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Planche XII. — La flore dans la reliure.
. (xviii*' s.)
répoque où tout était à la dorure suivant une certaine mode ^
On nous taxerait d'oubli si nous négligions de parler de ces quelques amateurs qui. dans la deuxième partie du xvif siècle, et le premier quart du XVIII®, se distinguaient par une exception curieuse. Jansénistes par conviction ou enclins à cette doctrine, ils en gardaient Taustérité jusque dans le livre. Non contents de se faire remarquer par la pureté de leurs mœurs, la sévérité de leur costume, les livres de leur bibliothèque portaient un vêtement aussi sombre que tout ce qui les entourait. Le cuir des plats était généralement de teinte foncée. Aucun ornement, aucune dorure n'était apparente sur l'extérieur et même sur les tranches. Il est vrai que quelques-uns d'entre eux, fervents d'art, malgré leurs convictions, se dédomniageaient en faisant couvrir de dentelles et de fers dorés les plats intérieurs de leurs livres. On appelle cette reliure à la janséniste.
Le cadre de ce travail ne permet pas de développer ce sujet. Les amateurs sont légion à partir du XVIII® siècle ; les relieurs donnaient libre carrière à leurs fantaisies les plus extravagantes, mais on doit reconnaître, qu'à l'exception de l'abus des ors, dont le procès vient d'être fait, les règles du style dominant à l'époque étaient presque généralement observées et qu'il y avait assez d'har-
* Voir les planches se rapportant à la reliure.
Planché XIII. — La flore dans la reliure.
(xviii'^ s.)
monie dans la décoration des livres. La mode, depuis la fin du xvf siècle, était de pousser sur les plats, les emblèmes, les devises ou les armes des propriétaires de livres. Cette habitude persiste encore à notre époque, mais plus discrètement; les amateurs se contentent d^ faire mettre leur chiffre, leur monogramme, ou une légende qui leur est personnelle.
Notre époque n'a rien à envier au passé; on fait tout aussi artistement, mais avec plus de technique et de soins. Comme les modèles sont abondants, on rappelle souvent d'anciens styles selon le genre du livre que Ton possède. De plus les compositions personnelles sont très variées ; le rdietir ne reste plus doreur, il est tour à tour dessinateur, graveur, sculpteur, ciseleur, selon le goût et la fantaisie de Tamateur. Si parfois on habille très sobrement un livre, on trouve aussi beaucoup d'excès dans les détails et les ornements. Fleurs, animaux, personnages mosaïques ou gravés, on voit de tout aujourd'hui.
A ces tours de force de dorures, de mosaïques, de ciselures et de repoussages, il y a une critique capitale à faire. Le livre ainsi orné perd son véritable caractère ; il devient un bijou qu'on ouvre fort peu, qu'on lit encore moins et qui, par conséquent, perd le but auquel il doit servir. L'utilité de l'art n'existe qu'à la condition de ne pas détourner l'objet où il s'applique de son véritable
Planche XIV. — Cartouche terminé en volutes et entouré d'une cordelière. — (xvi° s.)
but. Il en est ainsi du livre dont les plats sont chargés d'ornements si riches qu'il ne représente plus que deux panneaux artistiques qui mériteraient d'être encadrés.
En ce moment la reliure de luxe subit une évolution qui est presque une crise. Faut-il l'attribuer à la mode, dame bizarre et variable, onduleuse à l'excès dans ses caprices et ses fantaisies ? Au contraire, doit-on chercher dans un rationalisme critique une tendance à Tart utilitaire? Il faut se défier de ces deux causes qui peuvent entrer en ligne, sans compter le caprice plus ou moins Intelligent, plus ou moins artistique de l'amateur, et ne s'arrêter qu'aux faits.
On ne peut juger de la valeur et de la mode de la reliure d'après ce qu'on voit dans les expositions, soit des salons, soit spéciales. Il n'existe aucune règle définie pour admettre tel ou tel genre de reliure. C'est un mélange de toutes les sortes de décorations où le hasard et la protection interviennent seuls pour l'acceptation. On y voit des cuirs ciselés, repoussés, gravés, des reliures ornées de pyrogravures sur cuir fauve, faites à la manière noire ou récouvertes avec des couleurs singulières. Les créations capricieuses et fantaisistes côtoient les plats recouverts d'or en filets et en petits fers. Peut-être s'y égàre-t-il même des reliures jansénistes d'un travail parfait. Même avec les essais de compositions en modern-style on ne peut encore dégager ce que sera la tendance
Planche XV. — Mascarons de la Renaissance, (xvi*^ s.).
générale de la reliure dans les années à venir. On doit avouer qu'il est difficile d'exclure ou de recevoir systématiquement les formes de décorations déterminées, qu'elles imitent les anciennes reliures ou qu'elles présentent des innovations.
La critique faite plus haut subsiste toujours malgré l'engouement pour l'excès de décorations sur lès plats.
Partant du principe que l'application d'une décoration artistique sur un objet d'un usage déterminé, n'a sa raison d'être qu'autant que l'œuvre d'art ne nuise pas à l'emploi de cet objet, on doit convenir que la reliure présentera d'autant plus de caractère artistique qu'elle reste maniable avec toute la perfection technique possible et avec l'emploi de matériaux de premier choix et utilisés d'une façon irréprochable/
Il résulte donc qu'on doit exiger — avant tout ornement — les qualités suivantes pour les belles et bonnes reliures :
r Un coUationnement exact du texte et des illustrations, sans aucune transposition ;
2"* Une couture solide et souple, selon la qualité du papier et l'usage du livre ;
3^ Aucune détérioration dans les marges qui doivent rester normales et proportionnées au livre.
4** Que tous les accessoires visibles ou non, gardes, tranche-fils, onglets des planches, soient exécutés avec solidité et avec soin.
5° Que les plats soient recouverts d'une peau en
Planche XVL — Mascaron Renaissance.
(xvi^ s.)
lÔO LA TECHNIQUE DU LIVRE
maroquin sans défaut et que sa couleur ne soit ni criarde ni fugitive ; les teintes neutres et effacées conviennent mieux que les claires.
6° Si le livre est cousu sur nerfs, le dos doit être arrondi sans exagération ; s'il est cousu sur grecques, il serait préférable qu'il fût à surface plane et sans faux-nerfs.
7° La dernière qualité et la plus importante est de relier le livre de telle sorte qu'il puisse toujours s'ouvrir et rester ouvert, sans que le dos se casse.
On peut tolérer sur les plats un ou deux filets discrets, et dans un coin, en haut généralement, le monogramme ou les armes du propriétaire.
Dans le cas où le livre serait cousu sur nerfs, le dos peut supporter, en plus du titre, deux filets minces entre chaque nervure, et dans le dernier entre-nerf, celui de queue, on peut répéter le monogramme avec un fer plus petit.
On n'a rien dit des gardes intérieures et des doublures. Comme elles sont suffisamment protégées, l'amateur peut les faire exécuter en mosaïques, en ciselures, en dentelles, en soie, en tabis avec des ors de toutes les nuances. L'art du relieur et du doreur peut se livrer à toutes ses fantaisies.
On ne peut clore ce chapitre sans essayer de déterminer le rôle de l'ornementation, de la forme et des sujets des fers dont se servaient les relieurs.
Planche XVIL — Grand mascaron Renaissance.
{xvi^ s.)
Les filets étaient, dès le début de la reliure en cuir, les principaux fers qui constituaient Télément premier de la décoration. On les faisait de dimensions différentes, comme il a été dit plus haut. Pendant le xv* siècle et même au début du xvi% ces fers étaient toujours poussés « à froid », c'est-à-dire que leur impression était en creux, un peu plus foncée que la couleur du cuir lui-même, mais sans aucune application d'or. Les spécialistes pensent que ces « fers » n'étaient pas gravés sur métal, mais sur bois seulement et que la pression nécessaire pour en imprimer les contours dans le cuir était obtenue par une presse et non par la seule pesée du bras sur le fer. On peut admettre cette théorie pour les reliures qui ont été faites avec des planches entièrement gravées, mais on reconnaît aussi dans bien des reliures du xv® siècle des défectuosités et des défaillances, comme dépassement des filets, dispositions dissimétrique des petits fers, qui ne peuvent laisser de doute sur l'emploi des fers à la main et dans ce cas, très certainement, les ornements étaient gravés sur métal et non sur bois.
D'une manière générale, nous croyons que les plaques, soit en bois, soit en métal, devaient être poussées à la presse sur le cuir avant son recouvrement sur le livre et alors qu'il était encore assez souple et moelleux.
A partir du xvi® siècle, au moins dès le milieu, tous les fers à relier étaient poussés à la main.
Planche XVIII. — Mascaron évidé ; deuxième période de la Renaissance. — (xvii*' s.)
qu'ils fussent dorés ou non. Peut-être les fers trop gros, marques personnelles et armoiries, blasons, etc., étaient-ils poussés à la presse.
Mais nous nous sommes un peu trop étendu sur la technique des premières reliures en négligeant l'élément principal de cette partie, la description des fers dont les dessins figurent
Les divers motifs que nous avons choisis peuvent se placer entre le xv* et le xv!!!*" siècle, car nous laissons de côté la décoration de la reliure moderne et ses divers motifs qui sont aussi variés que possible. On les a groupés entre eux pour présenter des séries continues et chronologiques. Les divisions adoptées sont les suivantes : iMes angles de filets et fleurons d'angles : 2° les motifs et ornements divers comme filets encadrés et décorés, dentelles, fleurons et accessoires divers ; 3° la flore qui joue un grand rôle dans la décoration de la reliure et qui, dès le début presque, accuse une délicatesse d'ornementation remarquable. Cependant la fin des xvi® et xvii® siècles produit des fers séparés d'un goût exquis, où la fleur avec le feuillage sont représentés avec un grand naturel. Mais l'abus arrive bien vite et la surcharge d'autres ornements accessoires écrase la flore et annihile son effet esthétique; 4° les mascarons et les 'entrelacs, les fleurons ornés, presque tous dérivantd'originaux italiens, se déve-
Planche XIX. — Mascaron évidé.
(xvii° s.)
loppent pendant toute la Renaissance; 5° un spécimen de blason, celui de Kenelim Digby, deux marques personnelles et un monogramme complètent ces diverses séries.