CHAPITRE VIII
L’inventaire rédigé dans les derniers temps du régne
de Charles V, en 1379-1380, nous apprend avec quelle ardeur ce roi, surnommé le Sage, recherchait les précieux tissus sortis des ateliers francais ou flamands. A cété @innombrables tapis velus, a cété de tapisseries a
-armoiries dépassant le chiffre de cent trente, nous—
LA PRESENTATION AU TEMPLE (Musée des Gobvel'ns.)
trouvons la description de trente-trois grandes tentures (conservées au Louvre), dont quelques-unes étaientcomposées de plusieurs piéces, et qui, sous le titre de « tapis 4 images», servaient a la décoration des parois?.
« Les ducs d’Anjou, de Berry et d’Orléans forment dans la cour de France, et parallélement 4 la cour des
ths Labarte, Inventaire du mobilier de Charles V, roi de France. Paris, 1879, p. 378 et suiy.
ducs de Bourgogne, comme une auréole éclatante dont il est bien difficile de détourner les yeux. » Ces paroles du marquis de Laborde trouvent une pleine consécration si, de Phistoire des arts en général, nous passons 4 celle de la tapisserie. Le duc d’Anjou se rendit célébre en commandant la tapisserie de Apocalypse destinée a la cathédrale d’Angers, ainsi que diverses autres suites d'un grand prix. Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, remplit également son garde-meuble des tentures
les plus riches, acquises soit a Paris, soit 4 Arras; il
préludait ainsi a un genre de luxe qui devint héréditaire dans sa maison. Quant 4 leur neveu, Louis d’Orléans, nous aurons l’occasion de montrer plus loin quelle inestimable série il sut réunir.
Si Charles VI (1366-1422) mhérita pas du godt si fin de son pére ou de ses oncles, il partageait du moins leur passion pour la magnificence. De 1387 a 1400, il acquit d'un seul tapissier, Nicolas Bataille, plus de deux cent cinquante tapisseries’. Parmi les suites qwil commanda, une surtout mérite d’étre signalée : c’est celle par laquelle il voulut perpétuer le souvenir de la Joute de Saint- Denis (1389) : cettetenture était le produit dela collaboration de Nicolas Bataille et de Jacques Dourdin, c’esta-dire des deux plus fameux tapissiers de ’époque; elle était tissue d’or et de fin fil d’Arras.
Le roi Charles VI trouva un émule dans son frére, le duc Louis.d’Orléans, l’époux de Valentine Visconti. Ce prince ne négligea rien pour que son garde-meuble
1. Guiffrey, Histoire générale de la Tapisserie. Tapisseries francaises, p. 14.
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