CHAPITRE XII
sujets: aussi n’avons-nous jusques a présent rien oublié de tout ce qui leur pourroit procurer cet advantage, par tous les moyens que nous avons jugez propres au succés de ce grand dessein... »
Un des premiers actes de Louis XIV fut de placer a la téte de Ja manufacture, avec le titre de directeur (sous la haute direction de Colbert), « une personne capable et intelligente dans l’art de la peinture pour faire les dessins de la tapisserie, sculpture et autres ouvrages, les faire exécuter correctement, et avoir la direction et inspection générale sur tous les ouvriers qui seront employez dans les manufactures ». Son choix tomba sur Le Brun, qui, nous l’avons vu, avait déja donné dans atelier de tapisseries établi 4 Vaux par le surintendant Fouquet des preuves multiples de son talent.
De nombreux privileges favorisérent le recrutement du personnel, en téte duquel nous voyons figurer, entre autres, Jans, habile tapissier d’Audenarde, fixé a Paris en 1650 avec bon nombre d’ouvriers flamands, et Jean Lefévre, ancien directeur de l’atelier du Louvre, Le roi mit notamment a la disposition de la manufacture soixante enfants, qui devaient étre placés « dans le séminaire du directeur, auquel sera donné un maitre peintre sous lui, qui aura soin de leur éducation et instruction, pour estre ensuite distribuez par le directeur et par luy mis en apprentissage chez les maistres de chacun des’ arts et métiers, selon qu’il les jugera propres et capables ». ;
Dans l’esprit du roi et de ses ministres, l’enseignement ° du dessin, on le voit, devait précéder lenseignement purement professionnel.
N’oublions pas que la nouvelle manufacture n’eut pas seulement pour mission de fournir aux résidences royales les tentures nécessaires 4 leur décoration ; l’objectif: de Louis XIV et de son ministre était plus vaste: . les Gobelins devaient étre une manufacture d’art déco- -ratif dans Vacception la plus haute et la plus complete ; la broderie, lorfévrerie, la mosaique en pierres dures, la sculpture sur bois et le travail du bronze y étaient représentés au méme titre que la haute ou basse lisse.
Les Gobelins, au moment ou Louis XIV et Colbert résolurent d’y installer la nouvelle manufacture, étaient, depuis environ deux siécles, en possession d’une grande célébrité industrielle. La famille qui leur a donné son nom — nous empruntons ces renseignements a M. Lacordaire — était originaire de Reims; dés le xve siécle, mettant a profit et ses connaissances spéciales et les qualités de eau de la Biévret, elle donna une grande impulsion a l’art de la teinture, et fit rapidement fortune. Le marquis de Brinvilliers, ’époux de la fameuse empoisonneuse, était un de ses descendants. Elle fut remplacée par la famille Canaye, qui semble avoir joint a la teinture la fabrication des tapisseries; il est pos-
1. L’auteur d’un rapport adressé en 1631 au cardinal Barberini constate que les eaux des Gobelins sont considérées eamme les meilleures que l’on puisse employer pour la teinture; il attribue cette vertu aux nombreux détritus végétaux qu’elles charrient.
Ajoutons que depuis longtemps on a renoncé, aux Gobelins, & se servir des eaux, de plus en plus troubles et impures, de la Biévre. Les progrés de la chimie ont permis de suppléer aux vertus qu’elles possédaient. Nous disons qu’elles possédaient, et non qu’on leur prétait, parce qu’il est démontré que, selon la quantité de matiéres minérales qu’elles, renferment de certaines eaux sont plus ou moins favorables 4 la teinture.
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