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II. — Les régions naturelles

La Tchécoslovaquie est un pays de terres hautes. Sur sa carte hypsométrique. la teinte <i'altitude dominante est celle de 300 mètres et au-dessus. Le sol de la Bohême, du Nord de la Moravie et de la Silésie occidentale est un vieux plateau granitique qui appartient aux plus anciens soulèvements de l'Europe ; et en Slovaquie les montagnes, Tâtry (Tâtras), Métallifères, Petites Carpathes, forment un noyau de terrains anciens qui fait face à la Bohême, Entre les deux se gUsse la vallée de la Morava, plaine fertile qui, franchi l'obstacle des Petites Carpathes, se continue entre le Danube et les montagnes slovaques dans le bassin de Bratislava (Presbourg), l'ancienne " petite plaine hongroise ». Au delà du massif des Tâtry, à l'Est, les hauteurs des Carpathes sont bordées au Sud d'une plaine fertile, dont une bande seulement appartient à la Tchécoslovaquie, le gros à la Hongrie.

En Bohême, ]\Ioravie et Silésie, les montagnes tracent les contours du pays, dans les trois chaînes bordières du losange de Bohême : Cesky Les, (Forêt de Bohême, Bôhmerwald) ; Rudohofi (Monts Métalliques, Erzgebirge) ; Kekonose (Monts des Géants, Riesengebirge), puis dans le Jesenik (Gesenke). Les altitudes restent partout au-dessous de 1.500 mètres, sauf au sommet culminant, dans les monts des Géants, la Snëzka (Schneekoppe), dont la cime est traversée par la frontière entre Prusse et Bohême. Toute cette ceinture de montagnes, couverte d'épaisses forêts, surtout de pins superbes, traversée par de frais cours d'eau, aux pentes parfois très rapides, est une région touristique de grand' intérêt : elle abrite des curiosités naturelles comme la ville de rochers de TepUce (Wekelsdorf), des stations de cure d'air,tellesSpicâk(Spitzberg) tout près du coldeZeleznâRuda (Eisenstein), ou Spindelmiilile, au pied de la Snëzka, des thermes connus ou célèbres, Jânské Lâznë (Johannisbad), sur les premières terrasses des Monts des Géants, Marianské Lâznë (Marienbad), à l'entrée de la Forêt de Bohême, Frantiskovy Lâznë (Franzensbad), et Jâchymov (Joachimsthal), la ville du radium, dans les Monts Métalliques ; et dans la vallée de l'Ohfe (Eger), qui court aux pieds des Monts Métalliques, se trouve la plus fameuse des villes d'eaux de Bohême, dont la réputation est universelle, Karlovy Vary (Carlsbad).

Ces montagnes entourent un plateau qui n'est guère coupé que de deux petites chaînes, toutes deux orientées du S.-O. au N.-E. Les Brdy, allongées entre la Forêt de Bohême et le confluent de la Berounka et de la Vltava, près de Prague, culminent à l'altitude de 857 mètres ; les hauteurs de Moravie (Vrchovina Ceskomoravskâ) sont la falaise méridionale du plateau qui, cette barrière francliie, descend en pente douce vers la vallée danubienne ; comprises entre la Luznice, affluent de droite de la Vltava, et la ]Morava, affluent de gauche du Danube, elles séparent les eaux qui vont à la mer Noire de celles qui se dirigent vers la mer du Nord. Leurs plus hauts points ne dépassent guère non plus 800 mètres, et l'entaille des vallées qui se répondent sur leurs deux versants y ouvre de nombreux passages, où sur les routes, et depuis un demi-siècle sur les chemins

de fer, s'est développé un actif courant d'échanges entre les pays de l'Elbe (Labe en tchè:|ue) et ceux du Danube.

Le paysage du plateau de Bohême n'est pas monotone. Des collines au profil arrondi lui donnent souvent de la variété ; le cOurs sinueux des rivières encaissées y met brusquement son charme romantique ; certaines de ces vallées, celle de la Sâzava au Sud de Prague, de la Berounka à l'Ouest, de la Luznice à Tâbor, sont d'un pittoresque saisissant et parfois d'une grandeur un peu sauvage. Au Sud-Ouest, dans la région de Budèjovice (Budweis), les vastes étangs que séparent des bois épais donnent aux larges étendues où se perd le regard une mélancolie douce sur laquelle flotte comme un peu de mystère.

Entre les granits de Bohême et ceux de Slovaquie, que borde vers l'Ouest une bande crétacée, s'insère la large coulée de terrains récents où passe la Morava, frontière des montagnes de Bohême et des Carpathes, sillon profond qui, par la Becva, affluent de gauche de la Morava, mène à la Luna, affluent de gauche de l'Oder (Odra), ouvrant ainsi de la plaine de Pologne aux Alpes danubiennes le fameux passage de la Porte morave. Dans la géographie comme dans l'ethnographie et dans l'ioistoire, la Moravie est une région de transition. Naguère plus soumise que la Bohême à l'attraction de Vienne (Brno, Brûnn, en était, il y a vingt ans encore, tenue presque pour un faubourg), tchèque au Nord- Ouest par la population et la langue, puis passant au slovaque par une insensible dégradation du type et du dialecte, pour la reUgion aussi intermédiaire entre la Bohême hussite et la Slovaquie profondément catholique, sa personnahté est moins marquée, son individuahté moins tranchée que celle des régions protégées par leurs montagnes. Ses frontières courent au Nord-Ouest sur les hauteurs bohêmesmoraves, au Sud-Est sur la crête des Carpathes blanches ; vers le Nord-Est, elle arrive au contact direct de la Haute- Silésie, par une pointe qui, s'insérant entre les deux parties de la Silésie tchèque, les coupe l'une de l'autre, et qui porte le puissant bassin houiller et métallurgique d'Ostrava" Vitkovice (Ostrau-Wittkowitz). Tandis qu'à l'Est du Jesenik la Silésie occidentale ou d'Opava (Troppau) a la nature physique de la Bohême des Monts des Géants,

dont la sépare, enfoncé entre elles comme un coin, le bassin de Glatz, la Silésie orientale ou de Tèsin (Teschen), dont la moitié a passé à la Pologne en 1920, s'adosse aux Beskydes. De sa haute plaine ondulée les pentes s'élèvent doucement vers les sommets de 1.000 à 1.300 mètres, entre lesquels s'ofîrent, autour de 500 à 550 mètres, les défilés qui donnent accès dans la vallée du Yâh, au coude où, passant de sa direction Est-Ouest à son cours Nord-Sud, il ouvre les deux grandes routes de la Slovaquie, la verticale vers le Danube, l'horizontale, au pied des hautes montagnes, vers la Tisa. Si la Bohême est une cuvette aux hauts rebords, et la Moravie un entonnoir allongé entre deux rangées de colUnes, la Slovaquie, elle, est essentiellement un éventail de montagnes, ouvert du Xord-Ouest au Sud, et bordé sur tout son déploiement d'une frange plus ou moins large de plaines. Une carte en relief la montre avec un aspect de Suisse. L'altitude certes, manque : les sommets les plus orgueilleux ne dépassent guère 2.500 mètres, et le géant, l'ancien pic François-Joseph, aujourd'hui pic Masaryk, ne porte sa cîme qu'à 2.663. Mais l'impression du fouillis montagneux, de la masse heurtée, tourmentée, déchiquetée, disloquée, convulsée, est peut-être encore plus puissante que dans les Alpes suisses. Le nœud du système montagneux est ici la haute Tâtra : serrés sur une longueur qui à vol d'oiseau ne dépasse pas 20 kilomètres, les pics illustres, Krivan, Morskie Oko (]Meeraugspitze), pic de Tâtra, Gerlachova (Gerlsdorferspitze), pic de Lomnica, dressent vers le ciel leurs arêtes dont la nudité cristalUne, d'un rose qui vers le soir de\ient violet dans des reflets rouges, se détache en un saisissant relief au-dessus de la masse noire des forêts arrêtée à 1.000 mètres plus bas, aux environs de 1.400. Autour de ce massif central s'ordonne une série de chaînes dont l'envergure entre les cours du Vâh et de rOndava, affluent du Bodrog et par lui de la Tisa, atteint près de 300 kilomètres. Des vallées latérales, orientées vers l'Ouest ou vers l'Est, coupent la région montagneuse en une série de cuvettes ou de bassins nettement séparés et parfois presque isolés, très propres au développement d'une vie cantonale. Le centre géologique de la région est le massif trachytique des Monts Métalliques, autour de Stiavnica

(Selmeczbànya, Scheninilz), et la lisière méiidionale de la Slovaquie montagneuse est bordée d'un demi-cercle de hauteurs volcaniques. La frontière politique, qui, dans l'ensemble, en a suivi le tracé, a donc plus de vérité naturelle que ne le donnerait à croire son aspect capricieux. Après l' Ondava, les Carpathes occidentales, de structure semialpine (mais avec trois zones seulement de terrains, au lieu des cinq des Alpes) font place aux Carpathes orientales, où manque l'armature de terrains anciens et qui, au lieu de projeter des massifs rayonnants, se resserrent sur ellesmêmes. Leurs chaînes, en territoire tchécoslovaque, conservent d'ailleurs une largeur de 50 à 60 kilomètres, double ou plus que double de celle de la plaine qui s'étend à leurs pieds, le long de la Tisa, sur 150 kilomètres de longueur, en pendant exact à la plaine danubienne qui, sur l'autre face de l'éventail, allongée entre Bratislava, Sered' et l'Ipel sur plus de 100 kilomètres, s'étale par endroits jusqu'à 60 kilomètres de largeur.

IIL — L'hydrographie.

État purement continental, comme l'était seule avant la guerre la Suisse, comme le sont aujourd'hui, outre elles deux, l'Autriche et la Hongrie nouvelles, la Tchécoslovaquie envoie ses eaux vers trois mers : mer du Nord, mer Noire et Baltique. Le bassin de celle-ci n'embrasse que le vingtième du territoire de la République, et à l'extrême périphérie Nord ; les fleuves et les rivières qui le forment, r Oder et ses affluents et le Poprâd, dont le Dunajec porte le tribut à la Vistule, n'y sont point navigables. 35 % du sol tchécoslovaque sont tributaires de l'Elbe, et 60 % du Danube.

Lorsque l'Elbe et la Vltava se rejoignent à Mëlnïk, c'est l'affluent qui apporte le plus fort volume d'eau, c'est lui qui, sur des centaines de kilomètres déjà, a porté radeaux et bateaux, et c'est lui dont le fleuve continue la direction. Née dans les Monts des Géants, presque au pied de la Snèzka, l'Elbe, dans un arc de près de trois quarts

de circonférence, recueille les courtes rivières, qui, des pentes montagneuses du Nord-Est et de l'Est de la Bohême, descendent vers le centre du bassin. Mais la Vltava draine plus des trois cinquièmes de la cuvette, tout l'Ouest d'une ligne tirée de Prague à Brno. Depuis le coude brusque qui, à 80 kilomètres environ de sa source et au point le plus méridional de sa course, la redresse du Nord-Ouest-Sud- Est au Sud-Nord, c'est presque droite que, de Vyssî Brod (Hohenfurth), où elle de\dent navigable, jusqu'au défilé de Schandau, par où pénètre en Saxe l'Elbe où elle s'est jetée à Mëlnik, elle traverse la Bohême, traçant comme la diagonale de ce gigantesque losange. Mais autour de cette ligne droite elle serpente en mille sinuosités, entre les falaises hautes parfois de 100 à 150 mètres où elle a dans la roche dure creusé son ht étroit, coupé de rapides dont la correction ne se fait que petit à petit. Comme elle, ses affluents, symétriquement disposés en deux paires qui lui amènent les eaux de la Forêt de Bohême et celles des collines de Moravie, sont profondément encaissés. C'est sans doute la difficulté de sa vallée et l'aspérité des plateaux élevés de Haute-Autriche dont elle ouvre le chemin qui ont assuré plus de renom et d'importance humaine à l'Elbe, car celle-ci, ayant en plaine la moitié de son cours, conduit par ses affluents aux passages plus praticables du Nord des colHnes de Moravie, portes de la Morava et du Danube. Après Mèlnik, le fleuve ne reçoit plus qu'un grand affluent, l'Ohre (Eger), sur sa rive gauche, née en terre bavaroise, à quelques kilomètres des sources du ]\Iain. Dans l'étroit défilé qui commence entre Podmokly et Dëcin (Bodenbach et Tetschen) pour finir à Schandau s'engouffrent, ramassées en un seul courant, les eaux de toute la Bohême, attestant la puissance d'une unité géographique qui en Europe n'est égalée ou dépassée que par celle du bassin de Hongrie.

Sur 175 kilomètres de longueur, du confluent de la Morava, à Devin (Devény, Theben) jusqu'à celui de l'Ipel, en aval d'Esztergomv (Gran), le Danube forme la frontière de la Tchécoslovaquie. Il reçoit d'elle sur ce parcours, par la Morava, toutes les eaux nées au Sud des collines de Moravie et du Jesenik (la Morava elle-même a sa source vers l'extrême pointe du bassin de Glatz) ; par le Vâh, celles qui des-

cendent des hauteurs des Tâtry et de la Magura ; par la Nitra, le Hron (Gran) et l'Ipel, le tribut du Massif Métallifère. Large, lent, paresseux, se dispersant sur les sables et les cailloux qu'il a entraînés dans son cours alpin et qu'il dépose ici, le Danube, entre Bratislava et Komânio, coule en trois bras, dont la frontière suit le principal, celui du milieu, tandis que celui de l'Est, le Petit-Danube, limite la grande île de Zitny Ostrov (Csallôkoz, Grosse Schiitt- Insel). Passé Komârno, il se resserre pour entrer dans le pittoresque défilé de Visegrad, qui est en territoire hongrois. De ses aiïluents slovaques, rivières de montagne qui, par la rapidité de leur cours, forment un si frappant contraste avec le grand fleuve de plaine qu'il est lui-même devenu depuis Vienne, le plus long, le plus puissant et le plus pittoresque est le Vâh (Vâg, Waag) qui, sur 400 kilomètres, se déroule en un vaste croissant, d'abord d'Est en Ouest, bordé de montagnes sur ses deux rives et étranglé, au passage des chaînes qu'il coupe, dans des défilés dominés par des ruines romantiques, ensuite du Nord au Sud, plus étroitement serré encore jusque vers Trencîn, pour déboucher après cette ville dans la plaine qui, à partir de Sered', s'élargit en un vaste triangle. Tandis que l'amplitude sais onnière du Danube est de 1 à 200, celle du Vâh et de la Morava est de 1 à 100, mais celle de l'Ipel va de 1 à 400. Par leur régime torrentiel et leur forte pente, les rivières sl(^vaques sont impropres à la navigation, à moins de travaux délicats et coûteux.

Le versant oriental du massif slovaque est tributaire de la Tisa, qui porte aussi au Danube les eaux des Carpathes orientales. Sur les 1.400 kilomètres de son cours, elle n'en a guère que 200 en territoire ou sur la frontière tchécoslovaques .Elle y prend, sur des terrains couverts de sable des Carpatlie set dans une région très arrosée de pluies, l'abondance qui parfois, dans son cours inférieur, rend ses crues soudaines redoutables aux villes de la plaine magyare. Le Hornâd, dont la source est toute proche du seuil de Strba, au voisinage de celles du Poprâd et du Vâh, la Tisa et la Slanâ (Sajô), née dans les monts Métallifères, à quelques kilomètres du Hron, réunissent leurs eaux en terre hongroise pour les porter à la Tisa. La haute vallée du Hornâd,

encaissée, boisée, pittoresque, parfois sauvage, prolonge la ligne du Vâh et coupe la Slovaquie septentrionale et orientale d'un couloir qui donne passage à la grande ligne maîtresse de la République tchécoslovaque, celle qui fait communiquer la Bohême, la Moravie, la Silésie et même la Slovaquie occidentale avec les régions de la Tisa jusqu'à la frontière roumaine.

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