VII. — APPLICATIONS A LA MÉDECINE
Coi nouveau chapitre vient d’être créé à ce sujet par M. le professeur Bouchard. L’éminent savant vient d’employer les radiations à démontrer la présence des épanchements de la plèvre et à diagnostiquer la tuberculose pulmonaire.
Voici d’ailleurs une partie des notes (2) publiées par M. Bouchard et qu’il a bien voulu nous autoriser à reproduire :
« Si Ion place le thorax d’un homme bien portant entre le tube de Crookes et un écran phosphorescent, on sait qu on voiL apparaître sur cet écran le squelette du thorax figuré par une bande noire verticale à bords pai allèles et de chaque côté par des bandes obliques moins ioncées représentant les côtes. Déplus, on voit, a droite de la colonne, vers le milieu de la région doi sale, une ombre portée par le cœur où l’on peut discerner les battements. Enfin, l’ombre portée par le
(1) Comptes rendus de l’Académie des Sciences,
(2) Comptes rendus de l’Académie des Sciences cembre i ,Hy(i.
2 novembre 189Ü.
7 décembre r 8ç)f> et
dé-
foie avec sa convexité supérieure monte el descend dans la cavité lhoraei<|iie, suivant les mouvements respiratoires. En dehors de ces ombres, tout le reste du thorax apparaît en clair également des deux côtés. Le médiastiu, mascpié par la colonne, n’apparaît pas.
« Chez trois hommes atteints de pleurésie droite avec épanchement, j’ai constaté que le côté du thorax occupé par le liquide pleurétique présente une teinte sombre qui contraste avec l’aspect clair du côté sain ; que si l’épanchement ne remplit pas la totalité de la cavité, le sommet de ce côté reste clair et. que la teinte sombre dessine la limite supérieure de l’épanchement, telle qu’elle est établie par la percussion et par les autres moyens habituels de l’exploration physique ; que la teinte sombre se fonce de plus en plus à mesure qu’on l’observe en descendant de sa limite supérieure, où P épanchement est plus mince, vers les parties inférieures, o Cl il est plus épais et où son ombre se confond avec celle du foie.
(c J’ai reconnu de plus que, dans ces trois cas de pleurésie droite, le médiastiu, qui n’est pas apparent à l’état normal, porte une ombre à gauche de la colonne et figure un triangle à sommet supérieur, et dont la base se continue avec le cœur.
ce Ce triangle est l’ombre portée par le médiastiu déplacé par la poussée latérale de l’épanchement et refoulé vers le côté sain du thorax.
« Dans un quatrième cas où l’épanchement n’existait plus, mais avait laissé à sa suite une rétraction du coté malade, c’est de ce côté (pie le médiastiu déplacé faisait ombre.
« Assurément, le diagnostic peut être fait aussi sûrement et aussi complètement par les procédés habituels de l’exploration, et l’application de celte
APPLICATIONS MÉDICALES ET CHIRURGICALES m
méthode est soumise à des conditions qui en rendent encore l’emploi peu pratique. Mais, sans compter la précision plus grande que la radioscopie donne a la constatation des déplacements du médiastin, elle a l’avantage de faire contrôler une méthode par une autre, un sens par un autre. Elle a surtout 1 avantage précieux pour l’enseignement de pouvoir laire constater simultanément, et d’un seul coup d’œil, par toute une assemblée, l’existence, l’étendue, la profondeur d’un épanchement dont chacun pourrait assurément se rendre compte, à l’aide de la percussion, mais seulement d’une façon fragmentaire et par une exploration personnelle.
« Je crois inutile d’indiquer les applications qui se présentent à l’esprit et qui peuvent introduire la radioscopie dans l’étude d’autres épanchements ou même dans la recherche des changements de volume, de forme ou de densité, que la maladie peut produire dans les parties profondes. Nous sommes en droit d’espérer que l’exploration par les rayons de Rœntgen ne rendra pas à la médecine de moindres services qu’à la chirurgie. »
Voici maintenant la note relative à l’application des rayons X au diagnostic de la tuberculose pulmonaire :
« Dans une note précédente, j’ai dit que l’épanchement pleurétique arrête en partie les rayons de Rœntgen et marque par une teinte sombre, à l’examen radioscopique, le côté malade qui contraste ainsi avec la clarté brillante du côté sain.
En renouvelant l’étude des cas de pleurésie qui avaient fait l’objet de cette précédente communication, j ai vu la teinte claire du sommet du thorax augmenter d’étendue en même temps que l’épanchement se résorbait.
Uiez I un des malades cependant, l’opacité persistait au sommet, taudis cpt une plaque claire apparaissait vers le milieu, du coté où manifestement l'épanchement diminuait. Enfin, la résorption de cet épanchement étant presque complète, le sommet restait toujours ol)S( ut . Ec lait, qui ne s était pas observe dans les deux autres cas, me donna à penser qu’il y avait conden-
sation du tissu pulmonaire au sommet du poumon du côté malade. La percussion et l’auscultation confirmèrent celte prévision et révélèrent l’existence d’une
infiltration commençante que l’épanchement avait d’abord masquée. Celle tuberculose pulmonaire avait été révélée par l’examen radioscopique.
Chez tous les tuberculeux que j’ai examinés à l’aide de l’écran fluorescent, j'ai constaté l’ombre des lésions pulmonaires; son siège était en rapport avec les délimitations fournies par les autres méthodes de l’exploration physique; son intensité était en rapport avec la profondeur de la lésion. Dans deux cas, des taches claires apparaissant sur le fond sombre ont marqué la présence de cavernes vérifiées par l’auscultation. Mais dans d’autres cas où l’auscultation faisait reconnaître
l’existence d’excavations, celles-ci n’ont pas été vues à l'examen radioscopique.
Chez un malade, les signes généraux et la toux faisaient soupçonner un début de tuberculisation, mais l’examen de l’expectoration ne montrait pas de bacilles, et les signes physiques ne permettaient pas de porter un diagnostic certain. La radioscopie a montré que le sommet de l’un des poumons était moins perméable ; et, quelques jours après, l'auscultation, comme l’examen bactériologique, ne laissaient pas le moindre doute.
Dans les maladies du thorax, la radioscopie donne des
renseignements de tous points comparables a ceux de la percussion. L’air pulmonaire, qui se laisse traverser par les rayons de Rœntgen, sert de caisse de renforcement aux bruits de la percussion. Quand 1 air esL chassé du poumon plus ou moins complètement par un liquide épanché ou par un tissu morbide infiltré, la clarté radioscopique du thorax diminue ou fait place à une obscurité plus ou moins complète* et, en meme temps, la sonorité normale s’atténue et peut être remplacée par la submatité ou par la matité absolue. »
Observations . — Quand on est obligé d’avoir recours à une intervention chirurgicale pour l’extraction d’un corps étranger quelconque, on a besoin d’être renseigné non seulement sur sa présence, mais encore sur sa position et sa direction. Il faut alors préparer des épreuves stéréoscopiques de la région à explorer. MM. Imbert et Bertin-Sans donnent à ce sujet les détails suivants (i) :
« La partie du corps à radiographier est posée sur une large lame métallique qui recouvre la plaque sensible et qui est percée d’une large ouverture en face de laquelle on amène la région où se trouve le corps étranger et à travers laquelle la moitié sous-jacente de la plaque sensible pourra être impressionnée. Lame et plaque sont d’ailleurs inclinées d’un certain angle par rapport à la direction moyenne des rayons X. Après un temps de pose suffisant, on fait glisser la plaque sensible de manière à amener sous l’ouverture de la lame métallique la moitié non impressionnée encore, on fait basculer la lame et la plaque de manière à leur donner une inclinaison égale à celle de la première
(i) La radiographie par les rayons X en médecine. La Presse medicale du 8 juillet i8y(j,
partie de l’expérience, mais en sens inverse, et l’on actionne le tube pendant mi temps égal an premier. Il suffit dès lors de préparer un positif sur papier du cliché ainsi obtenu et d’examiner ce positif au stéréoscope pour pouvoir apprécier exactement la position et la direction du corps étranger. »
Les rayons X ne semblent pas jusqu’ici devoir être susceptibles d’applications à l’ophtalmologie. MM. de Rochas et Dariex ont en effet constaté que les humeurs de l’œil et notamment le cristallin étaient presque opaques aux radiations de Rœntgen, ce qui expliquerait l’invisibilité de ces rayons. Il est vrai cpie depuis M. le docteur Wuillomenet a annoncé avoir retrouvé un grain de plomb dans l’œil d’un lapin par la radiographie, tandis qu’il n’a pu réussir la même expérience sur l’œil humain. Il convient donc d’attendre de nouveaux travaux avant de se prononcer sur cette question.