SCÈNE IY
MADAME D’HARVILLE, seule.
Cette fille est insupportable ! dire que mon ennui tient du veuvage!... Serai-je plus heureuse quand M. Roland... car, pour éviter ce maudit procès, j’ai promis ma main à M. Roland, qui se rapproche beaucoup de M. d’Harville... Certaiment un homme jeune, aimable... me conviendrait mieux... mais s’en est-il présenté?... Au fait, Florine a peut-être raison... j’aurais dû aller dans le monde... Eh bien! non ! ce que j’aurais voulu, c’est quelqu’un qui aurait su me découvrir dans ma retraite. On m’a quelquefois reproché d’avoir l’esprit romanesque ; il me semble que l’amour doit se présenter sous une forme imprévue et aventureuse... mais dans ce désert... car nous sommes ici au bout du monde... (Elle s’est approchée de la fenêtre et du guéridon.) Boil ! .. Voilà Une de mtS tasses de vieux Sèvre brisée... c’est sans aucun doute mademoiselle Florine... Mais non... une pierre et ce papier... un billet ! pas d’adresse... voyons. (Elle lit.) « Je ne puis vous cacher plus longtemps ce qui se passe dans mon âme. Dès le premier instant où je vous ai vue, j’ai éprouvé un sentiment qui ne s’éteindra qu’avec ma vie. Vous contempler est le bonheur de chacun de mes jours ; entendre de votre bouche que cet aveu ne vous déplaît pas, serait pour moi le comble de la félicité... » Pas «le signature!... ce billet est pour moi, je n’en puis douter... Mais quel est ce mystérieux correspondant qui me contemple chaque jour : un voisin, sans doute. (Près de u fenêtre.) Vis-à-vis il n’y a qu’une seule maison entre deux longs murs de jardin... c’est delà que la lettre est partie... si je pouvais, sans être vue!... Au premier étage, les fenêtres fermées... au second, de même... au troisième... Ah! une terrasse, des fleurs et un jeune homme... il regarde de ce côté... il m’a aperçue. (Elle se retire vivement.) C’est lui... comment avoir des renseignements sur ce jeune homme qui ose se permettre de... de casser mes porcelaines?... Ah !...
(Elle sonne.)