CHAPITRE Ix
nous suffise de dire que, de 1423 a 1467, on ne trouve pas moins de 59 maitres tapissiers établis dans la capitale de l’Artois.
La prise de la ville par Louis XI, en 1477, l’expulsion de ses habitants, en 1479, portérent a ses ateliers un coup dont ils ne se relevérent pas. C'est bien a tort qu’on leur a fait honneur du tissage des cartons de Raphaél : a ’époque ou Vauteur des Actes des Apétres composait cette suite sans rivale, il y avait longtemps que la déchéance d’Arras était consommeée : on y comptait peut-étre encore quelques tapissiers, mais certainement plus une école de tapisserie digne de ce nom.
On ne posséde que peu de données sur histoire de la tapisserie 4 Bruxelles pendant le xve siécle. Nous savons seulement que vers 1448 la corporation des tisserands de tapis fut réorganisée et prit le nom de « Legwerckers Ambacht » (métier des tapissiers). Voici les dispositions générales de ses statuts: Pour étre recu maitre, il faut étre bourgeois de Bruxelles et avoir appris le métier. Chaque maitre ne peut avoir plus d’un apprenti, non compris ses enfants; ceux-ci sont assujettis, comme les autres apprentis, 4 un stage de trois ans, mais ils ne sont tenus que de travailler trois jours par semaine. L’étranger peut travailler comme maitre a Bruxelles, s'il prouve qu'il a appris le métier pendant trois ans dans une autre ville et s’il paye les redevances fixées. Les mesures les plus rigoureuses sont prises pour assurer la bonne exécution des marchandises. Nulle tapisserie ne peut étre mise en vente si elle n’a été examinée, approuvée, scellée. Une disposition postérieure
réegle les rapports des tapissiers avec les peintres. Les tapissiers sont autorisés 4 dessiner, l'un pour J’autre, des étoffes, des arbres, des animaux, des barques, de Vherbe, etc. pour leurs verdures, c’est-a-dire pour les tapisseries représentant des paysages; ils ont en outre le droit de compléter ou de corriger eux-mémes leurs cartons au charbon, 4a la craie, 4 la plume. Pour tout autre genre de travail ils sont forcés, sous peine d’amende, de s’adresser a des peintres de profession.
La plus ancienne mention d’achats de tapisseries faits 4 Bruxelles par la maison de Bourgogne date de 1466 :a ce moment, Philippe le Bony acquit une suite de Histoire d’Annibal, en six piéces, et une suite de huit verdures 2. Cependant il est certain que dés lors les ateliers bruxellois rivalisaient avec ceux d’Arras, en attendant qu’ils les remplacassent.
Les ateliers de Tournai, qui, nous l’avons vu, remontaient au xiv° siécle, prirent également un grand développement vers le milieu du siécle suivant. C’est aux haute lissiers de cette ville que Philippe le Bon confia, de 1449 41453, lexécution de la célebre Histoire de Gédéon ou Histoire de la Toison d’or, en huit pieces, du prix de 8,960 écus. Cette suite, tissue de sole, d’argent et d’or de Venise, reproduisait les cartons de Baudouin de Bailleul, cartons que le duc racheta pour la somme de 300 écus; elle existait encore en 1794, époque a laquelle on en perd la trace. Une tenture de
1. Wauters, les Tapisseries bruxelloises, pages 31 et suivantes.