‹ La tapisserieChapitre 57 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

spontané. I] faut pour cela des républiques municipales,

ou de petites cours correspondant a des divisions naturelles. La maison de Bourgogne réalisa quelques-unes de ces conditions; mais le mauvais gott flamand la maintint dans un luxe vulgaire, pesant, sans idéal. Louis @ Orléans est bien déja un homme de la Renaissance,: mais le manque. de sérieux le perdit. Toutes les his-:

toires italiennes n’ont personne 4 comparer a Charles V-

pour la droiture et le bon sens; mais cet excellent souverain garda toujours, en fait de gotit, quelque chose de lourd, de commun, de. bourgeois, il est permis de le dire. Le grand art n’est ni le fruit d’efforts honnétes ni le jeu frivole d’aimables étourdis. I] y faut du génie. On ne doit pas oublier que cette Italie, qui produisait la renaissance des arts, préludait en méme temps a la renaissance des lettres et de la pensée philosophique, a ce grand éveil, en un mot, qui, trop tot contrarié chez nous, replacgait ’humanité dans la voie des grandes choses, dont ignorance et l’abaissement des esprits Vavaient écartée. » :

Aprés avoir défini le mouvement général des esprits au xiv° siécle, essayons de suivre les évolutions de la tapisserie pendant cette époque, de montrer dans quelle mesure elle subit Vinfluence du gout contemporain, dans quelle mesure elle lui servit d’organe,.

Ce n’est pas sans motif que nous avons ouvert ce chapitre par le tableau de Vart: francais : dans les derniéres années. du. xmi* et dans les premieres du xive siécle, la production de la tapisserie se concentre

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dans les provinces du centre et du nord de la France ainsi que dans les Flandres. Paris, Arras, Bruxelles s’assurent pour longtemps la suprématie, grace a l’habileté de leurs ouvriers, plutdt que par suite d’inventions nouvelles. Le reste de PEurope s’*habitue insensiblement 4 recourir 4 ces grands centres si savamment organisés, et désapprend la technique qui lui avait été si familiére. Lorsque, cent cinquante ou deux cents ans plus tard, VItalie, ’Espagne, l’Angleterre, VAllemagne voudront s’affranchir d’un tribut devenu trop lourd, elles seront réduites 4 demander aux haute lissiers franco-flamands de lui enseigner 4 nouveau des secrets que ceux-ci avaient faits leurs, par une pra-

tique séculaire.

Les faits ci-dessus produits restreignent singulic- .

ment l’intérét du débat qui s’est engagé dans les derniers temps entre les champions de Paris et ceux d’Arras. Il est certain qu’aucune de ces deux villes n’a eu la gloire d’inventer l’art de la haute lisse: elles se sont seulement appliquées, selon toute vraisemblance vers la méme époque, a porter 4 un plus haut degré de . perfection la fabrication des tapisseries décoratives. Dés la seconde moitié du xine siécle, Paris était le centre d’importantes industries textiles. Le Livre des métiers d’Etienne Boileau énumére, a cété des contepointiers, des fileuses de soie, des faiseuses d’aumoniéres, des brodeurs ou plutét des brodeuses (car cellesci étaient en majorité dans la corporation, qui comptait alors prés de quatre-vingt-dix membres), les tapissiers sarrazinois (1277), enfin les tapissiers nostrez (1295).

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