CHAPITRE PREMIER
De la lumière naturelle et artificielle.
IL est important d'avoir des notions précises sur la quantité de lumière naturelle ou artificielle nécessaire pour que Taction de la lecture se fasse normalement et sans fatigue.
On ne peut faire la critique de l'éclairage des habitations particulières, car, selon l'état social des personnes, elles sont tenues de se loger d'après leurs ressources et tous les immeubles ne sont pas éclairés uniformément de la même manière. Aussi serait-on trop en dehors du sujet à traiter que d'étudier chaque cas particulier.
Mais pour les écoles, les maisons d'éducation, les lycées que l'État ou les communes font construire, il en est autrement et cette question, qui touche de si près à l'hygiène générale, mérite d'être abordée.
La question se pose ainsi : Comment doit être éclairée une classe, pour que les élèves lisent dans les conditions les plus hygiéniques ?
Certains hygiénistes préconisent Téclairage par le haut ; ce procédé ne paraît pas pratique dans nos pays tempérés et bien souvent nuageux.
L'aération de la salle serait assez difficile en cas de pluie, les ventilateurs et les ouvertures latérales seraient insuffisants pour un aérage complet. En second lieu, le ciel est souvent nébuleux, et la neige, en hiver, produisant un éclairage défectueux, il en résulterait une lumière grise, diffuse, assez nuisible à la vue ; un autre inconvénient serait que la lumière tombant verticalement, l'enfant aurait sur son cahier ou sur son liyre une ombre portée dès qu'il se pencherait un peu, ce qui l'exciterait peut-être à prendre une position défectueuse, surtout pour écrire, en portant son corps à droite ou à gauche selon sa tendance. Ajoutons que cette manière de construire des classes entraînerait un excès de dépenses et une disposition de plan toute particulière. Ces diverses causes doivent faire rejeter l'éclairage par le haut\
Une autre école, et la plus nombreuse, recommande la lumière latérale gauche, comme étant la plus normale. Il y a encore des inconvénients à cela : d'abord l'orientation du bâtiment dont les ouvertures peuvent ne pas être disposées dans le sens le plus parfait pour cette sorte de lumière;
* Nous nous trouvons en contradiction avec ce que le D"" Javal dit dans son Rapport d'ensemble, p. 43. [Hygiène des écoles primaires et des écoles maternelles. Rapports et documents, etc.* Paris, Imprim. nat., 1884, in-8°.)
ensuite, si la salle est éclairée dans le sens de la largeur de la pièce, les élèves assis au bout des bancs, du côté opposé aux fenêtres, auraient un jour défectueux, ainsi que le montre la figure i ,
Fig. I. — Éclairage latéral gauche d'une classe.
La lumière bilatérale est très recommandée par le D' Javal, mais elle ne peut être eîficace que dans des conditions déterminées, si le bâtiment est bien dégagé et sans mur voisin ; mais encore, il peut se produire des faux jours désagréables.* En Autriche, dit-il dans son Rapport d'ensemble^ dans beaucoup d'écoles, la lumière est prise à gauche des élèves et au fond de la salle. Les critiques qu'il présente à ce sujet sont très justes ^
* Hygiène des écoles y ete., p. 43.
Au contraire, on admettra volontiers la lumière de face, prise dans le sens de la longueur de la
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pièce ; elle est la moins fatigante, la plus agréable et pénètre bien jusqu'aux dernières tables, ainsi qu'on peut en juger par la figure n° 2. Il suffirait, par les heures de grand soleil, d'inter-
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poser un store en toile blanche ou grise, d'un tissu léger et transparent. De la sorte, il n'existerait aucune réverbération désagréable, et les yeux ne se fatigueraient pas comme avec la lumière latérale.
Ce qui vient à Tappui de cette thèse, est ce qui a lieu dans les ateliers de dessinateurs et surtout de graveurs sur bois, au burin ou à Teau-forte. Ils disposent leur travail en face de la baie lumineuse en interposant un écran de toile unie entre la lumière vive et leur table de travail. La lumière est ainsi tamisée, claire et blanche et sans aucun faux jour*.
De quel côté doit-on recevoir la lumière ? De tous les points cardinaux, TEst-Sud-Est ou TOuest- Sud-Ouest paraissent les plus aptes pour la prise de la lumière ^ Elle est la plus franche et la plus nette, et aussi parce que l'air pris à l'Est-Sud-Est est dégagé des vapeurs matinales et n'est plus influencé par la rosée. La lumière du Sud-Est est trop intense, celle du Nord trop diffuse. Il ne faut cependant pas être trop absolu pour l'orientation des classes ; on doit tenir compte des vents prédo-
* On objectera peut-être que les peintres recherchent les ateliers éclairés par en haut ; mais ils ont besoin d'une plus grande surface éclairée, puis ils interposent toujours entre le jour et leur travail une toile, ensuite le miroitement de la lumière les gène peut-être moins ; enfin ils distinguent plus franchement les nuances et les dégradations des couleurs à cause de la grande surface éclairante.
* Le D»" Javal préconise la direction du N.-E. au S.-O. « Peutêtre serai t-ir mieux encore de placer l'axe- suivant une ligne allant du N.-E. au S.-O. » [Hygiène des écoles^ etc., p. 25.)
minants de la région et éviter de les avoir de face. Pour rintroduction de la lumière, on devrait faire construire de grandes baies dont la hauteur serait presque égale à la pièce; on devrait les séparer entre elles, non par des massifs de maçonnerie ou trumeaux qui projetteraient sur les tables une ombre assez forte, mais par des piliers en fer plats et à double I dont Taréte ne donne presque pas d'ombre. Ces baies monteraient jusqu'à trente ou quarante centimètres avant le plafond et s'arrêteraient dans le bas à la même distance à peu près du plancher. Pour éviter l'abaissement de température dans l'intérieur de la classe, ce qui serait inévitable avec une grande surface vitrée et du verre mince comme carreaux, il serait prudent d'avoir de doubles fenêtres dont celles de l'extérieur seraient construites à coulisses, soit verticales, soit horizontales. Des barreaux ou des balustrades ajourés en fonte seraient placés à hauteur d'appui pour éviter toute chute aux enfants. Les murs doivent être exempts d'humidité, ce qu'on obtiendrait par l'application d'un enduit hydrofuge. Un badigeon de plusieurs couches d'huile de lin bien chaude arrêterait toute exsudation et la dernière couche serait recouverte d'une application de peinture de couleur gris d'acier ou légèrement gris bleu, teinte assez claire qui ne provoquerait aucune fatigue pour la vue^
^ Il existe encore d'autres procédés. Voyez Recueils de procé-
Ces précautions permettraient de donner aux élèves un éclairage normal et sans fatigue : suffira-t-il à maintenir leur vision en parfait état ?
Il est rare que la^ lumière franche soit nuisible à l'œil, surtout chez les enfants; mais si ce cas se présentait, il impliquerait chez ceux qui en sont atteints une tendance à une maladie d'yeux. Le professeur devrait alors inviter les parents à soumettre l'enfant à un examen ophtalmique sérieux, et il ne devrait recevoir l'élève que muni de lunettes spéciales, ou totalement guéri-
Il reste à dire quelques mots sur la lumière artificielle dans les salles de classe. Avec les procédés d'éclairage qui ont été si perfectionnés dans ces dernières années, on peut obtenir l'éclairage le plus satisfaisant, pourvu que l'installation des appareils soit bien effectuée et qu'il n'y ait aucune parcimonie dans la répartition de la quantité de lumière pour les élèves. On estime qu'un éclairage suffisant par élève doit comprendre la force et l'intensité d'une flamme d'une lampe à pétrole de six lignes, placée aune distance de 60 à 70 centimètres devant lui et à une hauteur qui ne devrait pas excéder 70 ou 80 centimètres.*
dés pratiques à V usage du bâtiment, par Jean Fugairon. Paris, Ducher, s. d. [1906], cité par Cim (Albert). Le Livre. Paris, E. Flammarion, 1807, in-12, t. IV, p. 154-155.
* On ne peut, ici, prendre pour base l'étalon de lumière utilisé en France dans la photométrie pratique et qui consiste dans la lampe à régulateur Carcel, brûlant 42 grammes d'huile de colza par heure et équivalant à ovioiie^^gi. Cette lampe est d'un usage
Avec le gaz, un bec de petite dimension muni d'un manchon du système Auer ou autre, n° 3, serait suffisant pour quatre personnes, assises à la même table, deux de chaque côté, soit une surface éclairante de près de 2 mètres de longueur sur I mètre ou i™,5o de largeur. Le bec de gaz devrait être plus élevé qu'une lampe, mais pas au delà de i mètre du plateau de la table, ce qui permet d'éviter le rayonnement de la chaleur sur la tête de l'enfant. Par conséquent, pour une salle de 10 mètres de longueur sur 6 mètres de haut, contenant 3o élèves, 6 à 7 becs seraient nécessaires pour que l'éclairage fût suffisant.
En employant l'électricité, une ampoule de 10 volts conviendrait pour deux personnes. La hauteur des ampoules doit être égale à celle des becs de gaz.
Nous recommanderions l'emploi de verres translucides, sans réflecteur et sans abat-jour ; la lumière est plus crue peut-être, mais elle est plus intense. Avec les verres dépolis, l'intensité de la lumière diminue d'un tiers environ ; il en résulte que, pour obtenir la même quantité de lumière qu'avec une ampoule de 10 volts, il faut employer celles de 16 volts, d'où un surplus de dépense inutile. On pourrait toutefois éclairer une table
trop restreint et sans emploi dans les écoles. On pourrait prendre comme base la bougie décimale qui vaut i/20 de violle. La lampe à pétrole de 6 lignes, dans de bonnes conditions, peut être équivalente à peu près à 4 bougies environ, soit 4/20 de violle.
avec des lampes à verres dépolis et y placer les élèves qui se plaindraient de l'intensité de la lumière.
L'éclairage avec les lampes à arc présente certains avantages, mais le verre dépoli est indispensable alors, car l'intensité de lumière est trop grande. On arrive de nos jours à obtenir une bonne lumière avec des réflecteurs renversés qui renvoient la lumière dans des réflecteurs plus grands, disposés au plafond au-dessus de la lampe d'où elle retombe, par réfraction, dans la salle. En un mot, l'éclairage doit être assez intense pour qu'un enfant d'une vue moyenne puisse lire, sans se pencher, un texte imprimé en caractères de 9 points Didot.
( HAPITRE II
IV VuvvUc vUvidk. - - De la myopie.
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