CHAPITRE VIII
fat aussi brillamment garni que celui du roi. On jugera de sa richesse par la liste des tentures conservées, en 1403, dans les appartements que le duc occupait a Paris’.
La prospérité des ateliers parisiens était intimement li€e ‘aux prédilections de la maison régnante : c’était a eux que profitaient, en premiére ligne, ces achats, ces commandes sans nombre, dont les Flandres bénéficiaient d’ailleurs aussi, quoique dans une mesure plus restreinte.
Deux artistes considérables, dontla biographie vient seulement d’étre élucidée?, personnifient les évolutions de la tapisserie parisienne dans le dernier tiers du xive siécle, cest-a-dire pendant tout le régne de Charles V et pendant une partie de celui de son successeur Charles VI. Le premier d’entre eux, Nicolas ou Colin Bataille, citoyen de Paris, fait son apparition en 1363; il meurt entre 1402 et 1406; dans l’intervalle (il était ala fois fabricant et marchand) on le voit défrayer le roi, ses fréres ou ses oncles, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, Louis Ie", duc d’Anjou, la cour, et méme les souverains étrangers, tels que Amédée VI, comte de Savoie, d’innombrables tentures, aussi intéressantes par le sujet que précieuses par la main-d’ceuvre.
Une de ces tentures existe encore, du moins en
1. Champollion-Figeac, Louis et Charles, ducs d’Orléans, Paris, 1844, 17° partie, p. 248-250.
2. Voy. le travail de M. Guiffrey intitulé Nicolas Bataille, tapissier parisien du xiv° siécle, auteur de la tapisserie de l’A pocalypse d’Angers ; Paris, 1877, et les Tapisseries francaises, publiées par leméme auteur dans l’Histoire générale dela Tapisserie.
partie : c’est Apocalypse dela cathédrale d’Angers, Commencée en 1376, pour le compte de Louis d’An-
jou, cette suite célébre fut continuée par les soins
d’Yolande d’Aragon, postérieurement a 1417; René d’Anjou y fit travailler pendant la période comprise entre 1431 et 1453; la derniére piece y fut ajoutée en 1490 seulement par Anne de-France, fille de Louis XI.
L’ensemble de cette immense composition, dit M. de Farcy dans l’intéressant travail qu’il lui a consa- Lets entiérement tissé en laine de différentes couleurs sur une chaine de laine blanche, comprenait primitivement un nombre considérable de tableaux, distribués en sept piéces ou morceaux de tissus, ayant chacun une hauteur de cinq métres environ sur une longueur approximative de 24 métres... Chaque piece était composée d'un grand personnage assis dans une niche gothique et méditant sur l’Apocalypse et de deux séries de sept tableaux superposés, l’un a fond bleu, lautre a fond rouge, disposés en forme de damier, et dont la hauteur était égale a celle de la niche. La composition se déroule de gauche a droite, en commengant par le rang supérieur et en revenant ensuite au rang inférieur dans le méme ordre. Entre les deux séries de tableaux régnait une bande brune, tranchant vigoureusement sur les encadrements grisatres de chaque tableau, et contenant en lettres gothiques, blanches ou rouges, de six centimétres de hauteur, les versets correspondant a chaque scéne de la rangée supérieure, Méme disposition
1. Notices archéologiques sur les tentures et les tapisseries de la cathédrale d’ Angers. Angers, 1875, p. 21-23..
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