CHAPITRE XII
depuis longtemps; le coloris redevient harmonieux,
avec une certaine tendance a la sobriété, tendance dont
témoignent de nombreux ornements en grisaille. On
ne saurait surtout trop féliciter les auteurs des cartons
de s’étre de nouveau pénétrés des vrais principes de la
décoration, d’avoir pondéré les masses et concilié les
lois du rythme avec celles du mouvement. A cet égard, le Sacrifice d’ Abraham (p. 259) est un chef-d’ceuvre
que l’on ne se lasse pas d’admirer. La composition des
bordures aussi témoigne d’un gotit supérieur: on n’a
pas poussé plus loin l’art de marier la figure humaine
aux ornements les plus variés: festons, médaillons, tro-
phées, grotesques. Les génies nus qui, dans la Chasse de Méléagre, le Sacrifice d Abraham, \a Toilette d'une princesse, folatrent au milieu des feuillages, ou suppor-
tent gravement, qui un médaillon, qui les rinceaux se
déroulant sur sa téte, nous reportent aux triomphantes inventions de Raphaél dans les bordures des Actes des Apdétres et dans les Loges. Les bordures des tapisseries
de Mortlake, composées a la méme époque, révélent des
qualités non moins hautes. Il y a la tout un cdté de
Vhistoire de ornementation qui est resté jusqu’ici dans Vombre.
L’année 1662 marque une date mémorable dans les annales de la tapisserie: c’est elle qui a vu fonder la MANUFACTURE ROYALLE DES MEUBLES DE LA COURONNE, OU, pour l’appeler de son nom moderne, la Manufacture des Gobelins.
Il importe, 4 une époque ou I’on fait de si louables efforts pour relever nos industries d’art en péril, de mé-
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diter les hautes lecons quise dégagent de la fondation des Gobelins, comme aussi de celle de la Manufacture de Beauvais. « Lamanufacture des tapisseries, est-il dit dans les considérations qui précédent les statuts des Gobelins, a toujours paru d’un si grand usage et d’une utilité si considérable que les Etats les plus abondants en ont perpétuellement cultivé les establissements et attiré dans leurs pays les ouvriers les plus habiles par les graces qwils leur ont faites. L’affection que nous avons pour rendre le commerce et les manufactures florissantes dans notre royaume nous a fait donner nos premiers soins, aprés la conclusion de la paix générale, pour les rétablir et pour rendre les establissements plus immuables, en leur fixant un lieu commode et certain; nous avons fait acquérir de nos deniers l’hétel des Gobelins et plusieurs maisons adjacentes, fait rechercher les peintres de la plus grande réputation, des tapissiers, des sculpteurs, orphévres, ébénistes et autres ouvriers plus habiles en toutes sortes d’arts et métiers, que nous y avons logés, donné des appartements a chacun d’eux, et accordé des privileges et avantages. »
Les réflexions qui servent de préambule a « l’édict du Roy pour lestablissement des manufactures royalles de tapisseries de haute et basse lice en la ville de Beauvais et autres lieux de Picardie » témoignent d’une élévation de sentiments non moins grande. « Comme Pun des plus considérables ouvrages de la paix, qwil a plu a Dieu nous donner, est celuy de l’establissement de toute sorte de commerce en ce royaume, et de le mettre en estat de se passer de recourir aux estrangers pour les choses nécessaires 4 Pusage et 4 la commodité de nos