‹ La tapisserieChapitre 50 sur 182 · CHAPITRE VI. 1 Ok · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 1 Ok

document de 1464 déclare déja fort ancienne et fort précieuse. On y voyait les empereurs accordant des priviléges aux abbés de ce monastére, avec les inscriptions correspondantes. Les figures étaient tissées (intexta pannis). L’attribution au xm® siécle résulte de ce fait que la série des empereurs s’arrétait 4 Henri V (1106-1125).

Gravité, besoin de pondération et de solennité, tendance a l’abstraction, tels sont les caractéres dominants de la tapisserie vers le milieu du xm siécle : ce sont, on le voit, les traits qui distinguent le style roman lui-méme, alors parvenu a son entier épanouissement. A des sculpteurs, 4 des peintres, 4 des décorateurs ignorant si complétement la nature, sachant si bien réfréner leurs passions ou assoupir leur imagination, il en cotitait peu de se soumettre aux exigences de l’art conventionnel par excellence, l’architecture ; ils n’avaient aucun sacrifice a faire pour donner 4 leurs figures soit la régularité de traits, soit ’immobilité hiératique, sans lesquelles les graves, amples et majestueuses constructions quwils étaient chargés de décorer n’auraient pas produit leur plein effet. Rien de plus décoratif, a cet égard, que le Christ bénissant, du déme de Halberstadt : comme la sévérité de son attitude, son geste pondéré, la simplicité des draperies, s’harmonisent bien avec l’édifice qui lui sert de cadre! On ne saurait méconnaitre le -progrés réalisé sur les tentures de l’4ge précédent, notamment sur celle de Bayeux, ou J’artiste, tout entier A sa narration, ne s’est nullement occupé d’équilibrer les masses, de former des groupes, en un mot de composer.

Au point de vue technique, le xu* siécle marque égalétient un progrés considérable : déja la premiere crdisade (1096-1099) avait de nouveau familiarisé ’Europe avec les chefs-d’ceuvre de la tapisserie byzantino- 6Fientale, lorsque; en 1146, a la veille d’une nouvelle ~

-troisade, Roger, a la suite d’une expédition victofiéuse contre Corinthe, Thébes et Athénes, emmena en captivité les ouvriers en soie qu’il y trouva. II les installa dans sa capitale, Palerme, ou ils ne tardérent pas A former des éléves. A partir de ce moment, cet art, que les Grecs, seuls parmi les chrétiens, connaissaient et pratiquaient, Gessa d’étre un secret pour les habitants de Europe latine. Les tissus sortis des manufactures siciliennes n’étaient, il est vrai, que des brocarts, des damas, des. satins et autres étoffes analogues, exécutées a Vaide de machines; néanmoins, Vintroduction de la soie dans des contrées qui auparavant ne connafssaient que de réputation ce produit précieux est un événement trop considérable pour étre négligé darts une histoire de la tapisserie.

Jusqu’ici le lecteur nous a souvent vu.hésiter a imtérpréter dans un sens plutét que dans un autre les termes relatifs 4 Part textile, dont les chroniques ou les inventaires du’ moyen age. se montrent si prodigues. S’agissait-il de tapisseries exécutées 4 main libre, de brocarts et tissus-analogues, ou bien de broderies ? Le doute était permis, surtout en présence de Vimportante tenture de la. Conguéte de l’Angleterre, ouvrage | incontestablement brodé, non tissé. A partir du xue siécle, et a cet €gard nous sommes forcé de nous séparer

CHAPITRE VI, 63 de immense majorité des archéologues modernes}, fy ae Nl

Sa)

TAPISSERIE DE HAUTE Lisse. x¥°=xaz1° SIECLE,

les spécimens conservés dans les églises ou les musées,

1. Voy. notamment l’Histoire générale de la Tapisserie, section francaise, p- 7.

(Musée de Lyon.)

94 LA TAPISSERTE.

surtout de l’Allemagne, prouvent jusqu’a la derniére évidence que le procédé de la haute lisse était universellement connu. Nous citerons en premiere ligne une tapisserie provenant de l’église Saint-Géréon de Cologne et dont des fragments, vendus par. le chanoine Bock, sont conservés au musée de Lyon, au South-Kensington Museum et au musée de Nuremberg. Voici comment le juge le plus compétent, M. Darcel, Vadministrateur de la manufacture des Gobelins, s’exprime a ce sujet: « Cette tapisserie ne saurait €étre postérieure au x1® siecle... Loin de partager Popinion de M. Essenwein, qui croit qu’elle sort d’un atelier de Byzance, nous croirions volontiers qu'elle a été fabriquée plus prés dé nous, mais sous Vinspiration de quelque étoffe d’Orient. Le tissu en est lache, les couleurs se réduisent au vert et au brun, au bleu et au rouge, sur un fond qui a peut-étre été coloré jadis*. »

Les tapisseries du déme de Halberstadt semblent pouvoir revendiquer une antiquité presque aussi haute. Cette suite, qui est suspendue au-dessus des stalles du choeur, se compose de deux parties,mesurant chacune 43 pieds de long sur 3 pieds 1/2 de haut. On y voit, a cété des scénes de Ancien Testament (Vie d’Abraham, Songe de Jacob), les figures du Christ et des douze apotres, celles de saint Georges tuant le dragon, celles de Caton (avec une banderole portant Vinscription : Denigrat ‘ meritum * dantis * mora), de Sénéque (Qui cito : dat * bis * dat), enfin d’un roi ou d’un empereur désigné par les mots Karolus * rex, sans doute Char-

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