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I. — Le territoire et les frontières

Sur la carte politique de l'Europe, la République tchécoslovaque apparaît aujourd'hui comme un État continental, de forme ovoïde, allongé en s'amincissant du Nord-Ouest au Sud-Est. Dans sa plus grande longueur, de Cheb (Eger), à la rencontre de la Forêt de Bohême et des IMonts Métalliques, jusqu'aux sources de la Tisa blanche, dans les Carpathes, c'est-à-dire sensiblement entre le 10^ et le 22^ degré de longitude Est de Paris, elle mesure, à vol d'oiseau, 1.000 kilomètres ; dans sa plus grande largeur, entre la frontière de Saxe et celle de Haute-Autriche (51° et 48''30 de latitude Nord), le long du 12° degré de longitude Est, ou encore le long du 16°, entre Bohumin (Oderberg), nœud de chemins de fer à la frontière de la Haute-Silésie, et Komarno (Komorn), la vieille forteresse du Danube (49°50 et 47°30), elle en compte de 250 à 300. Sa superficie totale est de 140.576 kilomètres carrés, sa population est officiellement évaluée aujourd'hui à 13.594.973 habitants, ce qui donne une densité moyenne de 97 habitants au kilomètre carré. Le chiffre de la" superficie est susceptible d'un très léger changement, selon le résultat des déUmitations sur le terrain ; celui de la population, fondé sur le recensement de 1910, sera, sans nul doute, modifié par les résultats du premier dénombrement tchécoslovaque, qui a eu lieu en

février 1921. Mais les résultats fragmentaires connus jusqu'ici donnent à admettre que cette modification sera beaucoup moins forte qu'il ne semblait tout d'abord.

Le territoire de la République comprend donc, à considérer la géographie historique :

1° Tout l'ancien royaume de Bohême, dans ses frontières historiques, rectifiées sur un seul point, au Sud-Ouest, au voisinage de la ville de Cmunt (Gmûnd) où elles ont été avancées vers l'Est, pour laisser à la Tchécoslovaquie la gare de Cmunt, tête de deux lignes de chemin de fer très importantes ;

2° Tout l'ancien margraviat de INIoravie, à quoi s'ajoute au Sud, à la jonction des rivières Dyje (Thaya) et Morava (March), une bande de terrain prise sur la Basse-Autriche, pour laisser en territoire tchécoslovaque le chemin de fer de Bfeclava (Lundenburg) à Znojmo (Znaim) ;

3° L'ancien duché de Silésie, augmenté, au Nord-Ouest, de quelques cantons de l'ancienne Haute-Silésie prussienne qui sont peuplés de Tchèques, et diminué au Nord-Est de la partie du pays de Tësin passée à là Pologne (à l'Est du chemin de fer de Bohumin à Caca) ;

4° La Slovaquie, détachée de l'ancien royaume de Hongrie, dont les limites sont au Sud le Danube jusqu'au confluent de ripel (Eipel, Ipoly), au Nord les crêtes des Beskydes et des Carpathes, où des rectifications de frontières au profit de la Pologne ne creusent que deux entailles presque insignifiantes, et à l'Est une ligne sinueuse, conventionnelle sur la plus grande partie de son parcours qui, atteignant la Tisa au coude de Cap, s'élève de là en direction du N.-N.-E. pour rejoindre les Carpathes à la passe d'Uzok ;

5° La Russie Subcarpathique, pays des Ruthènes de l'ancienne Hongrie, qui, de Cap et d'Uzok jusqu'aux sources de la Tisa blanche, s'adosse à la Slovaquie et la prolonge, sa frontière du Nord sur le haut des Carpathes, celle du Sud en général à une dizaine de kilomètres de la Tisa, tantôt sur la rive droite, tantôt sur la gauche. Elle forme, dans la République tchécoslovaque, un territoire autonome, placé dans une condition spéciale. Sa grande importance est que par elle s'établit une frontière commune tchécoslovaque roumaine.

En négligeant les menues sinuosités, c'est 3.000 kilomètres de frontière terrestre que la République tchécoslovaque a à surveiller, à garder et, le cas échéant, à défendre ; soit, en chiffres ronds, 2 kilomètres par 100 kilomètres carrés de superficie, c'est-à-dire six fois plus que la France. Les inconvénients financiers et militaires de cette situation sont évidents ; ils s'augmentent encore de la mauvaise qualité d'une grande partie de cette frontière. Elle est naturelle, ou presque, sur l'immense arc convexe vers le Nord-Ouest qui s'allonge du confluent de l'Ipel et du Danube jusqu'aux sources de la Tisa blanche. Mais, sur presque tout le bord méridional de la Slovaquie, elle est conventionnelle, rarement marquée par des cours d'eau ou des crêtes de montagnes. Un souci de la justice ethnographique a fait adopter ce tracé, aussi incommode à la Hongrie qu'à la Tchécoslovaquie. C'est, au point de vue stratégique, le point faible de la République, et c'est sur cette ligne que s'est déroulée la seule guerre qu'elle ait eu à soutenir jusqu'ici, la lutte contre l'attaque magyare en mai et juin 1919.

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