La technique du ballon
Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Professeur à l’École Polytechnique et à l’École des Ponts et Chaussées
On oppose assez volontiers , dans le domainè de la mécanique appliquée , l’homme de la théorie à l’homme de la pratique. Le premier, enclin aux spéculations abstraites, est tenu pour préférer aux problèmes qu’offre la réalité ceux qui se prêtent plus aisément aux solutions élégantes et, par suite, pour être disposé à négliger, en dépit de leur importance intrinsèque, telles circonstances qui seraient de nature à entraver le jeu de l’instrument analytique ; le second, au contraire, uniquement soucieux des données de l’empirisme, pour regarder toute théorie scientifique comme un luxe superflu dont il vaut mieux se passer.
Ce sont là des tendances extrêmes , contre lesquelles il convient de se mettre en garde. S’il est vrai que certains
II ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE '
esprits, séduits par l’imposante beauté de la science abstraite, ont quelque répugnance à se plier aux exigences de la réalité, généralement difficiles à concilier avec une aussi belle harmonie de forme , que d’autres , en revanche , par crainte des complications qu’entraîne à leurs yeux l’appareil analytique, — peut-être aussi, parfois, en raison de leur manque d’habitude à le manier, — tendent à méconnaître les éminents services qu’on en peut attendre, il n’en reste pas moins désirable, pour le plus grand bien des applications, de voir réaliser l’union la plus intime de la théorie et de la pratique, de la théorie qui coordonne, synthétise, réduit en formules simples et parlantes les faits révélés par l’expérience, et de la pratique qui doit, tout d’abord, les en dégager. La vérité est que l’une ne saurait se passer de l’autre, que toutes deux doivent progresser parallèlement. Ce n’est pas d’hier que Bacon l’a dit : c( Si les expériences ne sont pas dirigées par la théorie, elles sont aveugles ; si la théorie n’est pas soutenue par Fexpérience, elle devient incertaine et trompeuse. »
Développant cette pensée , un homme qui , dans un domaine important de la Mécanique appliquée, a su réaliser, de la façon la plus heureuse , cette union si désirable , s’est exprimé comme suit^ : (( ...La théorie n’a point la prétention de se substituer à l’expérience, ni de se poser en face d’elle en adversaire dédaigneux. C’est l’union de ces deux opérations de l’esprit dans une règle générale pour la recherche de la vérité qui constitue l’essence de la méthode : la théorie est le guide qu’on prend au départ, qu’on interroge sans cesse le long de la route, qui instruit toujours par ses réponses, qui indique le chemin le plus sûr et qui découvre l’horizon le plus vaste. Elle saura réunir dans une même explication générale les faits les plus divers, conduire
' Commandant P. Charbonnier, Historique de la Balistique extérieure à la commission de Gâvre , p. 6.