SCÈNE III
Air de V Apothicaire.
Ah! dam’ il n‘ faut, pas s'effrayer,
La natur’ veut qu’on persévère;
Tant qu'on le peut, faut essayer.
Jusqu'à c’ qu’on trouve son affaire.
Un vieux n’ vous a pas réussi.
MADAME d’hARVILLE.
Plein de défauts insupportables!..
Peut-êtr’ que d'un jeune mari.
Les défauts sont plus agréables... - Essayez d’un jeune mari.
Ses défauts doiv’nt être agréables.
MADAME D’HARVILLE
Taisez-vous, Mademoiselle.
FLORINE
Je me tais. (Moment de silence.) Après ca, il n’est pas étonnant que Madame s’ennuie... Ne vous fâchez pas. Madame je répète ce que tout le monde dit. ’ J
MADAME D’HARVILLE
Voyons... que dit-on?... puisqu’il n’y a pas moyen de vous empecher de parler 1
FLORINE
On dit que Madame prend le veuvage trop au sérieux... et que, lorsqu on a son âge et sa figure, on n’a pas le droit de vivre dans la solitude.
MADAME D’HARVILLE
Quels propos ridicules! comme si je pouvais courir le monde, seule et sans guide... surtout un monde comme celui de Pans. Lorsque je perdis M. d’Harville, il y a dix-huit mois je serais restée en province, si un procès ne m’eût appelée à Pans. Les convenances exigeaient que je vinsse demeurer ici, près d une parente respectable.
FLORINE
Qui a le tort d habiter un quartier désert... presque à la campagne... mais je crois que Madame n’a plus de procès... ?
MADAME D’HARVILLE
Non ; M. Roland, le parent de mon mari, qui me disputait son héritage, renonce à ses prétentions.
FLORINE
A 1 héritage ; mais on dit que, malgré son âge mûr, il a des prétentions à la main de Madame.
MADAME D’HARVILLE, se levant*.
Assez, Mademoiselle, tous ces propos me fatiguent .
. . FLORINE, à part.
Et moi qui croyais la mettre de bonne humeur... j’ai bien réussi; quand elle s’apercevra... (euc sort.)
* Florine, madame d’Harville.