Ze. « Rappelle-toi
2, 1e, Préceptes saillants, Abû ’I-'Al4 dit à son fils : « Je t'ai exposé quelques préceptes saillants qui se sont présentés à mon esprit et Je te les ai confiés (:X)\ 5) Legs 089 les Cast Less GS) CD ,s5 239)».
3. Cf. DT Gabriel Colin, Avenzoar, sa vie el ses œuvres, op. laud., p- 91.
8. Co, Pi rs Ge (Be sue 5. C’est le nom qu’on donne aux recueils qui renferment des ouvrages d'auteurs différents.
dans le manuscrit de Paris‘, Et, comme le nom du fils à qui le Traité s'adresse n’est pas indiqué, un lecteur qui se bornait à feuilleter le volume pour y puiser un renseignement bibliographique n’avait pas l’occasion de rectifier son erreur.
Quoi qu'il en soit, le silence gardé par Ibn Abî Osaybi'à touchant la Tedkirä a eu pour conséquence d’égarer les orientalistes. Ainsi Wüstenfeld*® a confondu cet ouvrage avec le Livre des médicaments simples (#5 ,el} à OY SES) cité plus haut à l’article 2. Il déclare que celui-ci est contenu dans le manuscrit 10286 de la Bibliothèque Nationale; or c’est précisément à cette place que se trouve la Tedkira. Je ne m'’étendrai pas sur les autres méprises dont les bibliographes ont été victimes à la suite de cette première erreur : elles sont sans intérêt. Mieux vaut dire tout de suite que le D' Lucien Leclerc a eu le grand mérite de soupçonner la vérité, sinon de la découvrir complètement. Dans son Âistoire de la médecine arabe, à propos du manuscrit 1028 de la Bibliothèque Nationale, il émet l'hypothèse que la deuxième partie contient les Faits d'expérience (Ste) mentionnés ci-dessus à l’article 5, et qu'il y a identité entre cet ouvrage et celui que décrit sous le n° 844 le catalogue de l'Escurial dressé par Casiri. Cette supposition est à peu près exacte, nous allons voir, du moins, dans quelles limites.
Le manuscrit de l’'Escurial a été, selon le Dr Lucien Leclerc, bouleversé par le relieur : je vais plus loin que lui et je dis qu'il a été, dès l’abord, mal établi. Les feuillets de
1. La Tedkirà d'Abû ’1-‘Al4 y figure après le Xitéb el-ardiyà d’Avenzoar et avant le Teystr du même auteur,
2. Geschichte der arabischen Aerzte und Naturforscher (Gôttingen, Vandenhæck und Ruprecht, 1810, in-8), p. 90,
3, Paris, Leroux, 1876, t, II, pp. 84ets.
l'original dont s’est servi le copiste avaient été dérangés, et il a recopié servilement ce qu'il avait sous les yeux, sans s'occuper de savoir si ce qu’il écrivait était en ordre et présentait un sens. C’est ainsi que souvent il a laissé une ligne inachevée pour reporter au commencement de la suivante les mots qui forment la continuation de la phrase. En outre, on rencontre de longues lacunes, le commencement d'une page ne faisant pas suite à la fin de la précédente. Puis, après l’achèvement de la Tedkirà, le texte se poursuit, sans le moindre blanc, et les phrases se pressent jusqu'au bas de la feuille, sans aucun rapport logique avec ce qui est au-dessus. Si l’on persévère dans la lecture du manuscrit, on rencontre une suite d'articles séparés dont chacun concerne un cas clinique que l’auteur a pu étudier. Aucun lien ne rattache entre elles les observations de cette longue série : ce sont évidemment des notes éparses qu'Abüù ’I-‘Alà’ avait prises au cours de sa pratique médicale et qu’il n'a pas eu le temps de coordonner. On comprend tout de suite que l’on est en présence des Mujarrabät' (Faits d'expérience) recueillies après la mort du savant, par ordre de ‘Ali ibn Yüsuf ibn Tâcefin, et cette opinion est confirmée par l’explicit qui figure en dernière page.
Il n'y a donc pas identité entre les deux manuscrits comme le supposait le D' Lucien Leclerc; celui de Paris contient la Tedkirà, celui de l’Escurial contient les Mujar-
1. Et non Moudjerbat comme l'écrit le D' Lucien Leclerc, C’est de cette seconde partie que parle Casiri quand il écrit dans son Catalogue, au no 839 : « Ibid. 2° Anonymi opusculum mutilum, Topica medicamenta complectens : ubi singulas corporis partes morbo affectas apud Remedia præscribuntur », Casiri n’y avait pas regardé de bien près, sans cela il aurait lu au bout du manuscrit: « Fin des Mujarrabât du vizir, médecin illustre, auguste, éminent Abû ‘1-‘Alà Zohr El-Iyädi, à qui Dieu fasse
miséricorde! »
rabât et l’on y a inséré, sans aucun soin, une faible partie de la Tedkirà. La judicieuse remarque du D' Lucien Leclerc a eu, du moins, l'avantage de mieux éclairer les historiens de la Littérature arabe : ainsi la Tedkirà figure parmi les œuvres d’Abû 1-‘Al& dans l'Histoire de la Littérature arabe de Carl Brockelmann'.
Pour établir le texte de cet ouvrage, j'ai pris comme base le manuscrit de Paris et j'ai noté les variantes que j'ai relevées dans celui de l’Escurial.
Le manuscrit de Paris est compris dans le volume actuellement coté 29606 (ancien 1028) où iloccupe dix pages, du fol. 37 v° au fol. 42 r°. Le cadre de l'écriture mesure Om,175 sur 0,135°*; les caractères, élégamment tracés, appartiennent au type cursif occidental dit neskt rarbi. Un certain nombre de voyelles ont été marquées par le copiste, d'une facon souvent malencontreuse, Aucune date ne figure à la fin; mais comme la Tedkira est enclavée entre deux ouvrages tracés de la même main, le Xï/@b el-ardiyà copié en 562 H. (1166-1167 C.) et le Teystr copié en 561 H. (1165-1166 C.), on peut en induire qu’elle fut transcrite à la même époque que ceux-ci, c’est-à-dire vers 1165-1167.
Quant au manuscrit de l'Escurial, il est noté sous le n° 839 dans le Catalogue de Casiri* et porte actuellement la cote 844. La partie qui contient la Tedkirà s'étend du fol. 15 v’ au fol. 18 v°; celle-ci couvre donc sept pages. Les caractères, assez élégants mais un peu négligés, appartiennent au type cursif occidental dit nesktrarbt; quelques
4. Carl Brockelmann, Geschichte der arabischen Literatur (Weimar, 1898 et Berlin 1899-1902, in-8), 1, I, p. 486,
2. Les dimensions prises de la sorte restent indépendantes de la largeur des marges qui sont souvent rognées lors du renouvellement de la
reliure,
3. Bibliotheca arabico-hispana escurialensis ‘Antonio Perez de Soto, Madrid, 1760-1770, in-fol.), t. 1, p. 282.
voyelles apparaissent de loin en loin. A la fin, on lit la date du dimanche 22 du mois de rebi' el-awwel 561 H. (1165- 1166 C.). Cette copie est donc contemporaine de la précédente.
Le premier manuscrit est seul complet ; le second présente, comme je l'ai dit, de longues lacunes. Pourtant il contient un petit appendice d'autant plus précieux qu'il est simplement annoncé mais non inséré dans celui de Paris ; on le trouvera ici à la suite du texte principal.
La Tedkira est un intéressant memento où la pathologie, l’étiologie et la thérapeutique voisinent sans contrainte. Ce n'est pas un livre d'enseignement, mais plutôt un Traité pratique destiné à Avenzoar qui, à cette époque, comme cela ressort du texte, voyageait au Maroc où son père avait séjourné auparavant. Il est impossible de dire si, au moment où il écrivait, Abü ’l-‘Al4 était lui-même en Afrique, à quelque distance de son fils, ou s’il était resté en Espagne.On est seulement autorisé à penser qu'Avenzoar était déjà assez loin de ses débuts comme praticien, puisqu’après lui avoir donné des conseils concernant les maladies qu'il pouvait avoir à soigner au cours de ses déplacements, le père termine en disant que ces quelques « préceptes saillants » suffiront, sans doute, « étant donné le point où son fils est déjà parvenu dans ses lectures, ce qu’il a vu faire et ce qu’il a fait [lui-même ».
Les courtes recommandations relatives au devoir professionnel qu’Abù ‘1-‘Al4 adresse à son fils en terminant la Tedkirà révèlent un sentiment élevé des responsabilités morales qui pèsent sur l'homme à qui la société permet de verser, pour leur salut, le poison à ses semblables, [ci ce sentiment se rattache d’une facon fort nette à des préoccupations religieuses : c’est Dieu que l’auteur prend à témoin des scrupules qu'il éprouve chaque fois qu'il
8 LA TEDKIRA D'ABD ’L-‘ALÀ
administre quelque médicament. Il n’y a pas lieu de s’étonner qu'il en soit ainsi. On sait, en effet, que, chez les médecins de l'antiquité en général, l’idée religieuse dominait débute le « serment » d’Hippocrate ' que reproduit presque intégralement la formule encore en usage à la Faculté de Médecine de Montpellier’. En ce qui concerne particulièrement Abüû ‘’I-‘Alä’, on ne doit pas perdre de vue qu’il vivait sous les Almoravides*, à une époque où les juristes religieux, les /agih, étaient tout-puissants, et où l’usage voulait que le nom d'Allah fût mêlé à tous les écrits, à
la déontologie : c'est par une attestation des dieux que
toutes les paroles, à toutes les pensées. Rien n'autorise à admettre qu'un serment analogue à celui d'Hippocrate ait jamais été exigé des médecins arabes au moment où ils entreprenaient l’exercice de leur art. Il suffisait, sans doute, que le maître qui les avait instruits et dressés leur rappelât, au moment de leur donner leur essor, les obligations qu’allait leur imposer la noblesse même de leurs études et de leur mission. Et l’on comprend quel caractère d'autorité devaient revêtir de pareilles exhortations lorsqu'elles sortaient, comme celles que contient la Tedkirà, de la bouche d’un père, lorsqu'elles s'adressaient à un néophyte qui unissait dans son cœur la tendresse d’un fils à la reconnaissance d'un disciple! Il n’était guère utile alors que l'engagement fût pris d'une manière formelle par celui
1. Cf. E. Littré, Œuvres complètes d'Hippocrate (Paris, J.-B. Baillère, 1844, in-8), t. IV, pp. 628-633.
2. Le serment des médecins de Montpellier commence ainsi : « En présence des Maîtres de cette Ecole, de mes chers Condisciples, et devant l'effigie d'Hippocrate, je promets et je jure, au nom de l'Étre suprême, d’être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la Médecine »,
3. Il mourut en 1130, c'est-à-dire à l'avènement du kalife almohade ‘Abdelmu’min.
qui devait s'y soumettre : il pouvait rester tacite, élant non seulement accepté mais imposé. Quant aux règles de conduite privée que les anciens tels qu'Hippocrate et Galien posaient à leurs élèves, elles appartenaient plutôt au code de la bienséance qu'à celui de la déontologie médicale. On conçoit donc qu’elles aient paru superflues à Abû ’1- ‘Al4 qui avait élevé son fils Avenzoar dans les habitudes de politesse et de bonne tenue qui distinguent les musulmans cultivés. Aussi s'abstient-il d’en faire la moindre mention.
Les doctrines philosopho-médicales auxquelles se rattache la Tedkira sont celles de Galien et de la totalité des médecins arabes qui, comme on sait, avaient adopté sur ce point les vues du savant grec, désignées depuis, dans leur ensemble, sous le nom de théorie humorale. Bien qu’elles aient exercé une influence prépondérante sur la médecine européenne jusqu'au xviri° siècle’, elles sont aujourd'hui à peu près oubliées et il n’est peut-être pas inutile d’en esquisser les principaux traits.
Selon Galien, le monde est composé de quatre éléments : l’eau, air, laterre et le feu. Chacun d'euxest caractérisé par une qualité qui lui est propre : celle de l’eau est l’humidité; celle de l'air, la sécheresse; celle de la terre, la froideur; celle du feu, la chaleur. La proportion dans laquelle ces quatre éléments sont mélangés dans les corps est la cause des différences qui séparent ceux-ci les uns des
4. Un des plus éclairés parmi les historiens de la médecine, le D' Ch. Daremberg, qui a fait une étude approfondie des œuvres de Galien, déclare formellement que le grand médecin grec « a régné en maître à peu près absolu jusqu’au xviu® siècle », Cf. D° Ch, Daremberg, Ofuvres anatomiques, physiologiques et médicales de Galien (Paris, J.-B, Baillère, 1854, in-8), p. iv de la préface,
10 LA TEDKIRÀ D’ABÜ ’L-‘ALÀ
autres!, Si la terre et l’eau prédominent dans l'un d’entre eux, on dit qu'il est froid et humide; s'il y a excès de feu et d'air, on dit qu’il est chaud et sec; si le feu et l’eau l’emportent sur les deux autres éléments, Le corps est considéré comme chaud et humide; enfin si la terre et l’air sont en plus grande quantité, on estime qu'il est froid et sec. Il se peut aussi que l’un des quatre éléments soit en proportion beaucoup plus considérable que tous les autres et éclipse, par conséquent, leurs propriétés : le corps est appelé alors simplement chaud, froid, see ou humide, et, selon que cette prépondérance d’une qualité est plus ou moins marquée, on dit que le corps la possède au premier, au deuxième, au troisième ou même au quatrième degré.
Les corps vivants sont constitués, eux aussi, par les quatre principes cosmiques associés en proportions variables, et c’est à cette variété qu'est due la diversité des espèces. Le corps humain, en particulier, présente quatre liquides organiques, quatre « humeurs »°, comme on disait jadis en attribuant à ce mot sa valeur étymologique : ce sont le sang, la pituite, la bile jaune et la bile noire ou atrabile. Chacune de ces humeurs contient, bien entendu, les quatre principes fondamentaux; mais l’un d’entre eux y est en quantité telle qu’il masque les autres et communique à l'humeur envisagée la qualité qui lui est propre. Aïnsi le sang est le siège de l'humidité; la pituite, celui de la froideur; la bile jaune, celui de la chaleur; la bile noire, celui de la sécheresse.
Tantque les quatre humeurs restent dans les proportions
1. Jâber dit, à propos de la transmutation des métaux : « Les éléments sont les mêmes dans les divers corps, mais la proportion eu est différente », Cf. Berthelot et Houdas, La chimie au moyen âge (Paris, Imprimerie Nationale, 1893, in-4), t. III, p. 22.
2, En arabe Li (pl. PEN
INTRODUCTION al
convenables, leur mélange, leur « syncrasie », assure le maintien parfait de la santé. Par « proportions convenables » il ne faut pas entendre des proportions égales, car alors tous les êtres auraient une complexion identique et se confondraient. Mais il y a, pour une espèce déterminée, des limites entre lesquelles la quantité de chaque humeur doit être maintenue pour que l'individu survive, et les variations permises donnent à chacun son tempérament propre, son «idiosynerasie » :telhomme estsanguin,telautre phlegmatique, tel autre bilieux, tel autre enfin atrabilaire. Dans le cas où les agents modificateurs de l’économie (aliments, poisons, intempéries) amènent la surabondance de l’une des humeurs, l'équilibre est définitivement rompu et la maladie survient. Pour la combattre, il faut alors restituer à l'organisme la qualité qui lui manque, de manière à contrebalancer l'influence de celle qui est en excès : si, par exemple, la chaleur prédomine, on aura recours aux remèdes caractérisés par la froideur; s’il y a trop d’humidité, on emploiera les médicaments secs. Le principe de de la médication allopathique, qui est encore aujourd'hui à peu près seule en vigueur, apparaît donc comme une conséquence logique de la théorie humorale.
Pour les humoristes, le sang siégeait dans les veines; les artères ne contenaient que de l'air qui y cireulait librement après y avoir pénétré, croyaient-ils, par la trachéeartère. Le foie était le siège de la bile jaune, et la rate, celui de l’atrabile; la pituite était répandue dans tout le corps.
Si l’on ajoute que, pour les mêmes théoriciens, l'organisme est animé par trois esprits, l'esprit raisonnable (HGLUJT (mall) qui siège dans le cerveau et produit la pensée, l'esprit animal (i5l À Us) qui siège dans le cœur et duquel procèdent la colère, la haine et l’orgueil,
et l’esprit physique (kb) =) qui siège dans le foie et d’où naissent l'appétit et le désir sexuel, on aura sous les yeux l’esquisse de la doctrine humorale, doctrine physiologique sur laquelle reposent la pathologie et la thérapeutique des médecins arabes, en particulier celles d'Abùû ’I-‘Al4. Ces vues ne sont plus de mode : elles n'étaient point absurdes, et l’on pourrait affirmer que la médecine moderne, mieux éclairée pourtant et surtout mieux outillée que celle des siècles précédents, raisonne d'une façon à peu près semblable tant qu’elle s’en tient à la thérapeutique des symptômes, sa méthode la plus habituelle.
Malgré son allure modeste et sa faible étendue, la Tedkirà est un opuscule original et intéressant. Son originalité tient à sa forme : il n'y faut pas voir un memento à l’usage du monde médical; c’est un enseignement topique vraiment destiné à celui à qui il s’adresse qui ne joue point ici, comme cela a lieu habituellement dans les ouvrages de ce genre, le rôle d’un interlocuteurinterposé entre l’auteur et le public. S'il en était autrement, on ne s’expliquerait pas qu'Abû ’l-'Al4 ait limité ses conseils aux points sur lesquels il pensait devoir présenter à son fils des recommandations complémentaires, étant données ses connaissances déjà acquises. On est donc bien, cette fois, en présence d’un aide-mémoire portatif, d'une sorte de viatique remis au médecin voyageur qui va rencontrer, sur la terre d'Afrique, des maladies particulières ou des symptômes inaccoutumés en présence desquels son diagnostic pourrait subir quelques flottements.
Quant à l'intérêt qu'offre la Tedkirà, il naît de la nature même des sujets traités où il faut voir souvent des cas cliniques plutôt que des espèces morbides nouvelles, où l'expérience personnelle s'oppose fréquemment à l'opinion
courante, en particulier à celle qui s'appuie sur les œuvres des anciens, et où la critique de certaines méthodes chères aux contemporains de l’auteur est formulée avec un accent d'autorité qui ne pouvait convenir qu’à un praticien dont la renommée était déjà solidement assise.
Et puis ce petit livre ne concerne-til pas l'Occident nord-africain, ce Maroc vers lequel, depuis plusieurs années, se tournent avec insistance les regards de l'Europe et dont le monde savant s’efforce de reconstituer le passé historique? C’est, en une certaine mesure, faire revivre ces Berbères turbulents et belliqueux du xr° siècle que d'étudier les conditions sanitaires au milieu desquelles ils évoluèrent et les maladies avec lesquelles ils furent aux prises non pas en Espagne, mais dans leur propre patrie.
Certes ce n’est pas la variété des sujets qui fait défaut à la Tedkira : on pourrait seulement reprocher à l’auteur de n'avoir pas suivi, en traitant ceux-ci, la marche régulière a capite ad calcem qu'on observait à cette époque, et d’avoir sacrifié l'harmonie d’un ordre méthodique aux caprices d’une rédaction à bâtons rompus,
Après des remarques détaillées sur les purgatifs gradués, sur les minoratifs comme disaient nos anciens, Abù’L-‘Al4 passe en revue les médicaments quiconviennent à chaque organe en particulier. Puis il signale la fréquence de la dysenterie dans la ville de Maroc et lattribue à la mauvaise qualité de l’eau de boisson. Il aborde ensuite le traitement des tumeurs et celui de lotalgie. Parlant des coliques hépatiques et du coryza, il indique que ces maladies se rencontrent souvent dans cette même capitale de Maroc. Les tumeurs des jambes, la lithiase rénale, l’émaciation, la toux provoquée par la sécheresse de l'air, les hémorroïdes attirent successivement son attention. Enfin il pose quelques principes généraux concernant la matière
Le LA TEDKIRÀ D'ABÛ ’L-‘ALÀ
médicale; et, parlant non plus de l'emploi mais de la préparation des purgatifs, il condamne le vin que quelques médecins de l’époque employaient à cet effet. Faisant montre de sentiments religieux assez étroits qui étaient alors de mise, il déclare que le vin doit être proscrit des préparations pharmaceutiques parce qu’il est nuisible et surtout parce qu’il est prohibé par la loi divine : « De sorte que, dit-il, même s'il était salutaire, je me garderais de le laisser entrer dans la composition des purgatifs ». De nos jours, il faut l’avouer, les médecins musulmans montrent plus de largeur d’esprit, et, s'ils réprouvent l’emploi des liquides fermentés dans l'alimentation, ils n'hésitent pas à les admettre dans leur thérapeutique.
Ces caractères particuliers de la Tedkirä m'ont paru dignes d’attirer l’attention des historiens du Maroc, des médecins et des orientalistes. J’ai l'espoir que ceux-ci ne dédaigneront pas de diriger leurs regards vers un texte où abondent les termes techniques sur la signification desquels les lexiques européens et orientaux ont gardé jusqu'ici un silence déconcertant,.
[re] TEXTE 47