LA PROPAGATION DE L'INDUCTION DANS LES DIÉLECTRIQUES
61. Les rôles du diélectrique dans les diverses théories. — Jusqu'ici nous avons employé presque uniquement les théories anciennes de Télectricité ; nous avons, d'une part, considéré ce qui se passe dans un fil parcouru par un courant comme quelque chose d'analogue à un courant hydraulique. Nous avons bien montré comment, pour rendre compte des phénomènes d'induction, il fallait, dans notre modèle hydraulique, introduire l'hypothèse d'un milieu ambiant, et comment, en se plaçant dans des conditions convenables, au moyen d'oscillations très rapides, M. Blondlot avait montré qu'il existe une vitesse de propagation limite le long d'un fil pour de pareilles oscillations.
Nous n'avons pas, jusqu'ici, considéré ce
qui se passe dans le milieu ambiant, en fonction du temps. Nous ne savons donc pas si celui-ci se comporte comme un milieu qui transmet des ondes à la façon de la matière ordinaire oudeTéther lumineux, ou si, au contraire, nous devons le considérer comme Descartes considérait le milieu qui transmet la lumière, c'est-à-dire comme transmettant instantanément à toute distance un ébranlement quelconque. Nous ne savons pas, en effet, si le phénomène de la propagation le long des fils avec une vitesse déterminée n'est pas dû précisément au fil lui-même ou à la couche de passage entre le fil et le diélectrique.
Il y a d'ailleurs une probabilité très grande pour qu'il n'en soit pas ainsi. Si les perturbations électriques ont pour siège la matière elle-même, elles doivent avoir pour vitesse de propagation une vitesse compatible avec les propriétés de celle-ci. Nous avons vu, par l'étude de la propagation le long des fils, qu'il n'en est rien. La vitesse de propagation limite que nous avons trouvée est numériquement égale à la vitesse de propagation de la , lumière ; nous sommes donc loin ici d'une vitesse explicable par les propriétés de la matière.