MÉCANIQUE APPLIQUÉE ET GÉNIE III
à des formules d’un type rationnel et à des calculs d’une approximation sûre.
(( La science aura plus d’audace parce qu’elle aura une base plus large et plus solidement établie. Les résultats expérimentaux, au lieu de faire nombre, viendront à chaque instant contribuer à asseoir la théorie, et ce n’est plus en eux-mêmes que les faits seront à considérer, mais suivant leur place rationnelle dans la science. La théorie saura mettre l’expérimentateur en garde contre les anomalies des expériences, et l’expérience, le théoricien contre les déductions trop audacieuses de la théorie. »
Ces quelques réflexions pourraient servir d’épigraphe à la première moitié de la présente Bibliothèque consacrée à la Mécanique appliquée. Elles définissent l’esprit général dans lequel sont conçus ses volumes : application rationnelle de la théorie^ poussée aussi loin que le comporte Vétat actuel de la science, aux problèmes tels qu’ils s’offrent effectivement dans la pratique, sans rien sacrifier des impérieuses nécessités de celle-ci à la plus grande facilité des déductions de celle-là.
Il ne s’agit pas, dans l’application scientifique ainsi comprise, de torturer les faits pour les forcer à rentrer, vaille que vaille, dans le cadre de théories, plus ou moins séduisantes, conçues à priori, mais de plier la théorie à toutes les exigences du fait ; il ne s’agit pas de forger des exemples destinés, à illustrer et à éclairer l’exposé de telle ou telle théorie (comme cela se rencontre dans les Traités de mécanique rationnelle où une telle manière de faire est, vu le but poursuivi , parfaitement légitime), mais de tirer de la théorie toutes les ressources qu’elle peut offrir pour surmonter les difficultés qui résultent de la nature même des choses.
Quand les problèmes sont ainsi posés, ils ne se prêtent généralement pas à des solutions aboutissant directement à des formules simples et élégantes ; ils forcent à suivre la voie plus pénible des approximations successives ; mais défi-
IV ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE
nir par une première approximation l’allure générale d’un phénomène, puis, par un effort sans cesse renouvelé, arriver à le serrer de plus en plus près, en se rendant compte, à chaque instant, de l’écartement des limites entre lesquelles on est parvenu à le renfermer, c’est bel et bien faire œuvre de science ; et c’est pourquoi, dans une Encyclopédie qui, comme son titre l’indique, est, avant tout, scientifique, la Mécanique appliquée a sa place marquée au même titre que la Mécanique rationnelle.
La seconde moitié de la Bibliothèque est réservée aux divers arts techniques dont l’ensemble constitue ce qu’on est ordinairement convenu d’appeler le Génie tant civil que militaire ^ et maritime.
Ici , de par la force même des choses , l’exposé des principes s’écarte davantage de la forme mathématique pour se rapprocher de celle qui est usitée dans le domaine des sciences descriptives. Cela n’empêche d’ailleurs qu’il n’y ait encore, dans la façon de classer logiquement les faits, d’en faire saillir les lignes principales, surtout d’en dégager des idées générales, possibilité d’avoir recours à une méthode vraiment scientifique.
Telle est l’impression qui se dégagera de l’ensemble de cette Bibliothèque, dont les volumes ont été confiés à des spécialistes hautement autorisés , personnellement adonnés à des travaux rentrant dans leurs cadres respectifs et, par cela même, pour la plupart du moins, ordinairement détournés du labeur de l’écrivain dont ils ont occasionnellement accepté la charge en vue de l’œuvre de mise au point dont les conditions générales viennent d’être indiquées.
Il convient d’ajouter que le programme de cette Bibliothèque, — dont la liste ci -après fait connaître une pre-
I Le mot étant pris dans sa plus large acception et s’étendant tout aussi bien à la technique de V Artillerie qu’à l’ensemble de celles qui sont plus particulièrement du ressort de l’arme à laquelle on applique le nom de Génie,