‹ La tapisserieChapitre 66 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

delaigle d'or, Histoire dela reine Penthésilé, Conquéte de Babylone par Alexandre le Grand, etc.), n’est naturellement vue qu’a travers les romans de chevalerie.

‘Parmi les compositions empruntées aux événements contemporains ou a la vie de tous les jours, il faut citer la Bataille des Trente, Histoire de Bertrand Duguesclin, la Bataille de Rosebecque, la Bataille de Liége, les Joutes de Saint-Denis, des Scénes de chasse, des Chevaliers et dames, des Bergers et bergeéres.

Enfin Vallégorie, qui célébrera ses plus beaux triomphes au xv¢ siécle, commence dés le xrve A marquer sa place dans la tapisserie : A cété du Roman de la Rose, du Chateau de Franchise, de Bonne Renommeée, de Plaisance et Liesse, nous rencontrons les Vertus et les vices, sujet si souvent traduit sur le métier de haute lisse, les Sept péchés capitaux, les Sept complexions (les sept tempéraments), Arbre de la vie, la Fontaine de Jouvence.

On le voit, dés ce moment, la peinture en tapisserie Vemporte sur la peinture a tempera, ou a fresque, ou sur verre, par la variété des idées qu’elle met en ceuvre, et, on peut l’ajouter, du moins pour les contrées situées de ce cété-ci des monts, par importance des compositions. Quant ala miniature, si elle embrasse un domaine aussi vaste, elle n’exerce pas, tant sans faut, la méme influence. Confinés dans les « librairies » des souverains ou dans le trésor des églises, ses produits ne frappent que rarement les yeux des amateurs; a plus forte raison pas ceux du vulgaire.

L’Allemagne ne compte pas, au xiv? siécle, d’ateliers

ee

comparables 4 ceux de la France ou des Flandres; ses tentures ne se distinguent ni par la richesse dela matiére ni par le fini de la main-d’ceuvre. Mais ily a en elles de l’originalité et de la saveur. Exécutées loin des grands centres industriels, dans les couvents ou dans les chateaux, si elles n’ont pas la perfection des splendides « draps historiés » de Paris, d’Arras ou de Bruxelles, elles n’ont pas non plus la banalité inséparable de productions fabriquées par grandes masses, dans un milieu industriel autant qu’artiste. :

En Allemagne, comme de ce cété-ci du Rhin, les artistes, sans renoncer aux sujets religieux (voy., cicontre, la reproduction d’une tapisserie exécutée a Nuremberg, vers 1375) puisent dans les fictions ou les souvenirs particuliers au moyen 4ge. Ici, dans une tenture appartenant au grand-duc de Saxe-Weimar et exposée au chateau de la Wartburg, nous voyons un combat d’hommes nus, les uns attaquant, les autres défendant une forteresse : malgré l’ardeur de la lutte, les armes dont se servent assiégeants et assiégés n’ont rien de meurtrier: ce sont des fleurs. L’aspect.du champ de bataille n’éveille pas non plus d’idées attristantes : sur une pelouse émaillée de fleurs, oiseaux, Japins, écureuils s’ébattent et folatrent sans se laisser troubler par les cris des combattants. La composition est complétée, 4 gauche, par un banquet. Dans les airs on voit flotter des banderoles portant des inscriptions en allemand. Tout, dans cette tenture, que l’on attribue a la premiére période du style gothique, respire la grace, la poésie. °

Une autre tapisserie, appartenant au prince de

Page 1