CHAPITRE VIII
Le témoignage le plus flatteur 4 coup stir que les haute lissiers d’Arras aient pu ambitionner leur fut donné par un des plus farouches conquérants dont Phistoire ait conservé le souvenir, Bajazet. Le fils de Philippe le Hardi ayant été fait prisonnier 4 la bataille de Nicopolis, en 1396, l'envoyé chargé de négocier sa mise en liberté rapporta que le sultan « prendrait grant plaisance a veoir draps de hautes-lices ouvrés a Arras, en Piquardie,* mais qu’ils fussent.de bonnes histoires anchiennes ». Philippe le Hardi suivit ce conseil; il expédia deux sommiers chargés de « draps de haute-lice, pris et faits a Arras, les mieulx ouvrés que on puet trouver deca les monts. » Le sujet de ces tentures était Histoire d’Alexandre.
Cette réputation européenne, les tapissiers d’Arras la devaient-ils al’emploi d’un procédé spécial, a la pratique exclusive de cette industrie de la haute lisse, qui pendant quelque temps semble avoir été considérée comme un secret? Nous nele croyons pas, et nous nous associons pleinement, a cet égard, aux judicieuses observations de M. Pinchart : la supériorité du tissu et de la tein-
ture, telles ont été les uniques causes de la vogue des
« Arazzi». Les mentions, si fréquentesdans les documents du temps, del « ceuvre d’Arras », du « fin fil d’Arras », prouvent bien que par tapisserie d’Arras les contemporains entendaient désigner, non un genre de tapisserie spécial, mais les tapisseries les plus riches, les plus parfaites, les plus précieuses qui se fissent alors.
La communauté de traditions et d’aspirations nous autorise a croire que dans les provinces wallonnes et
flamandes, aussi bien que dans les provinces frangaises proprement dites, le public affectionnait les mémes représentations, et que les artistes les traitaient dans un style peu different. En ce qui concerne ce dernier point, il nous serait difficile, vu la rareté des tapisseries de cette époque, d’asseoir notre jugement sur un ensemble d’observations concluant. Quant aux sujets a la mode,
les inventaires du temps se chargent. de nous les faire ©
connaitre dans le plus grand deétail : nous y voyons que Vhistoire sainte, les romans de chevalerie, les scénes contemporaines, l’allégorie, se partagent tour A tour les prédilections des amateurs franco-flamands.
Parmi les tentures inspirées de ]’Ancien ou du Nouveau Testament et des actes des martyrs, je me bornerai a citer Histoire d’Esaii et de Jacob, \ Histoire de Judas Macchabée, la Vie de Jésus-Christ, ’ Histoire de la Passion, le Couronnement de la Vierge, \ Histoire de saint Georges, \'Histoire du Credo.
Bien plus nombreuses sont les représentations empruntées a la littérature profane, a ce cycle moitié mystique, moitié historique, qui avait fini par faire partie intégrante de la vie intellectuelle du moyen age. Nous remarquons|’Histoire de Charlemagne, | Histoire duroi de France et ses douze pairs, \ Histoire de Renaud de Montauban, \ Histoire de Doon de la Roche, | Histoire de Beaudouin de Sebourg, | Histoire de Perceval le Gallois, ) Histoire du fils du roi de Chypre en quéte d’aventures, l Histoire de Guillaume d’Orange, | Histoire du roi de Frise, etc. L’antiquité, qui tient une grande place dans cet ordre de représentations (Histoire de Jason, Histoire a@ Hector, Destruction de Troie, Histoire de Theseus et
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