CHAPITRE XI
‘LE XVI steers. (suite) = LA TAPISSERIE EN- ITALIE, EN FRANCE, EN ALLEMAGNE
Wowieye ssa : eT EN ANGLETERRE -
= Pendant le XVI siecle, VItalie est, apres les Flandres, ele. pays ou la fabrication des tapisseries a pris le plus
brillant essor. Comme si la Renaissance avait doublé ce en elle la faculté d’agir et de créer, elle ne se borna pas a défrayer de cartons le reste de I’Europe; elle
E ambitionna encore de produire elle-méme des tapisse~
ries, et elle y réussit, 4 une condition cependant : celle
‘ dappeler de temps en temps des artistes flamands pour
renouveler la tradition.
Sans doute, Jes tapissiers répandus dans la Péninsule étaient trop peu nombreux, leurs entreprises soumises atrop de fluctuations, pour qu’ils pussent songer a
adopter la forte organisation propre a l'industrie fla-
mande. En Italie, point de corporations, point de régle-
ments destinés, soit & assurer la bonne fabrication, soit
a garantir les droits des producteurs. Les maitres étaient tour a tour payés au mois ou a lannée, alors toutefois
~ qwils ne travaillaient pas pour leur propre compte et
‘ne traitaient pas a forfait avec leurs clients. Quelque
225 LA TAPISSEREE. © > ; A
précaires qu’y fussent les conditions d’existence pour la tapisserie, V’Italie est probablement le pays dont les — ateliers se rapprochaient le plus des manufactures dans le sens moderne : autant le travail était fractionné dans les villes, si libres, des Flandres, autant les princes qui, gouvernaient la majeure partiedela Péninsuleaimaient __ a grouper autour d’eux un noyau d’artistes capables d’exécuter promptement leurs commandes. ver
Les guerres qui désolérent VItalie au début du © * xvie siécle y paralyserent pendantlongtempsl’essordela tapisserie : nous n’avons a signaler, pour cette période, que l’atelier de Vigevano, dirigé par Benedetto da Milano; cest de la que sortit la belle suite des Movs Trivulce, commandée par le maréchal de ce nom et aujourd’ hui encore conservée dans le palais de sa famille, 4 Milan. On s’accorde a faire honneur des cartons de cette suite a Bartolomeo Suardi, surnommé le Bramantino, un des maitres les plus habiles de V’Ecole lombarde.
Dans le second tiers du xvi° siécle, le chef de la maison d’Este, le duc Hercule Il (1534-1559), dont les ancétres avaient si puissamment contribué au développement de la tapisserie italienne, entreprit de relever une fabrication qui, si elle n’avait pas complétement disparu de ses Etats, ne faisait plus dans tous les cas que setrainer péniblement. Des la seconde année de son régne, il
cat
comptait parmi les artistes attachés asa cour deux tapis-
siers flamands d’une ‘habileté consommée, Nicolas et
Jean Karcher ou Carcher. Ce dernier, en qui la fabri- cation ferraraise s’incarna pendant de longues années, 2g mit au jour de Rema suites, d’une rare perfection. : technique. :
nine (CHAPITRE XL 4 haBZ ge7
Le peintre en titre dela fabrique était le Ferrarais Bat- “tista Dosso; c’est a lui que nous deyons les cartons des : Metamorphoses, dont une piéce est entrée il y aquelques années au musée des Gobelins, grace a l’initiative de -M. Darcel. D’autres suites, | Histoire d’Hercule, des
Lis MOIS TRIVULCE, D’APRES BRAMANTINO SUARDI
Tapisserie de Vigevano (Collection Trivulce, 4 Milan.)
berceaux de verdure avec des termes, etc., ont malheureusement disparu. ;
“A cété de B. Dosso on trouve le peintre flamand
maison d’Este, ceux des Grotesques, ainsi que ceux des
Luca Cornelio, qui composa les cartons des Cités de la
ae ane
228 LA?TAPISSERTE:
Chevaux (il s’agit des chevaux favoris du prince régnant). Un de ses compatriotes, Guglielmo Boides, de Malines, travaillaégalement pour l’atelier de tapisseries. La manufacture de Ferrare, comme les autres manu-
factures princiéres de l’époque, était autorisée 4 accep-— ter des commandes du dehors. Jean Karcher en profita pour exécuter, d’aprés les cartons du Garofalo et de Cz millo Filippi, auxquels on avait adjoint Luca Cornelio pour les bordures, Histoire de saint Georges et Fe de saint Maurelius, qui, depuis lors, orne, aux grandes fétes, la cathédrale de Ferrare. La cathédrale de Céme,
de son cété, lui confia le tissage de |’Histoire de la
Vierge, d’aprés les cartons du Milanais Giuseppe Arcimboldo. :
On attribue en outre aux ateliers de Jean Karcher la belle suite des Enfants jouant, dont la gravure ci-contre reproduit une piéce. am - Pendant le régne d’ Alphonse II, successeur d?Hercule II (1559-1597), la manufacture eos a vue deel. La vogue croissante des cuirs de Cordoue semble avoir o hité sa ruine. Les métiers de haute lisse ferrarais ne — survécurent pas a ce prince. “é Les productions de la manufacture ferraraise se dis- tinguent par importance accordée a élément décoratif: les grotesques, la végétation, le paysage, y jouent un réle important; la grace, la légéreté, la fantaisie, Dy emportent sur les prétentions au style; reposer esprit, — charmer les regards, telle était, aux yeux des princes 4 d’Este, la premiére mission du décorateur. Ils n’avaient pas tort, ces Mécénes si prodigues, ces juges si délicats. :
HCilA Pl MRE: XA, 229
; Incité par l’exemple de la maison d’Este, Cosme I, duc, puis grand-duc de Toscane (1537-1574), résolut de doter Florence d’une manufacture capable de lutter avec celle de Ferrare, et eut la joie de voir son ceuvre pros-
LES METAMORPHOSES, p’APRES Be DOSSO
Tapisserie ferravaise du xvi siccle. (Musée des Gobe'ins.)
- pérer; l’« Arazzeria Medicea», c'est le nom sous lequel sa fondation est connue, dura autant que les Médicis, cest-a-dire jusqu’au commencement du xvi’ siéclet,
1. L’histoire de la tapisserie A Florence a fait l’objet d’un travail de M. Conti: Ricerche storiche sull arte degli arazzi in
eck:
Les deux maitres chargés de diriger la nouvelle manufacture étaient des Flamands, Jean Rost ou Rostel, de Bruxelles, et Nicolas Carcher ou Karcher. Le duc s’engageait a fate fournir un local convenable, a leur verser a chacun 600 écus d’or par an, tout en leur permettant de travailler pour les s personnes du dehors, enfin a leur payer a part tous les. ouvrages exécutés pour sa maison. Rost et Karcher, de leur cété, promettaient dinstaller vingt-quatre métiers, dont douze au moins devaient fonctionner dep albbrenert. ils se chargeaient KS en outre de former gratuitement des apprentis. Le con-— trat, d’abord conclu pour une période de trois ans, fut 3 renouvelé jusqu’en 1552. A partir de ce moment, mate gré toutes sortes de fluctuations, la manufacture floren tine ne chéma plus un instant.
Parmi les peintres que Cosme I* attacha A la manu facture ducale figurait au premier rang le Bronzino (1502-1572); c'est a lui que nous devons la majeure partie des cartons de | Histoire de Joseph, aujourdhu exposés dans les salles du Palais-Vieux, ceux du Parnasse et de |’ Hippocréne (1556), ceux du Marysas (1566). Puis venait Francois Salviati (1510-1563), Pauteur dun autre carton de I’Histoire de Joseph, le Songe de Pharaon. Salviati exécuta en outre les cartons d’une Histoire d’Alexandre le Grand, qui fut tissée dans les Flandres pour Pierre-Louis Farnése, et d’une Histoire de Lucréce, dont Vasari célébre la beauté. Un troisiéme maitre fameux, Francesco d’Albertino, surnommeé le
Firenze; Florence, 1875. Jai résumé et complete le travail du savant florentin dans mes Zapisseries. italiennes (Histoire générale dela Tapisserie).