‹ La tapisserieChapitre 170 sur 182 · LE-METIER DE HAUTE LISSE · texte numérisé non relu

LE-METIER DE HAUTE LISSE

derriére son métier, car dans la haute lisse le travail se fait a Venvers, et Vartiste est forcé de passer — de Vautre cété du métier pour juger du résultat obtenu. C’est également derriére le métier, bien plus, y derriére artiste, qu’est placé le modéle; pour le voir, Partiste est obligé de se retourner. : Ee Le tissage commence par le bas. Se servant des con=: tours tracés sur la chaine, le tapissier prend uné broche chargée de la couleur convenable etarréte l’extrémité du __ fil de couleur sur un des fils de la chaine. A ce moment, ; dans la partie inférieure, ces fils sont tous sur le méme es plan; ce n’est que plus Bade que les batons de croisure les écartent et permettent de saisir alternativement, de. . la gauche, une poignée de lisses qui raménent en ar- riére la moitié A, qui forme le devant, ou les fils dela | moitié B qui forme la partie postérieure. De la droite artiste fait passer, derriére les fils A, la broche chargée des fils de couleur; instant d’aprés, les fils de — chaine, abandonnés a eux-mémes, reprennent, graced leur élasticité, leur place primitive, c’est-a-dire forment de nouveau une nappe unique. Dans cette situation ike y aalternance : un fil de chaine sur deux est recou- — vert de fils de couleur; cest ce que l’on appelle une demi-passée. Puis, attirant a lui, au moyen des lisses, une poignée de fils de la série B, il procéde 4 une opération analogue, en faisant manceuvrer la broche en sens inverse; cette seconde opération, qui a pour effet ~ d’achever de recouvrir de fils de couleur la chaine en- ; tiére, s'appelle une duite. Avec la pointe de la broche le tapissier tasse avec soin ces fils de couleur. Pour assurer complétement la solidité de Pouvrage, il frappe les

; étendue que doit occuper la nuance dont la broche est chargée. L’artiste veut-il passer a une autre nuance, at abandonne et laisse pendre la broche sur laquelle a laine ou la soie est maintenue par une demi-clef; puis, a il recommence les passées ou les duites avec da nouvelle - broche, et ainsi de suite.

Ajoutons que plusieurs tapissiers peuvent travailler — simultanément au méme ouvrage. Aux Gobelins, on voit parfois j jusqu’ a six ou huit artistes occupés devant

un seul métier. .

On jugera de la minutie qu’exige la haute lisse, — ine passée ne porte souvent que sur deux ou trois fils de chaine, -— en se rappelant qu’aux Gobelins un haute lissier ne er en moyenne que a gongs: car-

par année Se 300 joure de travail, a que chaque 1 métre --carré revient 4 l’Etat, en moyenne, A un peu plus de oo francs pour la main-d’ceuvre seule!,

Le travail le plus difficile, et ici il s’agit d’un travail

‘ae x

\ ~~ y, La derniére réplique de la Terre et Eau, d’aprés Le Brun, a spate de 2,000 4 2,100 francs le metre carré, rien que pour la main eure: Le Vrain d’aprés M. Ehrmann, est revenu a

1,546 francs le métre carré pour la main d’ceuvre, a 51 fr. 50 pour - les matiéres premiéres. La valeur de ces derniéres a diminuédans -une proportion énorme depuis que l’on n’emploie plus le fil d’argent et d’or.A ces sommes il faut ajouter les frais généraux, qui sont de 120 pour cent environ, ct qui comprennent Vadministration, le service de'l’école, Je chauffage, les frais des cartons, etc. — Nous devons ces details: ainsi que plusieurs autres, concernant Se la fabrication, a l’obligeance de l’administrateur de la manufac- = ‘ture, M. |. Alfred Darcel.

d@interprétation dans toute l’acception du terme, | dans le passage d’un ton a un autre, dans la tran “des lumiéres aux ombres,. Le haute lissier se set, effet, de couleurs moyennes qu’il dispose en forme bachures, de maniére 4 éviter l’effet de mosaique qu résulterait d’une simple juxtaposition (on sait combie: cet effet est désagréable dans les broderies au peti point, par exemple). Supposons un espace de qu fils A colorer par ce systeme: la couleur A fera” duite d’un bout a l’autre, puis une seconde sur dix enfin une troisiéme sur cing fils seulement; lac leur B, Asontour, fera une duite de quinze fils sur toute | lohgueur, une de dix fils la ou la couleur B en a fai cing, une de cing 1a ow celle ci en a fait dix. Grace cette sorte de pénétration réciproque, on arrive a lier fondre les tons, au point de cacher, du moins a un ceil peu exercé, l’endroit ou commence l'un, ou finit l'autre ee. anciens eee niemployaien ane des. ha

source oie que ane: fe “systéme des bacharee a deux nuances, inventé sous le vo Pops ‘par

1. Le cercle chromatique imaginé par M. Cheyreul, directeur des teintures de la manufacture, depuis 1824, comprend : :rocercles de couleurs franches, subdivisés en 72 gammes équidistantes, de 20 tons chacune; soit un total de 14,400 tons. (Voy. le travail intitulé Des arts qui parlent aux yeux au moyen de solides col rés d'une étendue sensible et en particulier des arts du tapissier des Gobelins et du tapissier dela Savonnerie, par M. Chevreul; Paris,

1867, et le Rapport sur les progrés réalisés dans la fabrication des —

fapisseries et tapis des manufactures des Gobelins et de Beauvai par M. S. Cloez. Paris, ScaGuan to setae ;

ad iner plus de vibration aux tons intermédiaires. Phe meétier de basse lisse différe sur beaucoup de points

nt ue eZ AD oly) )

Ga

‘t Ne lee LN MLD ELT Es

Me

tH WEG,

- DESSIN MONTRANT LA DISPOSITION DES LISSES DANS LE METIER DE HAUTE LISSE,

Ort te

du métier de haute lisse : la chaine, au lieu d’étre tendue verticalement, est tendue dans le sens horizontal ; les

-pédales ou marches; le carton est fixé sous. Ia chazne.

Cette bicaostaae a ses avantages comme ses inconvénients. Le principal de ces avantages consiste dans la rapidité relative de la main-d’ceuvre; l'économie

de temps qui en résulte est d’environ un tiers, com-—

parée au temps qu’exige la haute lisse : dans celle-ci, les

métiers étant placés perpendiculairement, l’ouvrier ne —

peut travailler que de la main droite, la main gauche lui servant uniquement a la recherche, séparation et

croisure des fils. L’ouvrier de basse lisse, au contraire, —

a ses deux. mains A lui pour passer dans la chaine les

« flites » chargées de fils de couleur, grace aux a qui servent, comme dans les métiers de tisserands, ae croiser les fils, ce qui accélére considérablement le tra-

vail. L’ouvrier de haute lisse est en outre obligé de co-*

pier .son tableau pour ainsi dire a vue, n’ayant pour se conduire que les contours tracés par lui-méme sur la

chaine; a chaque instant il est obligé de verifier le carton avec le compas, ce qui lui perd un temps consi= dérable sans avancer son ouvrage. -

D’autre part, dans la basse lisse, Pouvrier ne voyant

pas ou voyant trés imparfaitement ce qu'il fait, ne peut juger de ensemble et du résultat de son travail que -

quand la tapisserie est terminée, c’est-a-dire quand il est trop tard pour remédier a ses défauts. Autre incon-— venient: le carton étant placé sous la chaine, ne recoit lalumiére que par l’intervalle des fils de ebaine. La

tapisserie devient donc comme une contre-épreuve du

tableau : elle est affaiblie et a moins d’effet. Les perfectionnements introduits dans la fabrication par Vaucanson, sur les instances et d’aprés les indica-

+7. age

Pockets de- Neilson, le champion de la bike se, furent. déclarées supérieures a celles de Cozette — e: et rie i eee de la ae eS

nts Paige: cédent les contemporains,

De ce qui précede il résulte que la basse lisse. coltite << nsiblement moins cher que la haute lisse, mais qu'elle | est aussi généralement inférieure au point de vue du

e.- Toutefois cette infériorité ne frappe que les ic, :

‘és.

Jil faut surtout se res de croire qu’il existe des eo

érences matérielles poeta de Se facile-

trait Puen de constater que Von a sane soi une enture de basse lisse, et encore la comparaison de la nture avec le carton n’est-elle que rarement possible. Une inscription est-elle renversée, il est certain quel’on a affaire a la basse lisse. Les hommes du métier —c’est . Darcel qui Vaffirme — retrouvent parfois 4 l’envers une piéce quelques légéres différences dans la « liure » — ‘des fils de couleurs différentes et juxtaposées, mais c’est la un simple détail de fabrication, qui n’influe en rien sur le résultat ni sur llaspect, - — ie talent des tapissiers mis a partt,

Page 1