‹ La tapisserieChapitre 73 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

fanes ou religieuses conservées dans les garde-meubles des potentats de l’époque, les ducs de Bourgogne, les rois de France, les papes !

Les progrés du luxe vont de pair avec l’émancipation des idées et avec la soif croissante de jouissances. L’action de ces facteurs sur le développement matériel de l’art dont nous esquissons Vhistoire ne saurait étre mise en doute. En est-il de méme de leur influence sur le style de la tapisserie, ou du moins cette influence a-t-elle été féconde? Le triomphe du naturalisme, en d’autres termes, la connaissance plus profonde, on serait presque tenté de dire la découverte, de ’homme et de la nature, ne devaient-ils pas troubler la majestueuse ordonnance des compositions du moyen age, exposer l’artiste a sacrifier les grandes lignes pour s’égarer dans le détail, enfin rompre le lien qui rattache les arts décoratifs 4 architecture, le plus abstrait des arts?

H est certain que, de ce cé1é-ci des monts, une tendance facheuse tend a prévaloir dans la nombreuse catégorie des compositions a sujets chevaleresques ou a sujets légendaires. La plupart des artistes, renongant a choisir, 4 classer, 4 grouper, cherchent a éblouir par Vamoncellement des figures, le luxe des accessoires, Une abondance factice, qui n’est au fond que de la stérilité, remplace les habitudes de synthése de la période précédente; tous les acteurs et tous les épisodes paraissent également bons. Le moyen Age avait formulé ses idées au moyen d’un petit nombre de figures, disposées avec goltit; le xve siécle, poussant jusqu’a ses dernié¢res limites Vesprit d’analyse, s’attachera au contraire a

einer ahs!

donner a ses récits le plus de prolixité possible. Jusqu’a ces derniéres années, ignorant quels admirables spécimens de la tapisserie de ce temps se cachaient dans les garde-meubles princiers ou dans les collections particuli¢res, on a jugé avec trop d’indulgence des suites aussi étendues qu’ennuyeuses, et ou il n’y a ni force d’invention, ni sentiment dramatique, ni talent d’exposition. C’est une tendance contre laquelle il est temps de protester.

L’évolution qui vient d’étre indiquée devait avoir un autre résultat encore: la plupart des artistes, j’entends ceux de la France et des Flandres, entrant de plus en plus dans la voie du réalisme, se contentent des formes imparfaites que leur fournit le milieu dans lequel ils vivent; de la, les types vulgaires, les costumes disgracieux, qui déparent un si grand nombre de tapisseries.

Nous avons hate d’ajouter que si étude plus approfondiede la nature a pu enlever aux personnages sacrés, aux héros et héroines des romans de chevalerie, aux figures allégoriques, le caractére idéal que leur avait donné le moyen Age, en revanche, a d’autres égards, elle a exercé influence la plus heureuse: grace a l’amour avec lequel les maitres flamands du xve siécle, les Van Eyck, les Roger, les Memling, les Bouts, ont représenté la végétation, nous avons désormais pour les figures un cadre nouveau; le paysage prend naissance; 4 cété de Pélément narratif se place la poésie lyrique. Rien ne se saurait imaginer de plus frais ni de plus brillant que les fleurs qui, surtout dans les scénes empruntées a l’Evangile, ornent le premier plan de la tenture; ce ne

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