venus au moment du mariage de la princesse Constance d'Aquitaine avec le roi Robert. On blâmait donc les Aquitains d'être rasés et d'avoir des cheveux courts '. Les portraits des rois de France tracés par les historiens du xie siècle, ceux des grands personnages nous prouvent qu'on portait la barbe et les cheveux longs au xi^ siècle. Cette habitude nécessita l'attention du pouvoir spirituel, assemblé à Clermont au moment de la première croisade. Fortifié par la présence du pape, le clergé décréta que ceux qui partiraient devraient avoir les cheveux coupés ras. On dirait cependant, en lisant les écrits de cette époque, que le clergé fit en vain une guerre acharnée aux cheveux longs. Anne Commène nous dit même que les croisés avaient, en arrivant à Constantinople, suivi la mode ancienne. Les usages étant
I. Cf. Raoul Glaber (édit. Prou) III, 9. Oderic Vital, I. X. 7 p. 39, instar presbyteri bene tonsiis, aussi XI, g, p. 20g.
— io8 —
alors locaux, nous ne pouvons prétendre à être renseignés pour toute la France. Oderic Vital cite quelques exemples, qui nous prouvent que le clergé réussissait quelquefois à vaincre la répugnance des chevaliers. Le roi normand d'Angleterre se laissa, en i io5, couper les cheveux en séance solennelle dans l'église, mais cet exemple n'eut qu'une influence éphémère. On continua à porter les cheveux frisés. Oderic Vital raconte même qu'un chevalier, qui cédait à la mode, vit en songe, en 1129, son patron céleste lui défendre d'avoir des cheveux aussi longs '. Effrayé, il les fit aussitôt couper, mais peu après, il les porta comme autrefois. On le voit, la mode soit en Normandie, soit dans la Francia était donc de porter les cheveux longs pendant le xi« siècle et durant la première moitié du xii». Les poètes confirment cette opinion : les guerriers portent durant tout le xiie siècle la barbe et les cheveux longs. Guillaume de Tyr, XVI, L, a soin de dire que « la barbe... estait une grand avenance en cel tens ». On peut même affirmer que cette mode ne
1. Cheveux frisés. Oderic Vital, VIII, XI, p. 325. XI, II, p. 208, Oderic Vital dit en parlant du songe. Ciincti qui sibi curiales esse videbantw in prit4S vitium reciderimt, 77, cf. aussi, VII, X, p. 212.
— lOÇ —
cessa que vers le dernier tiers du xii^ siècle. Les poètes d'alors ne parlent pas des cheveux courts, ils racontent au contraire que les chevaliers portaient fort longue la barbe, qu'ils avaient l'habitude de tresser '. A les lire, on croirait que cette mode ne cessa pas durant le XII* siècle, qu'elle était même générale ; mais
I . La barbe était portée fort longue, ce fut la mode jusqu'à la fin du xii^ siècle, et des textes beaucoup plus modernes respectent cette tradition sans parler de la « barbe florie » de Charlemagne. Voyez, entre autres textes : Destruction de Rome, Groeber, Romania, II, p. i. Elle couvrait la poitrine du chevalier : Roland, 48, Durmart (Stengel), V. 1082. Elle tombait même sur la broigne. Roland, 33i8. Comp. Jean Loubier, 0/7. c.,p. 62. On la tressa, on la frisa même. Fabliaux (Meon) III, 286 : grenons trechiez, grenons Ions et treciés. Cf. Guy de Bourgogne (Guessard), v. 1 119. On voit que cette mode continua même pendant le premier tiers du xni'' siècle, car Gui est daté de i23o; cf. G. Paris, Manuel de la littérature française au moyen âge, p. 25 i; cf. Alwin Schuitz, Das hôfische Leben ^ur Zeit der Minnesinger, 2° édit. 1889. Leipsig, p. 286 (c'est un ouvrage où toutes les notions sont confusément mélangées). Oderic Vital nous indique aussi cette mode de tresser les cheveux et de friser la barbe, VIII, XI, p. 325.
— I lO —
les monuments que nous possédons nous prouvent que vers 1180-1190 on commença à porter les cheveux courts et la barbe rasée. On peut donc affirmer que, pendant tout le xiie siècle, l'habitude était d'avoir les cheveux longs et la barbe. N'avoir pas encore de barbe, c'était, d'après les poètes, être âgé seulement de 14 à i5 ans. Couper la barbe à un personnage, c'était le déshonorer '.
Comment notre artiste a-t-il représenté les Normands et les Saxons ^} Guillaume de Malmesbury et Wace surtout indiquent que les Normands étaient rasés et avaient les cheveux courts. C'était tout à fait étrange et nouveau, si bien que les Anglais les prenaient pour des
1. Raser un personnage était un châtiment fort dur, Floovant, v. 63, 71. Renaut de Montauban (Michelant) 141, 33 : Jo 11 ferai grant honte, jo li ferai la barbe et toz les guernons tondre. Jean Loubier. Das Idéal der mânnlichen Schônheit. Halle. 1890. Oderic Vital nous dit que toutes les classes ont imité cette mode en Normandie, VIII, 22. Burgenses, rustici et pêne totiim vtilgus imitati sunt. La chanson de Roland, v. 33i7 nomme l'armée franque : Celé gent barbée.
2. La tapisserie nous donne seulement trois personnages portant la barbe : Edouard, un nain, enfin un charpentier.
clercs '. Si notre artiste avait appartenu à la fin du xi" siècle, il aurait suivi la mode de cette époque et les Normands, au moins quelques-uns, auraient été représentés portant la barbe et les cheveux longs. Mais notre dessinateur a traduit Wace à la lettre et quelquefois, même, les cheveux sont si courts qu'on croirait, en examinant la tapisserie avec soin, qu'ils les portent rasés. Quant aux Saxons,