CHAPITRE II Applications diverses
1. Nous avons dit, dans une autre partie de cet ouvrage, que les différents corps se montraient plus ou moins transparents aux rayons X, que telle était la cause pour laquelle on pouvait percevoir, par la radiographie, des objets situés à l'intérieur de boîtes opaques et qu’en réalité la photographie par les rayons de Rœntgen donnait simplement les ombres portées par les substances non transparentes à ces rayons. Dès les premières études qu’il fit sur le sujet, M. Rœntgen constata que les divers métaux ne se laissent pas traverser d’une façon uniforme par les rayons X. Diverses lames métalliques furent disposées de manière à obtenir le même affaiblissement en radiations X; à ce moment leurs épaisseurs étaient proportionnelles aux nombres ci-dessous :
Epaisseur Densité
relative
Platine
Plomb. . .
Zinc
Aluminium
Ou voit ainsi que la transparence croit tandis que la densité diminue, mais elle n’est pas régulièrement
n6 LA TECHNIQUE DES RATONS X
proportionnelle au produit de la densité par l'épaisseur d’un même cor[>s.
2. M. Chabaud a montré cpie les verres jaunes ou verts étaient assez transparents aux rayons X tandis (pie le cristal, qui est à base de plomb et de luminescence bleuâtre, est opaque.
M. Meslans trouva de plus (pie le carbone et les composés cpi il iorme avec l’hydrogène, l’oxygène et l’azote sont très transparents, tandis que l’addition d’un métal ou d un métalloïde à ces corps organiques augmentait leur opacité.
C’est, d’ailleurs, ce qui explique pourquoi les chairs sont traversées si aisément par les radiations de Rœntgen tandis que les os le sont peu.
De toutes ces diverses propriétés, on a tiré des applications intéressantes que nous allons passer rapidement en revue.
3. Les recherches de MM. Meslans et Chabaud laissaient soupçonner que le diamant devait être beaucoup plus transparent aux rayons X que les imitations en strass, qui n’est qu’une sorte de cristal. C’est, en effet, ce qu’ont trouvé MM. Gascard et Buguet qui ont ainsi donné à la joaillerie un moyen aisé et certain tic reconnaître les vrais diamants. Un procédé analogue permet de distinguer les jais naturels de leurs falsifications en cristal noir.
Le laminage des métaux a souvent pour effet de faire varier la compacité et la densité de la structure interne. L’examen aux rayons X permet dans une certaine mesure de constater si le travail du métal a été conduit régulièrement.
Kg- 'M ■
Boîte eonlonmil une montre.
A VP Lie A ri ONU DIVERSES
4. Dans nombre de cas, les services postaux peuvent avoir intérêt à connaître ce qui se trouve dans les boites ou pacpiets dits d’échantillons, pour savoir s'il n’y a pas de fraude ou si l’expéditeur n’y a pas enfermé des matières prohibées. Les radiations de Rœntgen décèlent immédiatement ce que contiennent ces boîtes et la laeon dont le colis a été apprêté.
Fig. 2.’).
Pièce de bois avec vis, photographiée par les rayons X.
Les différences de transparence que présentent les diverses substances aux rayons X ont également fourni le moyen de reconnaître diverses falsifications des denrées alimentaires ou des produits industriels. M. Ranwez a pu ainsi déceler la présence de sulfate de baryte dans du safran fraudé; on trouverait de même la proportion de matières minérales renfermées dans du caoutchouc ou dans de la soie.
5. MM. Girard et Bordas sont arrivés à distinguer par leur opacité certains explosifs : poudre chloratée, nitrocellulose, fulminate de mercure.
Dans cet ordre d'idées, les mêmes auteurs ont procédé à l’examen par les rayons de Rœntgen de divers engins explosifs et sont arrivés à reconnaître la manière dont ils étaient préparés et les substances détonantes qu’ils renfermaient, de manière à pouvoir ensuite les ouvrir sans danger. MM. Girard et Bordas ont pénétré les secrets de plusieurs engins disposés à cet effet : livres explosibles, bombes, cartouches, etc.
Pour la plupart de ces applications, on n’a aucunement besoin de recourir absolument à la photographie elle-même par les rayons X. La fluoroscopie suffit dans nombre de cas et elle est certainement plus commode et plus pratique ; on n’est obligé de reproduire l’objet sur un cliché que quand on veut garder la trace de son examen et lorsque diverses circonstances particulières l’exigent.