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CHAPITRE XIV

LE XVIII° SIECLE LA TAPISSERIE EN FRANCE (UES GORELINS ET BEAUVAIS. — OUDRY ET BOUCHER

Fad. XVII? siécle, la Coe se régle avec une docilité parfaite sur les besoins et les gouts de la société 10uvelle, de cette société aussi vive, aussi spirituelle, aussi frivole que celle du siécle de Louis XIV avait été e ‘grave et solennelle. La recherche de l’élégance et de la grace fait oublier celle de la noblesse; le boudoir remlace les salons vastes et somptueux ag lage précédent; le petit art détréne le grand. C’en est fait et des compotions historiques et des tentures monumentales; deé- ‘ -sormais le principal mérite d’un récit est d’étre bref et - piquant, de méme que la valeur vénale de l’ceuvre d’art, ee qu velle soit, est en raison inverse de ses dimen-

ce proriiens conquiises, alliances epaiaeieee en- . eae ee eee aa, ERIE: Louis XV se

triomphe d’Alexandre succédent les aventures héroicomiques de Don Quichotte; le loup et l’agneau, la lice et sa compagne prennent place sur les métiers qui tissaient naguére les personnifications des quatre Eléments; Vexécution d’une garniture de fauteuil primes: celle d’une suite historiée; Oudry et Boucher, et c'est tout dire, s’emparent de la succession de Le Brun : mimporte, la tapisserie, dans son inépuisable obligeance, accepte tous les changements, subit tous les. caprices de la mode.

Dans un milieu aussi -raffiné et aussi égoiste que Pétait le xvuic siécle, la tapisserie ne pouvait manquet de perdre ce qui lui restait de son caractére populaire. Autrefois, il ne faut pas Poublier, quoique la possession — en fat réservée aux favoris de la fortune, les tentures. historiées figuraient fréquemment en public, et parlaient en toute occasion a lesprit de la foule; dans les. processions, dans les fétes les plus diverses, les souffrances du Christ, les exploits des chevaliers, peints sur ces vastes surfaces mobiles, exaltaient tour a tour Ja 3 piété ou le patriotisme. La Renaissance, la premiére, en remettant en honneur lantiquité, dont le souve- — nir s’était perdu dans les masses, porta le coup le plus

sensible a l’art populaire; le xvir® siécle prit 4 tache a d’accentuer encore la scission entre l’artiste et le «vul-

gaire»; le xvim® si¢cle enfin rompit complétement. une. z alliance sans laquelle l'art, nous en avons la preuve, ne saurait produire des ceuvres vraiment fortes, vrai- ment vivantes et durables. Pendant la période pré-— cédente, nous avons encore rencontré en abondance les. tentures destinées 4 illustrer les luttes nationales; au

LES CHASSES DE LOUIS xv D’aprés Oudry, Gobelins, xvi siécle (Chateau de Fontainebleau.)

Louis XIV, le duc de Lorraine, le prince Eugéne, le duc

de Marlborough, songent a perpétuer le souvenir de

leurs victoires. Quant 4 V’histoire de France, pendant.

sii

cette période si troublée, elle semble tenir tout entiére a

dans les fameuses Chasses de Louis XV. Je me trompe;

joublie l Ambassade turque, cest-a-dire entrée a Paris de Mehemet effendi, chargé de complimenter,en 1721, « le roy sur son avénement au tréne », tenture en deux

piéces d’aprés les cartons de Charles Parrocel. Méme indifférence a l’égard de l'art religieux. Ici

du moins les artistes pouvaient arguer de leur parfaite

impuissance : considérées au point de vue de l’expression, les quelques rares suites: qui ont pris naissance a cette époque sont plus propres 4 provoquer le scandale que le recueillement. Dans la plus célébre d’entre elles, V Histoire d’Esther, de de Troy, on se croit transporté sur le théatre, et sur un théatre qui ne rappelle en rien celui sur lequel les pensionnaires de Saint-Cyr j jouvien les tragédies du tendre Racine.

Ce dédain des sentiments nobles ou généreux qui pouvaient subsister dans de certains cceurs a pour co-

rollaire le besoin de distractions tout artificielles : les — peintres se plaisent 4 transporter leurs contemporains, ou plutdot les raffinés de la cour et de la ville, dans des régions idéales, loin des préoccupations du monde, le ~ plus souvent dans l’Olympe, parfois aussi dans la

Bohéme, la Turquie, ’Inde ou la Chine. Les jardins

d’Armide exercent sur eux une attraction particu-—

ligre. A ce moment prennent naissance, a coté @in- ~~

nombrables representations mythologiques, la Tenture des Indes, d’aprés Desportes; la Tenture chinoise, d’aprés

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