‹ La tapisserieChapitre 53 sur 182 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tant sur la signification mystique des tentures du temple de Jérusalem (p. 26)!

Dans les chateaux, ’emploi des tapisseries comme tentures ne tarda pas aussi 4 devenir général. Beaucoup de salles, notamment du xrv° siécle, ont conservé les clous 4 crochet qui servaient 4 suspendre ces tapisseries, maintenues seulement au chef, tombant jusqu’au sol et masquant les portes. « I] faut observer, ajoute Viollet-le-Duc, auquel nous empruntons ce passage, que, dans les distributions intérieures, on ne ménageait point de ces portes larges de quatre a cinq pieds, comme on le fit vers le milieu du xvi° siécle, mais seulement des baies larges de trois pieds au plus et hautes de six pieds, qui, souvent méme, n’étaient pas munies de vantaux. Une fente verticale, pratiquée dans la tapisserie, permettait aux entrants et aux sortants de passer en soulevant l’un des pans de la tenture. Derriére ces tapisseries on pouvait se cacher; aussi, chaque fois’ que on voulait étre seul, on avait soin de tater la tapisserie autour de la piéce. Dans la tragédie de Shakespeare, Hamlet, apercevant que quelqu’un écoute, derriére la tenture, son entretien avec sa mére, tire son épée et perce Polonius a travers la tapisserie. Qu’on se figure la scéne d’Hamlet au milieu d’une piéce enti¢rement tendue de tapisseries dont les franges trainent a terre : l’action du héros est d’un effet terrible; mais que Polonius soit caché derriére une portiére comme un enfant jouant a cligne-musette, Polonius est un niais et le coup d’épée l’acte d’un enragé!.»

Rede Dictionnaire du mobilier.

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Mais le réle des tapisseries ne se borne pas a-la décoration des intérieurs; comme dans l’antiquité, elles interviennent partout ot l’on célébre une féte, sur les places publiques, dans l’enceinte des tournois, dans les camps. A Rome, lors du couronnement du pape Grégoire IX, en 1227, des tapis tissés en Egypte, ou teints

dans l’Inde et dans la Gaule, recouvrent la place du Latran; a Génes, lors de Ventrée d’Innocent IV, en 1244 et en 1251, les rues sont pavoisées de draps d’or et de soie, d’étoffes de pourpre, de tentures peintes : «pictis tapetibus». Puis viennent les banniéres qui flottent au milieu des cortéges religieux et militaires’, les housses de chevaux aux riches armoiries, les tentes d’écarlate, « brodées de riches ceuvres», telles que celle que saint Louis envoya, en 1248, au khan des Tartares, et qui contenait l’Adoration des Mages et des Scenes de la Passion. Les applications des tapisseries deviennent si nombreuses et si variées que l’on finit par donner a celles-ci des noms particuliers, selon la place qui leur était assignée. Celles qui formaient Pintérieur de la tente et servaient de tapis de pied, de table ou de lit, se nommaient aucubes; celles qui recouvraient la charpente et les toiles extérieures de la tente, trefs (de trifolium), parce que la tente était, dans Vorigine, composée de trois piéces d’étoffes triangulaires de différentes couleurs. La chanson d’Auberi de Bourgogne nous fait connaitre une de ces tentes :

Du tref sont large li giron, Bestes sauvages i ot a grant fuison :

1. Voy. sur l’emploi des banniéres tissées ou brodées les Recherches de M. F. Michel, t. Il, p. 347, 348, 359.

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Li trés fu riches; nul meillor ne vit-on, Vermaus et indes, et de mainte faison.

Sor le pomel ont assis le dragon, Dont li oil luisent ausi que d’un charbon.

Picrres i ot qui sunt d’un gran renon; Par nuit oscure tout cler y véoit-on

’ Plus dune archie entor et environ.

La mer i fut pourtraicte e li poisson, Et tuit li oir de France le roion, Des Cloevis qui tant fut loiaus hom.

Seoir y puent bien quatre cent baron!

Si nous considérons les sujets représentes sur les tentures de cette époque, — qu'il s’agisse de tapisseries de haute lisse ou de broderies décoratives imitant les tapisseries, — nous constatons, ici encore, lextension prise par notre art. Sans doute les compositions religieuses sont encore en grand nombre; nous citerons parmi elles les grandes tentures (panni magni) faisant partie du trésor de I’Eglise sous Boniface VIII (1295), Tune avec la Céne, encadrée de pampres dorés, d’autres avec le Christ ayant a ses cétés saint Pierre et saint Paul dans une gloire d’anges, des figures d’Evéques; puis les « dosserets » donnés par le méme pape a la cathédrale d’Anagni: Histoire de Samson, le Christ en croix avec la Vierge et des saints, etc.

Cependant Vélément profane a acquis dés lors une importance qui ira croissant d’année en année. Dans son poéme intitulé Der Aventiure Krone, composé vers 1220, le poéte allemand Henri von dem Turlin décrit des tentures représentant l’Histoire de Paris et d’Héléne, Histoire de Troie, Histoire d’Enée. Vers

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